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Conflit foncier à Akanda : la Communauté musulmane du Gabon rétablit la vérité face aux campagnes de désinformation

Par Stive Roméo Makanga

Parler d’occupation illégale, de foi et de droit foncier dans le Gabon contemporain, c’est mettre à nu les fragilités d’un État de droit encore trop souvent pris en otage par les passions, les arrière-pensées et les manipulations. L’affaire de la parcelle n°1/402 Akanda, titrée sous le numéro foncier 19595, en est une illustration saisissante. Elle révèle moins un conflit de terrain qu’un affrontement entre la légalité républicaine et les dérives d’une contestation instrumentalisée.

Le 11 février 2026, le Conseil supérieur des affaires islamiques au Gabon (CSAIG) a officiellement saisi le procureur de la République aux fins de cessation de trouble et d’expulsion de squatters installés illégalement sur cette parcelle communautaire. Pour rappel, près de 80 personnes y occupent aujourd’hui environ 80 % de l’espace, en violation manifeste du droit de propriété. Mais contrairement aux caricatures relayées par certains porte-voix intéressés, la démarche de la communauté musulmane n’est ni brutale ni vengeresse. Elle se veut, au contraire, sociale, concertée et apaisée.

La volonté clairement exprimée par la Communauté musulmane du Gabon n’est pas de jeter à la rue les occupants illégaux, mais de les rencontrer, de les recenser et de leur proposer une cession encadrée des espaces occupés, moyennant des coûts sociaux forfaitaires. Une solution pragmatique, inspirée par l’esprit de conciliation, qui aurait pu constituer un précédent vertueux en matière de résolution des conflits fonciers. Pourtant, cette main tendue se heurte à des résistances tenaces.

Ces blocages ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont alimentés par un noyau dur d’individus manifestement entêtés, encouragés, selon plusieurs sources concordantes, par des imams récalcitrants qui préfèrent l’agitation à la médiation. Plus grave encore, une plainte distincte a été déposée auprès du doyen des juges du premier cabinet du Tribunal de première instance pour faux, usage de faux et usurpation de titre contre le chef présumé des squatters, sieur Michel Moudaba, qui n’a de cesse de tirer à boulets rouge sur les détenteurs du titre foncier de la parcelle sur laquelle il s’est installé en toute illégalité. Ce dernier agirait au nom d’un collectif restreint de sept à huit personnes, dont certaines se seraient livrées à la revente illégale de parcelles à des sujets étrangers, en ajoutant l’escroquerie à l’occupation frauduleuse.

La situation est d’autant plus paradoxale que cette parcelle, issue de l’ordonnance n°00000005/PR/2012 du 13 février 2012 et ratifiée par la loi n°003/2012 du 13 août 2012, abrite également un commissariat de police. Celui-ci, loin d’être un squat, s’est régulièrement enregistré à la suite d’un appel de la communauté musulmane, en  démontrant que le droit peut être respecté lorsqu’il est reconnu.

Au-delà du présent contentieux, les enjeux sont considérables. La Communauté musulmane du Gabon porte sur cet espace des projets structurants : université, jardin d’enfants, centre hospitalier, clinique et autres infrastructures à vocation éducative et sociale. Autant d’équipements destinés non pas à une élite confessionnelle, mais à l’ensemble de la société gabonaise. Leur blocage constitue une perte sèche pour l’intérêt général.

Dans ce contexte inflammable, les attaques personnelles se multiplient contre Abdu Razzaq Guy Kambongo, chef de la Communauté musulmane du Gabon. Des accusations mensongères, des insanités et des campagnes de dénigrement circulent, portées par des mains tapies dans l’ombre, animées par une mauvaise foi manifeste. Or, il convient de rappeler une évidence juridique et morale : cette parcelle n’est pas le bien d’un homme, mais celui d’une communauté. Et le dossier en cours ne relève pas de l’initiative personnelle du chef de la Communauté musulmane du Gabon; il est piloté par le secrétariat exécutif, seul habilité à mener les actions judiciaires contre les principaux délateurs.

Certains musulmans ne cachent plus leur lassitude. « Ces musulmans sont en disgrâce depuis plusieurs années », confient-ils, écœurés de voir la délation et la diffamation érigées en stratégie politique interne. D’autres dénoncent ouvertement le rôle délétère joué par certains coreligionnaires, accusés d’abuser la communauté tout entière pour servir des intérêts inavouables.

Enfin, il faut rappeler un principe fondamental trop souvent ignoré dans le débat public : si la terre appartient originellement à l’État, l’attribution d’un titre foncier la fait entrer dans le domaine privé. Dès lors, son acquéreur est en droit d’en disposer librement, dans le respect des lois en vigueur. En l’espèce, le Conseil supérieur des affaires islamiques du Gabon est pleinement fondé à faire valoir ses droits, quels que soient les cris d’orfraie des délateurs.

Cette réalité juridique n’a d’ailleurs rien d’exceptionnel ni de singulier. Elle a déjà trouvé à s’appliquer, sans controverse majeure, dans des situations analogues impliquant d’autres confessions religieuses. Ainsi, l’Église catholique de Sainte‑Marie avait, en son temps, été confrontée à un cas similaire d’occupation illégale de l’une de ses parcelles par des compatriotes installés sans droit ni titre. Fidèle au droit positif et à la rigueur institutionnelle qui caractérisent son action, la communauté religieuse de Sainte-Marie avait procédé à l’expulsion des squatters, sans négociation préalable ni autre forme de procès, faisant strictement prévaloir le droit de propriété reconnu par le titre foncier.

Plus encore, loin de toute logique de prédation ou d’exclusion, cette même communauté avait ensuite fait preuve d’ouverture et de pragmatisme. Après la libération du site, elle avait consenti à céder, en toute légalité, quelques mètres carrés à des particuliers ayant manifesté un intérêt réel et formulé des démarches conformes aux règles en vigueur. Cet épisode rappelle une évidence trop souvent passée sous silence : le respect du droit n’exclut ni la concertation ni l’humanité, mais il en constitue le préalable indispensable. À l’aune de ce précédent, la démarche du Conseil supérieur des affaires islamiques du Gabon apparaît non seulement légitime, mais remarquablement mesurée, puisqu’elle privilégie d’emblée le dialogue là où d’autres institutions religieuses ont, à juste titre, fait usage de leur droit sans concession.

Ce dossier n’est donc ni une querelle religieuse, ni un règlement de comptes personnel. Il est le révélateur d’un mal plus profond : la difficulté à faire prévaloir la loi sur l’arbitraire, le droit sur la rumeur, et l’intérêt collectif sur les ambitions dissimulées. À Akanda, ce n’est pas seulement une parcelle qui est en jeu, mais la crédibilité même de l’État de droit.

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