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Médias : l’Apic-Gabon plaide pour une meilleure protection des entreprises de presse

Par Cadette Ondo Eyi 

Face aux risques juridiques, matériels et humains auxquels sont confrontées les entreprises de presse, l’Association des professionnels de l’information et de la communication du Gabon (Apic-Gabon) a consacré son cinquième Café des médias de l’année à la question de l’assurance. Organisée le samedi 31 octobre dernier à l’hôtel Flana B, en présence notamment du vice-président du Conseil économique, social, environnemental et culturel, Geoffroy Foumboula Libeka. Cette rencontre a mis en lumière la nécessité de renforcer la résilience des médias gabonais.

Que se passe-t-il lorsqu’un journal est condamné pour diffamation, qu’une rédaction est ravagée par un incendie ou qu’un reporter est blessé au cours d’une mission ? Pour de nombreuses entreprises de presse gabonaises, ces situations constituent autant de menaces susceptibles de compromettre leur pérennité. C’est autour de cette problématique que s’est articulée la cinquième édition du Café des médias de l’Apic-Gabon, consacrée aux mécanismes de protection des entreprises de presse.

Abel Eyeghe Ekore (extrême droite), aux côtés de Geoffroy Foumboula (chemise africaine), lors des échanges 

Le Dr Andrew Gwodog, président-directeur général de Samb’A Assurances et par ailleurs principal invité de cette rencontre, a d’emblée rappelé les obligations légales auxquelles sont soumises les entreprises de communication. Il a notamment souligné que l’article 84 du Code de la communication impose la présentation d’un contrat d’assurance à responsabilité civile (RC) dans le dossier de demande d’agrément technique.

Le Dr Andrew Gwodog (face ordinateur), explicitant les enjeux liés aux assurances 

Une exigence réglementaire qui, selon lui, ne saurait être considérée comme une simple formalité administrative. En effet, l’exercice du journalisme expose quotidiennement les professionnels de l’information à des risques susceptibles d’engager leur responsabilité, de fragiliser leurs structures ou de mettre en péril leur activité.

Si l’assurance à responsabilité civile constitue un premier rempart contre certains aléas, elle ne couvre toutefois qu’une partie des risques encourus par les entreprises de presse. Le Dr Andrew Gwodog a ainsi expliqué que cette garantie permet notamment de prendre en charge les dommages causés aux tiers, les conséquences d’une diffamation, les atteintes à la vie privée ainsi que les frais de procédure, dans les limites contractuelles prévues.

Les plafonds de garantie évoqués s’établissent à 25, 50 ou 100 millions de FCFA par sinistre, selon la formule souscrite. En revanche, les locaux professionnels, les équipements de reportage et les journalistes eux-mêmes demeurent exposés lorsque la couverture se limite à la seule responsabilité civile. Les amendes pénales et les fautes intentionnelles ne relèvent pas davantage de cette garantie.

Cette situation met en évidence les limites d’une protection exclusivement juridique, alors même que les entreprises de presse doivent également faire face aux risques matériels et aux accidents susceptibles d’affecter leurs collaborateurs.

Pour le responsable de Samb’A Assurances, la sécurisation des médias suppose donc une approche plus globale, tenant compte de la diversité des activités et des vulnérabilités propres à chaque structure.

Dans cette perspective, l’assureur a présenté Samb’A Com, une formule destinée à regrouper, au sein d’un même contrat, plusieurs garanties adaptées aux besoins des professionnels de la communication.

Cette offre associe la responsabilité civile à la couverture des biens, à des modules spécifiques selon la nature de l’activité, presse écrite, image et son, agence de communication ou imprimerie, ainsi qu’à des garanties de santé et d’accident au bénéfice du personnel, à partir de trois salariés.

Pour les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas 25 millions de FCFA, les tarifs indicatifs débutent à 264 000 FCFA TTC par an pour la formule Essentiel, contre 462 000 FCFA pour la formule Pro et 644 600 FCFA pour la formule Premium.

Le montant définitif de la cotisation doit néanmoins être déterminé à l’issue d’un audit gratuit de l’entreprise, destiné à apprécier ses besoins et son niveau d’exposition aux risques.

Conscient des contraintes économiques auxquelles sont confrontées de nombreuses rédactions, le Dr Andrew Gwodog s’est également déclaré disposé à examiner la possibilité d’une offre groupée avec les associations professionnelles. Une démarche qui pourrait permettre aux médias de bénéficier de conditions plus avantageuses, tout en favorisant une meilleure diffusion de la culture assurantielle dans le secteur.

Avant l’intervention de l’assureur, le président de l’Apic-Gabon, Abel Eyeghe, a insisté sur les conséquences des difficultés de fonctionnement des entreprises de presse. Pour lui, un média fragilisé dans son organisation et ses ressources l’est également dans sa capacité à remplir sa mission d’information auprès du public.

Cette réflexion a été prolongée par le journaliste-entrepreneur Harold Leckat, auteur de l’ouvrage « Entreprendre au Gabon sous la brimade institutionnelle », qui a apporté un éclairage sur les enjeux de résilience auxquels sont confrontées les entreprises médiatiques.

Au-delà de la seule question assurantielle, les échanges ont ainsi mis en évidence la nécessité de consolider les bases économiques et organisationnelles des médias, afin de leur permettre de résister aux difficultés et de préserver leur indépendance éditoriale.

Dans un environnement où les contraintes financières et les risques professionnels peuvent rapidement compromettre la continuité de l’activité, la protection des entreprises de presse apparaît comme un enjeu majeur pour la pérennité du paysage médiatique gabonais.

« Un média qui ne peut pas faire face à un procès, à un incendie ou à un accident est un média qui finit par se taire », a conclu le Dr Andrew Gwodog.

Une formule qui résume l’enjeu de cette rencontre : au-delà de la protection des biens et des personnes, l’assurance constitue un levier de sécurisation de l’activité journalistique et, par conséquent, de préservation du droit du public à une information libre et accessible.

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