AFD–Gabon : un partenariat décisif pour la gestion durable des forêts
Par Stive Roméo Makanga
Avec l’annonce d’un financement de 11,4 milliards de FCFA, issu d’un accord avec la France via l’Agence française de développement (AFD), le Gabon envoie un signal fort : celui d’un pays qui entend faire de sa richesse forestière un levier durable de développement. Mais au-delà de l’effet d’annonce, une question demeure : ce nouvel appui marquera-t-il un véritable tournant ou s’inscrira-t-il dans la longue liste des ambitions inachevées ?
Car le défi est connu. Depuis des années, les services déconcentrés en charge de l’environnement évoluent dans des conditions précaires, entre manque d’équipements, infrastructures vieillissantes et faibles capacités d’intervention. Dans ce contexte, le projet de Renforcement des infrastructures et des moyens opérationnels (RIMOSD) apparaît comme une réponse attendue. Moderniser les administrations locales, doter les agents de moyens adéquats, améliorer la surveillance du territoire : autant d’objectifs qui relèvent moins du luxe que de la nécessité.
Mais il serait naïf de croire que l’injection de fonds, aussi importante soit-elle, suffira à transformer en profondeur la gouvernance forestière. Le véritable enjeu réside ailleurs : dans la capacité de l’État à assurer un suivi rigoureux des investissements, à garantir la transparence dans leur gestion et à inscrire ces actions dans une vision cohérente et durable.
La question de la traçabilité du bois, par exemple, est loin d’être anodine. Elle engage la crédibilité du Gabon sur les marchés internationaux, de plus en plus exigeants en matière de durabilité. De même, la mise en place d’un espace sécurisé pour le stockage des ivoires saisis, si elle traduit une volonté de lutte contre le trafic, ne prendra tout son sens que si elle s’accompagne d’une politique répressive efficace et dissuasive.
Ce financement, issu d’un mécanisme de conversion de dette, illustre par ailleurs une évolution intéressante des partenariats internationaux : il ne s’agit plus simplement d’aide, mais d’un investissement ciblé dans des secteurs jugés stratégiques. À ce titre, la forêt gabonaise, deuxième poumon écologique mondial, représente bien plus qu’un patrimoine national : elle est un enjeu global.
Reste que la véritable bataille se jouera sur le terrain. Entre exploitation illégale, pression économique et exigences écologiques, l’équilibre est fragile. Le Gabon devra démontrer qu’il peut concilier valorisation de ses ressources et préservation de son capital naturel, sans céder aux facilités d’une exploitation à court terme.
En définitive, ces 11,4 milliards de FCFA ne sont pas une fin en soi, mais un test. Un test de gouvernance, de rigueur et de vision. Car dans le domaine forestier plus qu’ailleurs, les promesses ne valent que par les résultats qu’elles produisent.



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