Le Gabon réintégré dans l’AGOA : Washington valide la trajectoire d’Oligui Nguema
Par Stive R. Makanga
C’est une décision qui ne passe pas inaperçue dans les chancelleries africaines. Le 19 mai 2026, le président américain Donald Trump a signé une proclamation officielle restaurant le Gabon dans son statut de pays bénéficiaire de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), le programme commercial préférentiel le plus stratégique entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne. Une décision à effet immédiat, qui met un terme à seize mois d’exclusion et consacre, sur la scène internationale, la trajectoire imprimée par le Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema.
La suspension n’avait pas été anodine. En janvier 2024, l’administration Biden avait exclu le Gabon du dispositif AGOA, invoquant les critères de gouvernance démocratique et de protection du pluralisme politique, à la suite des événements du 30 août 2023. Une décision qui plaçait le pays aux côtés du Niger, de la République centrafricaine et de l’Ouganda dans la catégorie des États mis à l’écart du partenariat commercial américain. En février 2026 encore, le Bureau du représentant américain au commerce confirmait que le Gabon ne serait pas retenu pour l’année en cours.
Puis vint la proclamation du 19 mai.
Le texte américain est sans ambiguïté : « Sur la base des actions entreprises par le Gouvernement du Gabon, j’ai déterminé que le Gabon remplit les conditions d’éligibilité prévues à la section 104 de l’AGOA et les critères d’éligibilité prévus à la section 502 du Trade Act. » Deux fondements juridiques, deux séries de critères, économiques d’un côté, politiques et de gouvernance de l’autre. Washington a évalué. Washington a validé.
Ce qui distingue cette proclamation d’une simple déclaration d’intention, c’est son caractère immédiatement exécutoire. Dans le même mouvement, Washington a ordonné la modification de la note générale 16(a) du Tarif douanier harmonisé américain (HTSUS), rendant la décision pleinement applicable dès la signature. Pas de phase transitoire, pas de procédure d’attente.
Concrètement, près de 1 800 produits gabonais retrouvent dès aujourd’hui un accès en franchise de droits au marché américain au titre de l’AGOA, auxquels s’ajoutent environ 5 000 produits relevant du Système généralisé de préférences. Le bois, les hydrocarbures, le manganèse, mais aussi les filières émergentes (transformation agricole, textile, cosmétique) sont directement concernés. La fenêtre est ouverte jusqu’au 31 décembre 2026, dans le cadre de la prolongation du programme.
Les chiffres donnent la mesure du potentiel rouvert : les échanges bilatéraux Gabon-États-Unis avaient déjà atteint 426,2 millions de dollars en 2024, soit une hausse de 23,1 % sur un an: et ce, malgré l’exclusion du programme préférentiel. La réintégration devrait logiquement amplifier cette dynamique.
Au-delà des flux commerciaux directs, la portée de la décision américaine dépasse largement les statistiques douanières. Pour les fonds d’investissement, les opérateurs industriels et les bailleurs multilatéraux qui scrutent le dossier gabonais, cette validation de Washington vient s’inscrire dans une séquence de signaux positifs déjà émis par la Banque mondiale, le FMI et les agences de notation. Le Gabon réintègre, l’un après l’autre, tous les cercles de la légitimité internationale.
Le climat des affaires gabonais sort renforcé de cette séquence, estiment plusieurs observateurs économiques. Et c’est précisément ce que cherchait la diplomatie de Libreville.
Car cette réintégration n’est pas tombée du ciel. Elle est l’aboutissement d’une stratégie de normalisation conduite méthodiquement depuis la prise de fonction du Chef de l’État : retour du Gabon dans les enceintes régionales (CEEAC, Union africaine), tenue du calendrier électoral, installation des nouvelles institutions, réformes de la gouvernance économique, multiplication des bilatérales à l’international.
Washington ne récompense pas une posture. La proclamation Trump le dit elle-même : ce sont les actions du gouvernement gabonais qui ont motivé la décision. Seize mois d’actions concrètes qui ont fini par inverser une décision américaine majeure.
Du 30 août 2023 au 19 mai 2026 : une trajectoire, une méthode, un résultat.
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