Chargement en cours

ChatGPT au Gabon : Pourquoi on vous pince direct

De l’étudiant au cadre en entreprise, l’Intelligence Artificielle est devenue le nouveau collègue de travail de milliers de Gabonais. Pratique, rapide et disponible 24h/24, ChatGPT rédige nos e-mails, structure nos rapports et conçoit nos publications sur les réseaux sociaux.

Mais un phénomène invisible est en train de s’installer à Libreville : le « AI shaming » (ou l’affichage lié à l’IA). À force de copier-coller brutalement les textes générés par les robots, les utilisateurs se font repérer immédiatement par leur audience. L’outil qui devait les faire paraître plus productifs finit par les faire passer pour des paresseux.

Pourquoi l’IA vous trahit-elle et comment inverser la tendance ? Bienvenue dans ce premier numéro de votre rubrique Tech & Digital.

1. Les 3 indices qui font que « on vous pince direct »

Le public gabonais est intuitif et connecté. À force de voir défiler les mêmes tournures de phrases sur Facebook et LinkedIn, un œil humain détecte un robot en moins de deux secondes. Voici pourquoi vous vous faites griller :

  • Le style « gringo » et lisse : L’IA génère des textes parfaits, mais totalement froids. Il n’y a aucun dynamisme, aucune expression de chez nous, aucune chaleur. C’est le niveau zéro de l’authenticité.

  • Les mots magiques de ChatGPT : Personne ne parle ainsi au quotidien à Libreville. Si votre texte commence par « De prime abord », « Il est important de souligner que » ou se termine par un pompeux « En conclusion, il est crucial de… », vous êtes démasqué.

  • L’overdose d’émojis clichés : Les robots adorent ponctuer chaque paragraphe avec une liste à puces parfaite et des émojis prévisibles (la fusée 🚀, le cerveau 🧠, le feu 🔥). Un texte humain est plus vivant et moins géométrique.

2. Paroles d’experts et voix de la rue

Pour comprendre l’impact de ce copier-coller sur votre crédibilité, nous avons donné la parole aux acteurs du terrain et aux usagers de Libreville.

Le constat de Henri Claude Mbina, Ingénieur en informatique et Enseignant des grandes écoles :

« L’utilisation de l’IA chez les étudiants est aujourd’hui très fréquente. Mais ils se font pincer instantanément à cause de la mise en forme brute, des concepts trop résumés et surtout de la présence d’astérisques caractéristiques de ChatGPT laissées dans le texte. L’outil ne doit pas penser à leur place : les élèves doivent plutôt utiliser l’IA comme une source d’inspiration et une base bibliographique pour enrichir leur propre travail. »

L’analyse de M.M.E, experte en communication digitale :

« Beaucoup d’entreprises au Gabon utilisent désormais l’IA pour concevoir de magnifiques visuels, ce qui prouve leur capacité à s’adapter aux tendances technologiques. Contrairement à ce que l’on croit, le public gabonais ne rejette pas le contenu robotique, il en raffole pour des usages personnels et ludiques. Néanmoins, on constate de nombreux dérapages, notamment des vidéos IA non éducatives mettant en scène des personnages publics dans des costumes peu flatteurs. Face aux personnes sceptiques, il faut privilégier une communication éducative sur la nécessité de ces outils. Personnellement, je prône une approche collaborative : je fournis une base de recherche textuelle à l’IA, puis je lui demande de l’améliorer via des prompts ciblés, avant de réajuster moi-même le résultat final. »

La voix de la rue – Le regard de Stezene TSINDI, citoyen connecté :

« C’est devenu trop répétitif et surtout ennuyeux de subir ces images et ces textes imposés partout sur nos fils d’actualité. Personnellement, je ne perds plus mon temps : dès que je vois ça, je zappe ou j’efface pour continuer ce que je faisais. Ma plus grande peur aujourd’hui, c’est que la société ne fournisse plus aucun effort de réflexion à cause de ces outils. Si on continue comme ça, on va droit dans le ravin. »

Le regard de Maria Baptista MBINA MOUSSAVOU, journaliste à Gabon 24 :

« Voir de nombreuses pages d’entreprises utiliser l’IA montre que les gens se familiarisent avec l’outil, ce qui est une bonne chose. C’est rapide et moins cher qu’une agence classique. Mais attention : les utilisateurs ne rejettent pas totalement l’IA, ils fustigent surtout le manque d’originalité et d’authenticité. De plus, pour des questions de transparence et de droit d’auteur, même Meta commence à signaler automatiquement quand l’IA a joué un rôle. Il reste essentiel de conserver la chaleur humaine pour transmettre un message. Si j’y recours, je choisis très bien mes prompts, je fais un gros effort de reformulation et je revois la ponctuation, car l’IA a ses propres codes qui sautent aux yeux des connaisseurs. »

3. Le Guide Pratique : Comment utiliser l’IA sans se faire afficher

L’objectif n’est pas d’abandonner ChatGPT, mais d’apprendre à le piloter. Voici trois règles d’or pour que l’IA devienne votre assistante et non votre rédactrice secrète :

  1. Donnez-lui un rôle et du contexte (Le prompt malin) : Ne dites pas simplement « Écris un texte sur l’entrepreneuriat ». Dites-lui plutôt : « Agis en tant qu’entrepreneur basé à Libreville. Utilise un ton direct, professionnel mais accessible. Évite les phrases pompeuses et les tics de langage des robots. »

  2. Appliquez la règle des 50/50 : L’IA fait la moitié du travail (elle vous donne le plan, les idées de départ, la structure). Vous faites l’autre moitié (vous réécrivez, vous ajoutez votre touche personnelle, vos anecdotes et vos expressions locales).

  3. Passez un coup de balai : Avant de publier, supprimez systématiquement les introductions à rallonge, les astérisques inutiles et les conclusions robotiques. Lisez votre texte à haute voix : si vous ne vous voyez pas le dire à un collègue autour d’un café, c’est qu’il faut le reformuler.

Le digital est un formidable levier, mais il ne remplacera jamais votre propre voix.

Laisser un commentaire