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Gabon/Litige foncier à Essassa derrière Berthe et Jean : les populations dénoncent des dérives préoccupantes de la SNI et interpellent le chef de l’État

Par Cadette Ondo Eyi

À l’ombre des promesses de justice sociale formulées par le président de la République, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, les populations d’Essassa, situées derrière Berthe et Jean, expriment aujourd’hui une profonde inquiétude face à la mise en œuvre effective des mesures de régularisation foncière annoncées en janvier 2026.

Le 26 janvier 2026, le Chef de l’État annonçait une initiative majeure visant à sécuriser l’accès à la propriété foncière pour les populations vivant dans l’informalité. Cette mesure, saluée comme un tournant décisif vers davantage d’équité, prévoyait notamment la cession des parcelles à des coûts accessibles, tenant compte des superficies occupées.

Cette annonce avait suscité un véritable espoir chez les populations d’Essassa, où certaines familles sont établies depuis plus de six décennies, nombreux sont ceux qui voyaient enfin se profiler la reconnaissance de leurs droits et de leurs investissements.

vu de la lettre du ministre de l’Intérieur de l’époque au maire de la commune de Ntoum

Loin d’être une zone vacante, le site d’Essassa constitue un espace de vie ancien, occupé depuis les années 1960. Plusieurs générations s’y sont succédé, érigeant habitations, exploitations agricoles et infrastructures modestes, témoins d’un ancrage territorial profond.

Pour les habitants, ces terres ne représentent pas seulement un patrimoine matériel, mais également un héritage social, culturel et économique.

Cependant, sur le terrain, la mise en œuvre de cette politique par la Société Nationale Immobilière (SNI) du Gabon suscite incompréhension et désarroi. Selon plusieurs témoignages concordants, la priorité censée être accordée aux terrains bâtis — incluant les constructions en cours, les fondations ou toute forme d’occupation effective — ne serait pas respectée. Seules les habitations achevées seraient prises en considération, excluant de fait une large frange de résidents pourtant établis de longue date.

une vue des destructions

De surcroît, le calendrier progressif initialement envisagé, prévoyant l’intégration des terrains nus à une phase ultérieure, ne semble pas appliqué. À cela s’ajoutent des pratiques dénoncées avec vigueur : destructions de biens sans préavis, interdictions de reconstruire, et morcellement de parcelles attribuées à des tiers.

Ce différend foncier ne saurait être considéré comme récent. Dès 2020, sous la présidence de Ali Bongo Ondimba, les populations avaient déjà contesté des tentatives d’appropriation de ces terres. À la suite de cette mobilisation, des instructions avaient été données en vue de préserver les droits des occupants historiques.

Malgré ces décisions, les tensions persistent. Les habitants dénoncent aujourd’hui une remise en cause de ces acquis, aggravée par l’absence de communication claire de la part de la SNI.

Au-delà des considérations administratives, la situation soulève des interrogations d’ordre juridique. Les populations invoquent notamment le principe de mise en valeur des terres, reconnu par le droit foncier, ainsi que celui de l’antériorité d’occupation.

les populations en appellent au chef de l’État

Elles contestent également la légalité de certaines opérations de destruction, estimant que celles-ci devraient être encadrées par une décision judiciaire préalable, conformément aux principes fondamentaux de l’État de droit.

Face à ce qu’elles perçoivent comme une dérive dans l’application des mesures annoncées, les populations d’Essassa lancent un appel solennel au Chef de l’État. Elles sollicitent notamment la suspension immédiate de toute commercialisation de leurs parcelles, le respect strict des critères de reconnaissance des terrains bâtis, incluant les constructions en cours, l’arrêt des destructions sans encadrement juridique préalable, l’ouverture d’un dialogue inclusif entre les autorités et les populations concernées, la mise en place d’une solution équitable garantissant les droits des occupants historiques.

Au-delà du litige foncier, c’est une question de dignité humaine et de crédibilité de la parole publique qui se pose avec acuité. Les habitants d’Essassa, qui rappellent leur engagement citoyen lors des moments clés de la vie politique nationale, attendent désormais des actes à la hauteur des engagements pris.

Dans un contexte où la confiance entre gouvernants et gouvernés constitue un pilier essentiel de la stabilité sociale, la résolution de ce dossier apparaît comme un test majeur pour la politique foncière engagée au Gabon.

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