Festival « notre Gabon, nos racines » : un nouveau rendez‑vous culturel au service du patrimoine et de la jeunesse
Par Cadette Ondo Eyi
Porté par Entre Nous Bar avec l’appui de Racines Gabon, le festival « Notre Gabon, nos racines » a imposé, en neuf samedis successifs, une nouvelle grammaire de la fête culturelle à Libreville : populaire, intergénérationnelle et résolument ancrée dans les territoires.
Conçu comme un tour du Gabon en neuf rendez-vous, le dispositif a offert à chaque province (du G1 au G9) une journée dédiée pour exposer ses traditions, ses rythmes, ses savoir-faire et ses talents contemporains. Cette logique de rotation a permis de rendre visible la diversité interne du pays, en faisant de chaque samedi une immersion provinciale au cœur de la capitale. La clôture, assurée par le Woleu‑Ntem (G9), a donné lieu à une prestation particulièrement remarquée, saluée pour sa densité symbolique et sa ferveur populaire.
Au-delà de la programmation, c’est le lieu lui‑même qui a changé de statut. D’abord perçu comme un espace de détente, Entre Nous Bar s’est progressivement imposé comme un « temple » informel de la culture gabonaise, où se croisent artistes traditionnels, créateurs urbains et public familial. La formule repose sur une alchimie simple mais efficace : une scène ouverte aux expressions vivantes, des stands mettant en valeur l’artisanat et la gastronomie du terroir, et une ambiance propice aux échanges entre générations. Selon plusieurs observateurs, cette dynamique a contribué à faire du bar un carrefour où différentes expressions artistiques et différentes tranches d’âge peuvent se rencontrer autour d’un même récit national.
L’initiative place délibérément la jeunesse et les artistes au centre du dispositif, en leur offrant une vitrine pour des sonorités et des pratiques parfois peu médiatisées. En associant musiques traditionnelles et créations contemporaines, « Notre Gabon, nos racines » a favorisé une forme de transmission vivante, où le patrimoine n’est pas seulement exhibé, mais réinterprété et partagé. Cette orientation résonne avec un mouvement plus large de réappropriation des valeurs culturelles au Gabon, visible également dans le retour de la Fête des Cultures sur l’avenue Jean‑Paul II, placée sous le thème « Réappropriation de nos valeurs culturelles ».
Sur les réseaux sociaux et dans l’opinion, l’événement a été qualifié par de nombreux internautes de « vraie Fête des cultures », en référence à la régularité du rendez‑vous et à la participation massive du public. Cette adhésion traduit un besoin social de célébrations ancrées, où l’identité gabonaise se vit autant dans le partage festif que dans la reconnaissance des racines provinciales. En ce sens, « Notre Gabon, nos racines » dépasse le cadre d’une simple série de soirées : il institue un rituel urbain nouveau, où la culture devient le langage commun d’une jeunesse en quête de repères et de fierté collective.
Le succès de cette première édition pose naturellement la question de sa pérennisation et de son éventuelle institutionnalisation, notamment à travers un calendrier annuel, un partenariat élargi avec les pouvoirs publics et une couverture médiatique accrue. Si la formule reste flexible, elle pourrait inspirer d’autres espaces de la capitale et de l’intérieur à décliner ce modèle de « samedi provincial », renforçant ainsi un maillage culturel national fondé sur la proximité et la participation citoyenne. À ce stade, l’initiative démontre surtout qu’il est possible de faire de la culture gabonaise un bien commun vivant, porté par la jeunesse et ouvert à tous.



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