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« La protection des données à caractère personnel n’est pas un mythe au Gabon, mais une réalité »

Piratage de comptes WhatsApp, usurpations d’identité sur Facebook, fraudes récurrentes au Mobile Money… Face à l’explosion de la cybercriminalité de proximité qui frappe de nombreuses familles à Libreville et à l’intérieur du pays, la réponse institutionnelle se durcit. Au cœur de ce dispositif de défense : l’Autorité de Protection des Données Personnelles et de la Vie Privée (APDPVP), véritable gendarme du numérique national.

Dans le cadre d’un grand dossier de fond consacré à la sécurité des citoyens dans l’espace cybernétique gabonais, la rédaction de Kongossa News a été reçue en audience au siège de l’institution. Au cours d’un entretien dense et exclusif, Monsieur Joël Dominique Ledaga, Président de l’APDPVP, a accepté de livrer son diagnostic, de détailler les règles d’hygiène numérique indispensables pour les populations et de clarifier les puissants leviers juridiques de contrôle et de sanction désormais entre les mains de l’Autorité.

Kongossa News : Monsieur le Président, face à la recrudescence des piratages de comptes (WhatsApp, Facebook) et des arnaques au Mobile Money à Libreville, quel message d’urgence et de vigilance l’APDPVP souhaite-t-elle adresser aux citoyens gabonais ?

Monsieur Joël Dominique Ledaga : Je tiens avant tout à saluer la démarche de votre média qui s’intéresse de près aux missions de notre Autorité, garante non seulement de la sécurité des données à caractère personnel, mais également de la sphère privée de nos concitoyens.

Le phénomène que vous décrivez est une réalité mondiale qui ne saurait être circonscrite au seul territoire gabonais. Il s’agit en vérité de la contrepartie de l’essor fulgurant des technologies de l’information et de la communication (TIC) et de l’avènement d’innovations de rupture telles que l’Intelligence Artificielle, la reconnaissance faciale, l’usage des drones ou encore la technologie de la blockchain.

Cette mutation profonde est particulièrement visible dans la sphère financière avec l’émergence des technologies financières, communément appelées FinTechs. Si ces outils modernisent nos usages, ils induisent de nouveaux vecteurs de vulnérabilité. À titre d’exemple, certains États, comme l’émirat de Dubaï, ont dû se résoudre à restreindre drastiquement l’usage de fonctionnalités sur des applications comme WhatsApp pour des impératifs de sécurité nationale.

Face à la puissance des lobbies technologiques mondiaux, les législations nationales isolées se révèlent parfois insuffisantes. C’est pourquoi la tendance internationale s’oriente vers la constitution d’ensembles régionaux pour édicter des normes supranationales fortes, à l’instar du RGPD dans l’Union Européenne. L’Afrique s’inscrit pleinement dans cette dynamique à travers le déploiement de la Convention de l’Union Africaine sur la cybersécurité et la protection des données à caractère personnel, dite Convention de Malabo, soutenue par des initiatives continentales majeures dont le Maroc abrite des instances clés.

Au Gabon, ce cadre n’est pas un horizon lointain : la protection des données à caractère personnel y est une réalité juridique et opérationnelle palpable. Toutefois, face à l’immédiateté de la menace cyber, l’APDPVP enjoint les populations à observer une stricte hygiène numérique à travers quelques réflexes fondamentaux :

  • Le verrouillage des accès : Il est impératif d’activer la vérification en deux étapes sur toutes les applications de messagerie, notamment WhatsApp. Ce code secret à 6 chiffres reste le rempart le plus efficace contre le siphonnage de compte à distance.

  • La confidentialité des codes PIN : Aucun agent de maison de téléphonie mobile ou d’institution financière n’est autorisé à demander le code secret d’un compte Mobile Money. Les populations ne doivent sous aucun prétexte divulguer ces clés d’accès, même face à un interlocuteur pressant ou menaçant au téléphone.

  • La vigilance face au Phishing : Il faut cesser de cliquer sur les liens suspects promettant des gains financiers, des bourses d’études ou des recrutements miracles souvent partagés massivement dans les groupes d’amis ou familiaux. Ces liens sont des pièges conçus pour capturer les données d’identification.

  • L’auto-censure et la responsabilité des publications : Il faut pratiquer une forme d’auto-censure responsable avant de diffuser des contenus sur la toile. Internet n’oublie rien. La publication de photos dénudées, de vidéos intimes ou de données hautement privées expose les individus à des risques majeurs de chantage et de harcèlement moral. Se protéger commence par mesurer l’impact de ce que l’on publie soi-même. L’espace public numérique exige une pudeur et une vigilance de chaque instant pour préserver sa propre dignité.

  • Les données de localisation : Ce sont des données hautement personnelles. Les données de localisation d’un véhicule peuvent être collectées grâce à différentes technologies intégrées au véhicule, notamment des capteurs GPS. Elles sont susceptibles de révéler, indirectement, de nombreuses informations sur votre vie privée. En effet, en retraçant vos déplacements, il est possible de déduire :

    • Vos habitudes de déplacements ;

    • L’adresse de votre domicile et de votre lieu de travail ;

    • Les horaires de déplacement ;

    • Les lieux que vous fréquentez, donc vos centres d’intérêt ou d’autres aspects de votre vie privée (établissement de santé, lieux de culte, etc.).

    Leur utilisation présente donc plusieurs enjeux importants :

    • Le respect de votre vie privée et votre liberté de déplacement, face à un risque de surveillance excessive ou de suivi permanent ;

    • Les risques en cas de fuites ou de piratage des données, qui peuvent entraîner une perte de contrôle sur l’utilisation de vos données personnelles.

    Seules les informations nécessaires à l’objectif poursuivi (tel service, tel élément de sécurité, etc.) doivent être collectées et conservées. L’APDPVP recommande donc de limiter :

    • La fréquence à laquelle les données de localisation sont collectées ;

    • La quantité de données enregistrées ;

    • La durée pendant laquelle ces données sont conservées.

Kongossa News : Justement, quel est le rôle exact de l’APDPVP dans cet écosystème, et comment s’articulent ses missions de contrôle vis-à-vis des entreprises et des opérateurs économiques ?

Monsieur Joël Dominique Ledaga : Il convient de dissiper une idée reçue : l’APDPVP n’intervient pas en qualité de collecteur ni de détenteur direct des fichiers de nos concitoyens. La responsabilité première de la sécurité des données incombe exclusivement aux personnes morales — qu’il s’agisse d’opérateurs de téléphonie, d’institutions financières ou d’administrations publiques ou privées — qui procèdent à ces traitements. Notre rôle, en tant qu’autorité de régulation, est de veiller au respect scrupuleux des obligations de conservation, d’utilisation et de sécurisation de ces données.

L’architecture de notre action est aujourd’hui rigoureusement consolidée par la Loi n° 025/2023 du 12 juillet 2023 portant modification de la loi n° 001/2011 du 25 septembre 2011 relative à la protection des données à caractère personnel.

Ce texte moderne et renforcé organise notre protocole réglementaire. En amont, toute entité souhaitant traiter des données doit soumettre une déclaration préalable auprès de nos services. Après une instruction technique rigoureuse, l’Autorité délivre ou refuse l’homologation. En aval, et c’est le cœur de nos prérogatives, nous diligentons des contrôles sur pièces et sur place. Ces contrôles visent à s’assurer que l’exploitation réelle des données est en parfaite adéquation avec les finalités initialement déclarées.

En cas de manquement avéré, cette même Loi n° 025/2023 du 12 juillet 2023 dote l’APDPVP d’un pouvoir de coercition particulièrement dissuasif. Nos prérogatives vont de la mise en demeure publique au prononcé d’amendes administratives pécuniaires substantielles. Enfin, lorsque la gravité des faits l’exige — notamment en cas de détournement de finalité ou de violation délibérée du secret professionnel —, l’Autorité procède à la saisine immédiate du Procureur de la République afin d’engager des poursuites pénales, le cadre légal prévoyant des peines d’emprisonnement ferme pour les contrevenants.

Kongossa News : Si un internaute est aujourd’hui victime d’un piratage, d’un chantage ou d’une usurpation d’identité numérique, quelle est la procédure concrète pour saisir l’APDPVP afin de faire valoir ses droits ?

Monsieur Joël Dominique Ledaga : Tout citoyen s’estimant victime d’une violation de ses droits numériques — qu’il s’agisse d’une usurpation d’identité, d’un piratage de compte ou d’un traitement illicite de ses informations privées — dispose d’une voie de recours légale, directe et entièrement gratuite auprès de notre institution.

La saisine s’opère par le dépôt d’une plainte formelle adressée directement à Monsieur le Président de l’APDPVP. Ce recours peut être matérialisé par un dépôt physique à notre siège de Libreville.

Pour que l’instruction soit optimale, le plaignant doit impérativement constituer un dossier probant en y joignant tous les éléments de preuve matériels disponibles : captures d’écran des échanges ou des menaces, logs de connexion, justificatifs de transactions financières ou historiques de correspondances.

Dès sa saisine, l’Autorité déploie ses compétences juridiques et techniques pour contraindre le responsable du traitement à cesser le trouble et à réparer le préjudice, conformément aux exigences de la Loi n° 025/2023 du 12 juillet 2023 portant modification de la loi n° 001/2011 du 25 septembre 2011 relative à la protection des données à caractère personnel. Le message que je souhaite faire passer est clair : face aux dérives de l’espace numérique, le citoyen gabonais n’est pas démuni. Il dispose d’un bouclier institutionnel et légal d’une totale efficacité.

Kongossa News : Monsieur le Président, nous vous remercions pour cet éclairage complet.

Monsieur Joël Dominique Ledaga : C’est moi qui vous remercie. L’APDPVP reste pleinement mobilisée pour faire du Gabon un espace numérique de confiance, mais cette ambition ne se réalisera qu’avec le concours et la vigilance de chaque citoyen. Nos services restent ouverts et à l’écoute de tous.

Propos recueillis par la rédaction de Kongossa News, au siège de l’APDPVP à Libreville.

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