Gabon/Gestion municipale à Libreville : Juvenal Roblex Ondo dénonce “la mauvaise foi” et rétablit les faits
Par Cadette Ondo Eyi
À Libreville, la polémique enfle depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux autour de la gestion municipale et des choix opérés par l’actuel édile. Accusations d’effectifs pléthoriques, critiques sur la gestion budgétaire, interrogations sur la décentralisation : autant de sujets qui alimentent un débat public parfois virulent. Dans ce contexte, Juvenal Roblex Ondo, conseiller politique du maire, a accordé un entretien exclusif afin de clarifier la position de l’exécutif municipal et répondre point par point aux griefs formulés.
Dès l’entame de son propos, le conseiller politique adopte un ton ferme, dénonçant ce qu’il considère comme une lecture biaisée de la réalité administrative. « Ceux qui font la polémique sur les effectifs pléthoriques de la mairie font preuve de mauvaise foi », tranche-t-il sans détour. Selon lui, cette controverse ne résiste pas à une analyse technique rigoureuse des faits. Il rappelle que, lors de son accession à la tête de la municipalité, le maire Pierre Matthieu Obame Etoughe avait reçu des orientations précises du président de la République, articulées autour de trois axes majeurs : la digitalisation des services, l’optimisation des recettes et la maîtrise de la masse salariale.
Sur la question sensible des effectifs, souvent brandie comme principal motif de critique, Juvenal Roblex Ondo oppose des chiffres qu’il juge éloquents. Là où, par le passé, le cabinet du maire comptait entre 121 et 122 conseillers, l’équipe actuelle se limite à 36 membres. « C’est du jamais vu à la mairie de Libreville », affirme-t-il, insistant sur le caractère exceptionnel de cette réduction. Pour lui, loin d’illustrer une inflation des effectifs, cette configuration témoigne au contraire d’une volonté assumée de rationalisation. Il souligne par ailleurs que la sélection de ces conseillers s’est faite sur la base de critères stricts de compétence et d’expertise, à l’issue d’un processus qu’il qualifie de « particulièrement rigoureux ».
Au-delà des chiffres, le conseiller politique met en avant une philosophie de gouvernance centrée sur l’emploi national. « Ce sont des Gabonais », insiste-t-il, rappelant que chaque recrutement participe à la dynamique socio-économique du pays en soutenant des familles entières. Une argumentation qui vise à replacer le débat dans une perspective plus large, où la politique de l’emploi est également perçue comme un levier de cohésion sociale.
Dans la même logique de maîtrise budgétaire, Juvenal Roblex Ondo révèle l’existence d’un arrêté municipal visant à réduire les émoluments des membres du cabinet. Une mesure qu’il présente comme structurante, permettant de concilier rigueur financière et efficacité administrative. « On peut diminuer le salaire de quelqu’un pour recruter deux personnes de plus », explique-t-il, mettant en avant une stratégie d’optimisation des ressources humaines. Cette approche, selon lui, illustre la volonté du maire de « commencer la rigueur par lui-même », en imposant une discipline budgétaire dès le sommet de l’administration.
L’autre pilier de l’action municipale, largement évoqué au cours de l’entretien, concerne la digitalisation des recettes. Sur ce point, le conseiller politique se montre particulièrement insistant, évoquant un chantier « déjà réalisé à 70 % ». L’objectif affiché est clair : garantir la traçabilité des flux financiers, fiabiliser les recettes et mettre un terme aux dérives liées à une gestion jugée opaque par le passé. « L’un des problèmes majeurs de la mairie, c’était la destination parfois inconnue de certaines sommes d’argent », reconnaît-il. La digitalisation apparaît ainsi comme une réponse structurelle à cette problématique, en instaurant des mécanismes de contrôle plus stricts et transparents.
Parallèlement à ces réformes structurelles, Juvenal Roblex Ondo met en avant des réalisations concrètes observables sur le terrain. En l’espace de quatre-vingt-dix jours, plusieurs chantiers ont été engagés, voire achevés : rénovation des infrastructures, réhabilitation de la salle annexe, remise à niveau des installations sanitaires à l’entrée principale. Autant d’actions qui, selon lui, traduisent une volonté d’amélioration rapide et visible du cadre administratif.
Mais c’est sans doute dans le domaine de la gestion des déchets que l’action municipale se veut la plus ambitieuse. Grâce à des partenariats avec des acteurs privés et parapublics, inscrits dans une logique de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), la mairie a pu acquérir douze camions de dix roues ainsi que des tractopelles. Ces équipements, destinés à être répartis entre les différents arrondissements, visent à renforcer l’efficacité du ramassage des ordures et à améliorer l’image de la capitale. « Cela permet aux mairies d’arrondissement d’être pleinement opérationnelles », souligne le conseiller, qui y voit une avancée significative par rapport aux années précédentes.
L’entretien aborde également la question des ressources humaines internes. Contrairement à certaines critiques appelant à un recours accru à des prestataires extérieurs, Juvenal Roblex Ondo défend une approche fondée sur la valorisation des compétences locales. « La mairie regorge de ressources humaines compétentes », affirme-t-il, estimant que le recours systématique à des intervenants externes constituerait une charge financière inutile dans un contexte de redressement budgétaire.
Sur le terrain politique, le conseiller ne nie pas l’existence de tensions, mais il en relativise la portée. Selon lui, la convoitise dont fait l’objet la mairie de Libreville s’explique en grande partie par des enjeux politiques. « Certains veulent réellement restructurer l’institution, d’autres ont des intentions différentes », analyse-t-il, suggérant que les critiques pourraient parfois être motivées par des intérêts divergents. Il évoque même une institution historiquement « politisée », où les tentatives de réforme se heurtent souvent à des résistances liées à la perte de privilèges.
Concernant les relations avec les mairies d’arrondissement, Juvenal Roblex Ondo reconnaît l’existence de frustrations, notamment autour des budgets de fonctionnement. Toutefois, il dénonce ce qu’il considère comme une « confusion » entre budget de fonctionnement et budget d’investissement. Il rappelle qu’auparavant, les arrondissements disposaient d’environ 60 millions de francs CFA par an, un montant souvent versé de manière partielle. Aujourd’hui, affirme-t-il, ce budget a été porté à 98 millions, incluant une enveloppe supplémentaire de 28 millions dédiée à la « journée citoyenne ».
Cette initiative, organisée deux fois par mois, s’inscrit dans une logique de responsabilisation des maires d’arrondissement, désormais érigés en régisseurs directs des fonds alloués. « Il n’y aura plus d’intermédiaire entre le Trésor et eux », précise-t-il, mettant en avant une simplification des circuits financiers. Pour le conseiller, cette évolution constitue une preuve tangible des efforts consentis par la mairie centrale en faveur des arrondissements.
La question de la décentralisation, souvent au cœur des débats, est également abordée avec prudence. Juvenal Roblex Ondo insiste sur le caractère progressif de ce processus, appelant à une meilleure compréhension de ses mécanismes. « La décentralisation ne signifie pas la gestion immédiate de sommes colossales », explique-t-il, mettant en garde contre une vision qu’il juge simpliste. Selon lui, le transfert de compétences doit s’accompagner de dispositifs de contrôle et d’évaluation, afin de garantir une utilisation optimale des ressources publiques.
Sur un autre registre, l’entretien évoque la récente reconfiguration du poste de sixième adjoint au maire. Sans entrer dans les détails, le conseiller indique qu’il s’agit d’une affaire interne à un parti politique, ayant fait l’objet d’une décision du Conseil d’État et d’une réorganisation conforme aux dispositions légales. Il préfère toutefois recentrer le débat sur « l’intérêt général », qu’il considère comme la priorité absolue.
En conclusion, Juvenal Roblex Ondo lance un appel à la sérénité à l’endroit des populations de Libreville. Il invite à prendre du recul face aux informations circulant sur les réseaux sociaux, qu’il juge parfois éloignées de la réalité. « Il y a beaucoup plus de bruit que de faits », affirme-t-il, défendant l’image d’un maire « technocrate », concentré sur ses objectifs et peu enclin à céder aux pressions extérieures.
Dans un contexte où la défiance envers les institutions peut rapidement s’installer, cet entretien apparaît comme une tentative de rééquilibrage du discours public. Entre défense de l’action municipale et plaidoyer pour une gouvernance rigoureuse, Juvenal Roblex Ondo s’efforce de convaincre que la mairie de Libreville est engagée dans une dynamique de réforme profonde. Reste à savoir si ces arguments suffiront à apaiser les critiques et à restaurer la confiance d’une opinion publique de plus en plus exigeante.



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