Moanda : entre enquête revendiquée et procès à charge contre Comilog
Par Joseph Mundruma
À Moanda, l’activité de La Compagnie Minière de l’Ogooué se retrouve, une fois encore, au centre d’une controverse alimentée par une publication du média La Lettre Verte. Présentée comme une enquête de fond, celle-ci reprend des accusations anciennes relatives à la pollution, aux impacts sanitaires ou encore aux déplacements de populations. Si les thèmes abordés méritent naturellement attention et vigilance, la manière dont ils sont traités suscite, en revanche, de sérieuses réserves.
En effet, à la lecture du document, apparaît un récit largement orienté, dépourvu de réel contradictoire et peu soucieux d’intégrer les évolutions intervenues ces dernières années. Or, sur des dossiers aussi sensibles, l’exigence journalistique impose davantage qu’une simple accumulation de griefs : elle commande nuance, contextualisation et confrontation des points de vue.
Par ailleurs, selon plusieurs sources proches de l’entreprise, cette publication interviendrait dans un climat marqué par des sollicitations financières jugées abusives, adressées à Compagnie Minière de l’Ogooué et restées sans suite. Dès lors, certains observateurs s’interrogent sur une mécanique désormais bien connue : lorsqu’aucun arrangement n’aboutit, la pression se déplacerait vers le champ éditorial.
Dans des environnements médiatiques économiquement fragiles, la frontière entre investigation légitime et tentative d’influence peut, en effet, devenir poreuse. Sans qu’aucune preuve publique définitive ne permette de trancher, le faisceau d’indices soulève néanmoins une interrogation essentielle : l’objectif poursuivi est-il d’informer ou de contraindre ?
Toutefois, il serait excessif d’affirmer que l’ensemble des critiques est dénué de fondement. La question de la rivière Moulili, notamment, demeure un passif environnemental réel que l’entreprise continue de traiter avec les parties prenantes concernées. Nul ne saurait sérieusement le contester.
Cependant, là encore, la publication choisit d’ignorer les évolutions enregistrées, les investissements engagés ainsi que les dispositifs de réhabilitation actuellement déployés. En conséquence, elle enferme le débat dans une lecture exclusivement accusatoire, figée dans le passé, au détriment d’une compréhension équilibrée des enjeux contemporains.
Or, un sujet industriel de cette ampleur ne peut être réduit à une opposition caricaturale entre coupables désignés et victimes absolues. Il exige, au contraire, une approche plus rigoureuse, prenant en compte les contraintes économiques, les impératifs sociaux et les responsabilités environnementales.
Ce contexte intervient, du reste, au moment où Libreville entend renforcer nettement l’encadrement de l’espace numérique. Depuis l’ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 février 2026, l’usage des réseaux sociaux est désormais strictement régulé : fin de l’anonymat, obligation d’identification des utilisateurs, sanctions financières pouvant atteindre plusieurs dizaines de millions de FCFA, ainsi qu’extension des pouvoirs de Haute Autorité de la Communication aux plateformes numériques.
Cette réforme fait suite à des dérives maintes fois dénoncées, notamment la diffusion de contenus diffamatoires ou susceptibles de fragiliser les institutions. Dès lors, la publication de contenus à charge, élaborés sans rigueur méthodologique suffisante, ne relève plus seulement de la polémique médiatique classique.
Elle s’inscrit désormais dans un environnement plus surveillé, où la responsabilité des acteurs de l’information est clairement engagée. Car si la liberté de la presse demeure un pilier fondamental, elle ne saurait prospérer durablement sans exigence de vérité, sans honnêteté intellectuelle et sans sens des responsabilités.



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