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Discours à la Nation : Rostan Mickael Engonga Ella décrypte le pari d’un Gabon plus souverain et tourné vers l’emploi

Par Joseph Mundruma 

À la suite du discours à la Nation prononcé le 16 août 2026 par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, à l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance du Gabon, Rostan Mickael Engonga Ella, député du 2e siège des Gabonais de l’étranger pour la zone Europe-Amérique-Asie-Océanie, livre sa lecture des grandes orientations présidentielles. Diplomatie économique, infrastructures, emploi des jeunes, souveraineté éducative et mobilisation de la diaspora : l’élu y voit les différentes composantes d’une même stratégie de transformation. Une orientation qu’il met notamment en perspective avec les premiers résultats enregistrés sur le front de l’emploi au premier semestre 2026.

Pour Rostan Mickael Engonga Ella, le discours présidentiel du 16 août ne doit pas être appréhendé comme une juxtaposition d’annonces. Le député des Gabonais de l’étranger y décèle plutôt une architecture d’ensemble : celle d’un État qui entend renforcer ses capacités nationales tout en utilisant davantage son ouverture internationale comme instrument de développement économique.

Le premier pilier de cette stratégie serait ainsi diplomatique. Le rayonnement international du Gabon, estime le parlementaire, doit désormais produire davantage de retombées économiques concrètes : investissements, partenariats stratégiques, transfert de compétences, création d’activités et d’emplois.

Cette diplomatie tournée vers les résultats doit aller de pair avec la modernisation des infrastructures. Routes, équipements publics et grands projets structurants constituent, dans cette lecture, non seulement des instruments de désenclavement et d’amélioration des conditions de vie, mais également les fondations indispensables à l’émergence d’une économie plus productive et compétitive.

Cette ambition se mesure aussi à la capacité de l’économie à créer des opportunités pour les Gabonais, particulièrement pour les jeunes.

Les statistiques du premier semestre 2026 émanant du PNPE mettent en évidence plusieurs évolutions significatives. Entre le premier et le deuxième trimestre, le nombre de nouvelles offres d’emploi collectées auprès des employeurs est passé de 307 à 433, soit une progression de 41 %. Le nombre de places proposées a connu une accélération encore plus importante, passant de 825 à 1 886, en hausse de 129 %. Au total, 740 nouvelles offres représentant 2 711 places ont été collectées durant les six premiers mois de l’année.

La dynamique apparaît également dans les embauches directes. Celles-ci sont passées de 541 au premier trimestre à 1 002 au deuxième, soit une augmentation de 85 %. Au total, 1 543 embauches directes ont été réalisées au cours du semestre. Le taux de placement s’établit toutefois à 57 % sur l’ensemble de la période, après être passé de 66 % au premier trimestre à 53 % au deuxième.

Dans le même temps, 15 584 nouveaux demandeurs d’emploi ont été enregistrés au premier semestre, dont 8 320 au premier trimestre et 7 264 au deuxième. Le nombre de nouveaux employeurs inscrits est, lui, passé de 115 à 164 entre les deux trimestres, soit une progression de 43 %, pour un total semestriel de 279.

Ces données traduisent une amélioration de plusieurs indicateurs de mise en relation avec les employeurs, mais elles rappellent également l’ampleur de la demande d’emploi à absorber. Pour Rostan Mickael Engonga Ella, l’enjeu consiste précisément à renforcer les compétences afin que la jeunesse gabonaise puisse répondre aux nouveaux besoins de l’économie.

L’auto-emploi connaît une forte progression

Autre évolution notable : l’orientation des demandeurs d’emploi vers l’entrepreneuriat.

Le tableau statistique du premier semestre montre que le nombre de demandeurs d’emploi orientés vers l’auto-emploi est passé de 171 au premier trimestre à 790 au deuxième, soit une progression spectaculaire de 362 %. Au total, 961 personnes ont été orientées vers cette voie en six mois.

Le nombre de porteurs de projets ou promoteurs formés a parallèlement bondi de 95 à 312, soit une hausse de 228 %. Ils sont 407 à avoir bénéficié d’une formation au premier semestre. Quinze promoteurs ont effectivement été installés durant la période, tandis que 670 visites post-installation ont été réalisées.

Les résultats du Programme d’accompagnement à l’emploi (PAE) apparaissent, eux, plus contrastés. Le nombre de bénéficiaires a augmenté de 11 % entre les deux trimestres, passant de 1 036 à 1 149, soit 2 185 bénéficiaires sur le semestre. En revanche, les nouvelles embauches intervenues après le programme ont reculé de 128 à 46, tandis que le taux de convertibilité est passé de 12 % à 4 %.

Ces résultats contrastés montrent que l’amélioration de l’employabilité ne peut reposer uniquement sur l’accompagnement des demandeurs. Elle suppose également une économie capable de créer durablement des emplois, mais aussi un système de formation mieux articulé aux besoins réels des entreprises.

Former davantage au Gabon

C’est précisément dans cette perspective que Rostan Mickael Engonga Ella analyse la volonté présidentielle de limiter progressivement le financement de nouvelles bourses dans certaines destinations traditionnelles, notamment la France, les États-Unis et le Canada.

Pour le député, cette orientation ne saurait être interprétée comme un abandon de la jeunesse ni comme une fermeture du Gabon sur lui-même. Elle traduirait plutôt un changement de doctrine : consacrer une part croissante des ressources publiques à la construction d’une offre nationale de formation capable, à terme, de rivaliser avec les standards internationaux.

Le raisonnement repose notamment sur l’augmentation du coût des études à l’étranger. Aux frais universitaires s’ajoutent le logement, le transport, la protection sociale et différentes dépenses liées au séjour des étudiants. La question devient alors celle de l’efficacité à long terme de la dépense publique.

Une bourse finance un étudiant pendant quelques années. Une université modernisée, un laboratoire, une école spécialisée ou une filière d’excellence peuvent, eux, former plusieurs générations.

La souveraineté éducative devient ainsi, dans l’analyse du député, une composante de la souveraineté nationale.

Former les compétences dont le Gabon aura besoin

Cette nouvelle doctrine supposerait également de rapprocher davantage les formations des besoins économiques du pays.

Ingénieurs, techniciens supérieurs, spécialistes du numérique, professionnels des mines et de la transformation locale des matières premières, personnels de santé, experts agricoles et agro-industriels, professionnels du tourisme et de l’hôtellerie ou encore spécialistes de l’énergie et des infrastructures durables : l’enjeu serait désormais d’anticiper les compétences dont le Gabon aura besoin dans dix ou quinze ans.

La politique des bourses, l’enseignement supérieur, la formation professionnelle et la stratégie d’industrialisation seraient ainsi appelés à fonctionner de manière beaucoup plus coordonnée.

Pour autant, Rostan Mickael Engonga Ella ne plaide pas pour la disparition des études à l’étranger. Certaines spécialités rares, certains cursus scientifiques ou technologiques de très haut niveau continueront de nécessiter une mobilité internationale.

Les bourses internationales pourraient alors devenir davantage ciblées et orientées vers les domaines stratégiques dans lesquels le Gabon ne dispose pas encore de capacités suffisantes.

Dans le même temps, les partenariats avec les universités étrangères pourraient évoluer vers des doubles diplômes, des laboratoires communs, la mobilité des enseignants, l’installation de programmes internationaux au Gabon et le transfert d’expertise.

L’objectif, selon cette lecture, n’est donc pas de fermer les portes de l’étranger à la jeunesse gabonaise, mais de faire en sorte que l’excellence ne soit plus nécessairement recherchée hors du pays.

La diaspora appelée à participer au mouvement

Pour le député du 2e siège des Gabonais de l’étranger, cette politique ne saurait toutefois réussir sans une implication accrue de la diaspora.

Les Gabonais établis à l’étranger représentent un important réservoir de compétences, d’expertise, de réseaux et de capacités d’investissement. Ils peuvent contribuer au transfert de savoir-faire, à la création d’entreprises et à l’attractivité internationale du pays.

C’est dans cet esprit que s’inscrit notamment le projet d’ouverture d’un bureau du Pôle national de promotion de l’emploi (PNPE) au sein de l’ambassade du Gabon en France. Ce dispositif doit permettre aux Gabonais de la diaspora d’accéder plus facilement aux informations relatives aux possibilités d’emploi et aux opportunités professionnelles disponibles au Gabon, notamment pour ceux qui envisagent un retour au pays.

Cette volonté de rapprochement doit également se traduire par l’organisation en France, les 28 et 29 novembre 2026, des Journées économiques et du Forum international de l’emploi, portés par le PNPE et l’Agence nationale de promotion des investissements (ANPI). L’objectif affiché est de créer davantage de passerelles entre les compétences gabonaises établies à l’étranger, les entreprises, les investisseurs et les besoins du marché national.

Pour Rostan Mickael Engonga Ella, la diaspora ne doit donc plus seulement être considérée comme une communauté gabonaise vivant hors du territoire. Elle doit devenir une composante pleinement intégrée à la stratégie de développement national.

Faire du Gabon une destination de formation

À plus long terme, l’ambition défendue par le parlementaire va encore plus loin. Si les investissements annoncés dans l’enseignement supérieur, la formation professionnelle et les filières spécialisées produisent leurs effets, le Gabon pourrait progressivement passer du statut de pays envoyant massivement ses étudiants se former à l’étranger à celui de destination régionale de formation.

Il s’agirait alors non seulement de former sur place l’essentiel des compétences nécessaires à l’économie nationale, mais également d’attirer des étudiants venus d’autres pays africains.

Derrière les orientations présidentielles sur les infrastructures, l’emploi, la formation, la diplomatie et la diaspora, Rostan Mickael Engonga Ella voit ainsi se dessiner une même ligne directrice : renforcer les capacités propres du Gabon sans renoncer à son ouverture sur le monde.

Une stratégie dont la réussite dépendra désormais de sa traduction dans la durée : construire les infrastructures, améliorer la qualité des formations, transformer davantage les dispositifs d’accompagnement en emplois effectifs, créer des débouchés pour les jeunes et donner à la diaspora les moyens de participer concrètement à la transformation économique du pays.

En somme, résume l’analyse du député, le discours du 16 août dessine la perspective d’un Gabon « plus souverain, mieux formé, mieux équipé, davantage ouvert sur le monde et capable de mobiliser toutes ses forces vives », qu’elles se trouvent à l’intérieur ou à l’extérieur des frontières nationales.

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