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Université Omar Bongo/Département d’Anthropologie : Gracy Brunel Ngandji Oyiba soutient une thèse sur la redevance forestière et les défis du développement local

Par Stive Roméo Makanga

Dans un pays où la forêt couvre près de 90 % du territoire et constitue l’un des piliers de l’économie nationale, la question de la redistribution des richesses issues de l’exploitation forestière reste, paradoxalement, l’un des angles morts du débat public. C’est précisément ce paradoxe que le doctorant Gracy Brunel Ngandji Oyiba a choisi d’explorer dans sa thèse consacrée à la redevance forestière et au développement local au Gabon, vendredi 6 mars courant à l’école doctorale au sein de l’Université Omar Bongo (UOB).

Une vue du jury

Soutenue devant un jury composé d’universitaires de référence, cette recherche s’inscrit dans une interrogation simple mais décisive : les revenus tirés de l’exploitation forestière profitent-ils réellement aux populations vivant au cœur des zones forestières ?

Une vue de l’assistance

Le jury était présidé par Fidèle Pierre Nze‑Nguema, professeur titulaire à l’Université Omar Bongo. Les rapports scientifiques ont été assurés par Antoine Socpa et Martin Elouga, tous deux professeurs titulaires à l’Université de Yaoundé I au Cameroun. Le jury comptait également Henry Paul Bourobou Bourobou, maître de conférences, tandis que la direction de thèse était assurée par le professeur Bernardin Mve Minko.

Le nouveau docteur en tenue d’apparat 

À l’origine de ce travail doctoral, il n’y a ni théorie abstraite ni spéculation académique, mais une observation concrète réalisée au contact des populations rurales.

« Cette thématique, je ne l’ai pas choisie par hasard mais plutôt sur la base d’un constat. En faisant une pré-enquête dans un village, je me suis rendu compte qu’il y avait des déficits. Il y avait beaucoup de manquements et en lisant certains auteurs, il y avait cet aspect lié à la redevance qui revenait beaucoup, et je m’y suis intéressé », explique le doctorant.

Derrière cette phrase, presque modeste, se cache une réalité bien connue des spécialistes de la gouvernance forestière : la redevance forestière, censée financer le développement des localités impactées par l’exploitation du bois, demeure souvent un mécanisme opaque, dont les retombées concrètes sur le terrain peinent à convaincre.

Au Gabon, la redevance forestière a été pensée comme un outil de redistribution territoriale. L’idée est simple : une partie des revenus tirés des concessions forestières doit revenir aux collectivités locales afin de financer infrastructures, services sociaux ou projets communautaires.

Mais entre la logique institutionnelle et la réalité des villages forestiers, l’écart reste parfois considérable. C’est précisément cet écart que la thèse de Gracy Brunel Ngandji Oyiba s’attache à analyser, en examinant les mécanismes de gestion, les circuits de redistribution et les effets réels sur le développement local.

Un sujet qui, à l’évidence, dépasse largement le cadre académique. Car derrière la question de la redevance forestière se joue un débat plus large sur la gouvernance des ressources naturelles dans un pays qui se veut à la fois puissance forestière et modèle de gestion durable.

Pour tout doctorant, la soutenance reste un moment suspendu : celui où plusieurs années de recherche se condensent en quelques heures d’échanges scientifiques.

« Je suis très satisfait du résultat obtenu. Vous savez lorsque votre travail n’est pas encore passé à l’appréciation du jury, vous ne pouvez pas être rassuré. Il faut nécessairement passer par cette étape », a confié le nouveau docteur à l’issue de la délibération.

Au-delà de la satisfaction personnelle, cette recherche contribue à alimenter un débat essentiel pour l’avenir du Gabon : celui de la transformation des richesses naturelles en développement tangible pour les populations locales.

Car dans un pays couvert de forêts mais encore confronté à de fortes disparités territoriales, la véritable question n’est peut-être plus de savoir combien la forêt rapporte, mais à qui elle profite réellement.

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