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Interpellation et mandat de dépôt contre Bilie By Nze : une procédure sous soupçon d’instrumentalisation

Par Stive Roméo Makanga

Depuis plusieurs jours, l’affaire visant Alain Claude Bilie By Nze, le chef de l’opposition, suscite une vive polémique chez nous , alimentée par des versions contradictoires circulant dans les médias et sur les réseaux sociaux. Alors que certaines publications évoquent une affaire d’escroquerie et de reconnaissance de dette, la défense de l’ancien Premier ministre incarnée par Me Sarah Onyane, présente une tout autre lecture des faits et dénonce une procédure qu’elle juge entachée d’irrégularités graves.

Selon les éléments fournis par l’entourage de l’ancien responsable gouvernemental, l’origine du dossier remonte à 2008, dans le cadre de l’organisation de la Fête des cultures. Un comité d’organisation aurait alors été mis en place, présidé par Alain Claude Bilie By Nze, avec la participation de plusieurs membres, dont une certaine Baba Ramatou Amadou, aujourd’hui plaignante.

Face à l’absence de fonds publics disponibles à quelques jours de l’événement, une solution de préfinancement interne aurait été proposée par cette dernière elle-même, toujours selon la défense. Les membres du comité auraient ainsi contribué sur leurs fonds propres : environ 3 millions de FCFA pour Bilie By Nze, 5 millions pour dame Amadou, et d’autres contributions mineures des autres membres.

Un accusé de réception aurait été signé par le président du comité à la demande de dame Amadou, formalisant cette participation collective. L’accord initial prévoyait un remboursement une fois les financements publics débloqués.

Toujours selon cette version, les fonds publics débloqués ultérieurement se seraient révélés insuffisants pour couvrir l’ensemble des dépenses engagées. Une rencontre aurait alors eu lieu avec le vice-Premier ministre de l’époque, Paul Mba Abessolo, qui aurait indiqué avoir saisi la Présidence et attendre un retour pour déclencher le remboursement.

Le dossier serait ensuite resté sans suite, notamment après les changements institutionnels intervenus en 2009. Plusieurs années plus tard, en 2015, Baba Ramatou Amadou aurait sollicité à deux reprises une aide financière personnelle auprès de Bilie By Nze, qui lui aurait accordé des soutiens ponctuels estimés à 500 000 FCFA.

Près de deux décennies après les faits, Baba Ramatou Amadou a déposé plainte contre Alain Claude Bilie By Nze pour escroquerie. Une démarche que la défense qualifie de tardive et juridiquement fragile, estimant qu’elle repose sur une relecture isolée d’un engagement collectif ancien.

L’entourage de l’opposant dénonce également la manière dont la procédure a été conduite. Il affirme que Bilie By Nze n’aurait reçu aucune convocation préalable et évoque une interpellation brutale, qualifiée par ses proches de privation arbitraire de liberté. Ces éléments, s’ils étaient confirmés, soulèveraient des interrogations sur le respect des droits fondamentaux et des garanties procédurales.

Dans ce dossier, la défense critique également la couverture médiatique, estimant que certaines chaînes publiques et acteurs de l’information ont relayé des accusations sans contradictoire suffisant, contribuant selon elle à porter atteinte à la présomption d’innocence et à l’image de l’ancien chef du gouvernement.

Elle appelle à une lecture “factuelle et rigoureuse” des événements, loin des interprétations politiques ou émotionnelles.

Au-delà du volet judiciaire, cette affaire s’inscrit dans un climat politique tendu, où chaque procédure impliquant une personnalité publique est scrutée et souvent instrumentalisée.

Pour la défense, il s’agit avant tout d’un différend ancien lié à la gestion collective d’un projet culturel, aujourd’hui requalifié en contentieux pénal, dans des conditions qu’elle juge préoccupantes pour l’État de droit.

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