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Gabon/Justice : une magistrate visée par une plainte dans un conflit foncier familial

Par Stive Roméo Makanga 

Une affaire de succession autour d’une parcelle située au quartier Lalala, à Libreville, prend désormais une dimension institutionnelle. En effet, dans une plainte datée du 16 août 2026 et dont notre Rédaction a obtenu copie, adressée à l’Inspection générale des services judiciaires, avec copies au ministre de la Justice et au Conseil supérieur de la magistrature, Anna Claudine Ayo Assayi veuve Mavioga, agissant au nom de sa famille, met gravement en cause la magistrate Carmela Beyo Adiatoulai. Elle l’accuse notamment d’avoir fait usage de sa qualité et de ses relations professionnelles pour intervenir dans un différend foncier familial. Des accusations qui, à ce stade, émanent de la plaignante et appellent à être confrontées à la version de la magistrate concernée ainsi qu’aux conclusions d’une éventuelle enquête.

Un différend foncier vieux de plusieurs années pourrait désormais se déplacer sur le terrain disciplinaire. Dans un courrier adressé, dimanche 16 août, à l’Inspecteur général des services judiciaires, Anna Claudine Ayo Assayi veuve Mavioga sollicite l’ouverture d’une enquête sur le comportement présumé de Carmela Beyo Adiatoulai, présentée dans la plainte comme une magistrate en fonction au sein des juridictions gabonaises.

La correspondance, également transmise au ministre de la Justice, Garde des Sceaux, ainsi qu’au secrétaire permanent du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), fait état de présumés « manquements graves à la déontologie », « abus d’autorité », « trafic d’influence » et « violences psychologiques ».

Au cœur de l’affaire se trouve une parcelle de terrain située à Lalala, dans la capitale gabonaise.

Selon le récit livré par la plaignante, la propriété ferait partie de la succession d’Hélène Beto Be Sole, décédée il y a une quarantaine d’années. Elle serait occupée depuis plusieurs années par des descendantes de la défunte, notamment Yvonne Ayo, Nkana Ayo Marie Joséphine et Ayo Irène.

C’est autour des droits sur cette parcelle que les relations familiales se seraient progressivement dégradées.

Anna Claudine Ayo Assayi affirme que Carmela Beyo Adiatoulai chercherait depuis plusieurs années à prendre possession du terrain. Mais la famille plaignante lui reproche surtout d’avoir, selon elle, déplacé ce différend du terrain strictement civil et successoral vers celui de l’intervention policière.

Les événements auraient connu une brusque accélération les 11 et 12 août.

Selon la plainte, le portail donnant accès à la propriété aurait été détruit le mardi 11 août afin de permettre l’introduction de matériel de construction sur la parcelle. Le lendemain, une nouvelle tentative de démarrage des travaux aurait suscité l’opposition de plusieurs membres de la famille.

C’est dans ce contexte qu’un cousin, Jean Marie Inguenza, aurait été interpellé.

Outre cet aspect, la plaignante soutient que quatre policiers auraient été sollicités pour procéder à l’interpellation de Jean Marie Inguenza, avant son transfert au commissariat de Sogatol, dans le 5e arrondissement de Libreville.

Le membre de la famille aurait été placé en cellule avant d’être libéré dans la soirée. D’après la version exposée dans la plainte, les responsables policiers auraient finalement considéré que le différend relevait avant tout d’un contentieux civil.

La situation ne se serait cependant pas arrêtée là. Anna Claudine Ayo Assayi affirme qu’un « soit-transmis » aurait ensuite été émis et que Jean Marie Inguenza ferait désormais l’objet de recherches par les forces de l’ordre.

Plus préoccupant encore pour la famille, un homme présenté comme le gardien de la propriété, dénommé Kayoo dans la correspondance, aurait également été placé en détention, alors que la plaignante assure qu’il ne serait pas directement impliqué dans le différend successoral.

Ces affirmations constituent l’un des principaux fondements de la saisine de l’Inspection générale des services judiciaires.

Pour Anna Claudine Ayo Assayi, la question dépasse désormais le simple désaccord familial. Elle estime que la qualité professionnelle de la magistrate aurait pu être utilisée pour obtenir l’intervention de la force publique dans une affaire privée.

La représentante de la famille demande ainsi à l’Inspection générale des services judiciaires de déterminer si des moyens ou des relations liés à la fonction de magistrat ont effectivement été mobilisés dans le traitement de ce conflit.

Elle réclame notamment l’ouverture urgente d’une enquête disciplinaire et la cessation de ce qu’elle qualifie de « harcèlement policier » contre Jean Marie Inguenza et le gardien de la propriété.

La famille quant à elle affirme être en mesure de produire des témoignages, des constats d’huissier relatifs aux dégradations alléguées du portail ainsi que d’autres pièces susceptibles d’étayer ses accusations.

Si les faits décrits dans cette plainte sont particulièrement sérieux, leur qualification juridique et leur matérialité doivent encore être établies par les autorités compétentes. Si la saisine de l’Inspection générale des services judiciaires ne vaut, en elle-même, ni constat de culpabilité ni reconnaissance des infractions alléguées, elle soulève néanmoins une question sensible pour l’institution judiciaire : celle de la frontière qui doit être maintenue entre l’exercice des fonctions d’un magistrat et le règlement de ses intérêts privés ou familiaux.

L’impartialité, la réserve et l’absence d’utilisation de la fonction à des fins personnelles constituent, en effet, des exigences essentielles à la confiance des populations envers l’institution judiciaire.

Dans cette affaire, l’ouverture d’une enquête permettrait précisément de déterminer les circonstances dans lesquelles les interventions policières évoquées ont été décidées, l’origine du « soit-transmis » mentionné dans la plainte, ainsi que les motifs juridiques des différentes interpellations rapportées.

Contactée ou entendue dans le cadre d’un traitement contradictoire de l’affaire, la magistrate mise en cause devra naturellement pouvoir présenter sa version des faits. En attendant, la famille de feue Hélène Beto Be Sole place désormais ses espoirs dans l’Inspection générale des services judiciaires et le Conseil supérieur de la magistrature pour faire toute la lumière sur un conflit familial qui menace désormais de devenir une affaire judiciaire et institutionnelle.

 

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