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Le départ de Batolo ouvre-t-il l’heure du bilan ou celle des règlements de comptes ?

Par Pauline Ntsame

L’annonce du départ de Leod Paul Batolo de la direction de Comilog suscite déjà des réactions contrastées. Tandis que certains saluent cette transition avec enthousiasme, d’autres y voient l’occasion de dresser un réquisitoire contre son bilan. Pourtant, au-delà des satisfactions personnelles et des ressentiments que peut susciter toute fin de mandat, l’heure devrait être à l’analyse lucide et équilibrée.

Évaluer l’action de Leod Paul Batolo exige de dépasser les jugements précipités. Les progrès enregistrés dans les domaines industriel et minier, l’évolution de la production, les investissements réalisés ainsi que les efforts consacrés à la sécurité doivent être mis en perspective avec les difficultés rencontrées.

Les tensions sociales, les attentes insatisfaites et les initiatives qui n’ont pas produit les résultats escomptés font également partie de cette réalité. Un bilan sérieux ne saurait donc se limiter à une succession de réussites ou d’échecs : il doit rendre compte de la complexité d’une entreprise dont l’influence dépasse largement ses activités extractives.

Dans les localités de Moanda, Mounana et Bakoumba, Comilog occupe une place centrale dans l’économie et la vie sociale. Selon les données communiquées par Eramet Comilog, l’entreprise aurait consacré, au cours du mandat de son dirigeant, près de 450 milliards de francs CFA à des achats effectués dans le Haut-Ogooué, dont plus de 90% à Moanda. Elle contribue également au maintien de nombreux emplois directs et indirects.

L’importance économique de Comilog a toutefois engendré une dépendance progressive des populations et des acteurs locaux à l’égard de l’activité minière. Au fil des années, l’entreprise a été sollicitée bien au-delà de son rôle initial.

On lui a demandé de recruter, de financer des infrastructures, d’accompagner les collectivités, de soutenir les initiatives locales et parfois même de pallier les insuffisances des pouvoirs publics. Cette accumulation d’attentes a fini par brouiller les frontières entre la mission d’une société privée et les responsabilités relevant de l’État ou des collectivités territoriales.

« Comilog a progressivement été considérée comme une entreprise minière, un employeur, un aménageur et un bailleur de fonds, voire comme une administration locale », observe un ancien membre du comité de direction. Selon lui, chaque fois que l’entreprise ne peut répondre à une demande ou estime qu’elle ne relève pas de ses attributions, cette limite est aussitôt interprétée comme une défaillance.

Cette perception mérite d’être examinée avec attention. En mettant en avant la diversification économique, Comilog reconnaît elle-même la nécessité de réduire la dépendance des communautés à l’exploitation minière. L’objectif consiste à favoriser l’émergence d’autres activités afin de préparer l’avenir des territoires concernés et de limiter leur vulnérabilité aux fluctuations du secteur extractif.

La situation révèle une contradiction profonde. Lorsque Comilog intervient massivement dans la vie locale, certains lui reprochent d’exercer une influence excessive. Mais lorsqu’elle ne dispose pas des moyens ou de la volonté de répondre à toutes les sollicitations, elle est accusée de se désengager.

Or, malgré son poids économique, Comilog demeure une société privée. Elle peut participer au développement des territoires où elle opère, soutenir des projets structurants et contribuer à l’amélioration des conditions de vie. En revanche, elle ne peut assumer seule la responsabilité de l’aménagement, de l’emploi, des services publics et de la cohésion sociale.

La question dépasse donc la seule personne de Leod Paul Batolo. Elle concerne l’ensemble des parties prenantes qui, depuis de nombreuses années, travaillent avec l’entreprise, profitent de son activité ou s’appuient sur ses ressources pour répondre aux besoins des populations.

Le départ du dirigeant offre l’occasion d’ouvrir un débat plus large sur le modèle de développement de Moanda, Mounana et Bakoumba. Si Comilog ne peut être l’unique moteur de la transformation économique et sociale du Haut-Ogooué, il revient aux pouvoirs publics, aux collectivités locales, au secteur privé et à la société civile de définir clairement leurs responsabilités respectives.

L’État doit garantir les infrastructures, les services essentiels et la planification du développement. Les collectivités territoriales doivent renforcer leur capacité d’action et de gestion. Les entreprises locales doivent tirer parti des opportunités offertes par l’activité minière pour construire des secteurs durables. Quant aux populations, elles doivent être davantage associées à la conception et au suivi des projets qui concernent leur avenir.

L’après-Batolo ne devrait donc pas se réduire à une confrontation entre partisans et détracteurs. Les règlements de comptes, aussi bruyants soient-ils, ne permettront pas de répondre aux véritables enjeux.

La question fondamentale demeure entière : si Comilog ne peut pas tout accomplir, qui prendra en charge ce qui relève du développement collectif ? C’est à cette interrogation, plus qu’au seul bilan d’un dirigeant, que les acteurs de Moanda, Mounana et Bakoumba devront désormais répondre.

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