Santa Clara : 400 familles gabonaises face à l’ombre d’une expulsion
Par Jimmy Mandoukou
Ils sont pères, mères, artisans, commerçants, retraités. Ils ont bâti leur vie à Santa Clara, quartier qu’ils habitent pour beaucoup depuis plusieurs décennies. Ce matin-là, ils ont pris la parole. Non pas pour revendiquer un quelconque privilège, mais pour dire une chose simple : ils ont peur. Peur de perdre leurs maisons, leurs investissements, leur avenir. Et surtout, peur d’être chassés d’une terre qu’ils considèrent comme la leur, achetée honnêtement, travaillée patiemment, transmise parfois de génération en génération.
« Nous sommes les populations de Santa Clara. Nous sommes installés ici, pour la plupart, depuis de nombreuses décennies. Au fil des années, nous y avons réalisé de nombreux et importants investissements, et certains d’entre nous ont encore des projets en cours. » La déclaration, lue d’une voix grave par MOUELE MOUGNONZO Esrom, porte-parole des habitants, devant les représentants des hautes autorités, résume une inquiétude qui dépasse le cadre d’un simple litige foncier. Car derrière les mots, il y a des visages. Des familles entières qui se sentent aujourd’hui menacées par une décision qu’elles n’ont ni comprise, ni anticipée.
Une vue du panneau
Tout commence par une annonce qui a fait l’effet d’une onde de choc : une institution, un bureau ou des personnes se réclamant d’une certaine entité affirment être propriétaires d’un titre foncier portant sur 240 hectares dans la zone. « Sans autre forme de procédure, sans même que nous ayons été préalablement identifiés, ces personnes nous demandent d’arrêter nos travaux et nous menacent d’expulsion », dénoncent les habitants. Pas de concertation. Pas d’information préalable. Juste une injonction, brutale, à laquelle personne ne s’attendait.
Les habitants de Santa Clara ne se présentent pas comme des occupants sans titre. Ils insistent sur la régularité de leurs acquisitions. « Nous n’avons pas volé ces terrains. Nous les avons achetés auprès d’autres Gabonais, nous y avons investi de manière régulière et constante et, pour certains d’entre nous, nous y sommes installés depuis très longtemps. » Une affirmation qui pose une question de fond : comment des Gabonais peuvent-ils aujourd’hui se voir contester la propriété de terres acquises auprès d’autres Gabonais, parfois il y a des dizaines d’années ?
La réponse, ou plutôt l’incompréhension, tient en un nom : la Façade maritime du Champ triomphal. Une entité dont les habitants ignorent tout ou presque. « Nous ne comprenons donc pas que d’autres Gabonais, se réclamant de la Façade maritime du Champ triomphal, viennent aujourd’hui nous dire que nous devons partir, au motif qu’ils auraient un projet dont nous ne sommes pas informés, dont nous ne connaissons ni la pertinence ni l’étendue, et pour lequel nous n’avons jamais été consultés au préalable. » Le projet reste flou. Ses contours, ses ambitions, son impact sur les populations locales : rien n’a été discuté. Et c’est peut-être là le cœur du problème. Non pas le développement en soi, mais la manière dont il est imposé.
Car les habitants de Santa Clara ne se dressent pas contre l’idée d’un projet. Ils s’inquiètent d’une méthode qui les exclut. « Nous voulons donc faire savoir que nous nous sentons menacés. Il était important pour nous de tenir l’opinion publique ainsi que les plus hautes autorités informées de cette situation, car il s’agit avant tout d’une question de paix sociale et de la tranquillité de nombreuses familles. » Le message est clair, mesuré, presque solennel. Il ne s’agit pas d’une révolte, mais d’un appel à la raison. Un appel à ce que les plus hautes autorités entendent ce qui se joue sur le terrain.
Derrière chaque terrain, il y a une famille. Derrière chaque famille, des années d’efforts, des sacrifices, des projets de vie. « C’est donc toute une communauté qui se retrouve aujourd’hui dans l’incertitude », confient les par MOUELE MOUGNONZO Esrom. Ils sont près de 400 familles consternées, inquiètes et profondément préoccupées par les menaces qui pèsent sur leurs habitations, leurs investissements et leur avenir. Quatre cents familles, cela représente des milliers de personnes dont la vie pourrait basculer du jour au lendemain. Des enfants scolarisés dans le quartier, des commerces qui font vivre des foyers, des retraités qui ont choisi de finir leurs jours là où ils ont construit leur bonheur.
Face à cette situation, une seule revendication, formulée avec une simplicité désarmante : « Nous ne demandons qu’une seule chose : vivre en paix dans notre pays et voir nos droits respectés en tant que Gabonais et occupants de notre propre pays. » Vivre en paix. Une demande qui devrait aller de soi, mais qui, dans le contexte actuel, résonne comme un ultimatum adressé aux consciences. Les habitants de Santa Clara ne demandent pas l’aumône. Ils demandent le respect du droit, la reconnaissance de leurs efforts, et surtout, la possibilité de continuer à vivre là où ils ont toujours vécu.
La balle est désormais dans le camp des autorités. La déclaration de presse des populations de Santa Clara n’est pas un cri de guerre. C’est un cri d’alerte. Un appel à la vigilance, à la justice et à la paix sociale. Car comme ils le rappellent eux-mêmes, « derrière chaque terrain, il y a une famille, des années d’efforts, des sacrifices et des projets de vie ». Et aucune famille, aucun projet de vie, ne devrait être sacrifié sur l’autel d’un développement dont les populations ne connaissent ni les règles, ni les bénéfices, ni même l’existence. À Santa Clara, on attend désormais des réponses. Pas des promesses. Des actes.



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