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Tribune/Souveraineté numérique : le Gabon a 90 jours pour préparer la bataille de Doha

Par Dr Ing. Raphaël MEZUI MINTSA  

Chevalier de l’Ordre National du Mérite – Ancien VP UIT-R Genève

Le 15 novembre 2026, à Doha, 193 pays vont se réunir pour la Conférence des Plénipotentiaires de l’Union Internationale des Télécommunications. L’UIT, agence spécialisée de l’ONU, fixe les normes et les orientations du développement des télécommunications dans le monde.

Il y a 3 semaines, à Abuja, 47 pays africains se sont mis d’accord à la CPL-26 de l’UAT sur le thème : « Réaliser une connectivité significative pour l’Afrique ». Ils ont adopté les Propositions Communes Africaines pour Doha et réaffirmé dans la Déclaration d’Abuja l’urgence de réduire la fracture numérique.

Le Gabon sera-t-il à la table des négociations mondiales avec une voix forte, ou au menu ?

LE CONSTAT : 3 URGENCES APRÈS ABUJA

L’urgence du ciel : Notre orbite est en danger

Le Gabon possède une position orbitale en bande Ka. C’est notre autoroute dans le ciel. Elle nous permettrait de déployer un Réseau Gouvernemental Sécurisé et de générer une rente de 20 millions de dollars par an.

Or, à l’UIT, un droit non défendu est un droit perdu. Si nous ne notifions pas et ne sécurisons pas cette position à Doha, d’autres administrations la réclameront. L’Afrique a besoin de chaque orbite pour sa souveraineté.

L’urgence du sol : Connecter, Stocker, et Gouverner chez nous

Dans nos villages, l’école, la santé et l’économie sont à l’arrêt faute de connexion. Le Fonds du Service Universel est sous-abondé.

Mais le problème est plus profond. Où sont stockées les données des Gabonais ? Qui gère le .ga, notre identité numérique ? Où en est le déploiement de la fibre optique ?

La CPL-26 l’a dit : sans infrastructures sûres et résilientes, pas de souveraineté numérique continentale. Pendant ce temps, l’UIT, la Banque Mondiale et GIGA ont des dizaines de millions de dollars pour les pays qui présentent des dossiers solides.

L’urgence de l’avenir : De la SING au Centre Gabonais d’Innovation  

Depuis 1993, j’ai eu le privilège de servir la Nation et de représenter le Gabon à l’international. Co-titulaire du brevet européen N°92 03676 déposé avec France Télécom avant même mon entrée à l’OPT, j’ai participé à l’allumage des premiers réseaux VSAT, GSM, des Faisceaux Hertziens et des centraux numériques, à la libéralisation de 2004, au projet Gabon Digital de 63 Millions d’Euros et eGabon.

J’ai également co-piloté l’élaboration du rapport de mission sur la participation du Gabon à la CPL-26 d’Abuja, porté la voix du Gabon à l’UIT-R à Genève en tant que Vice-Président, au sein de la ZLECAF, de l’ASC, et de l’Alliance Innovation.

Aujourd’hui, à travers le GIP-PTSU, notre mission officielle est claire : réduire la fracture numérique, connecter les zones blanches, et rendre le service universel effectif pour tous les Gabonais.

Demain, avec la SING et le Centre Gabonais d’Innovation, il s’agit de passer de la connexion à la création de valeur : former nos jeunes, incubé nos start-up, et faire du Gabon un pays producteur de solutions numériques souveraines.

Il est temps de bâtir une équipe. De documenter. De transmettre. Avant Doha.

MA PROPOSITION : UN PACTE DE 36 MOIS POUR ALIGNER LE GABON SUR ABUJA

Par devoir, je me mets à la disposition de la Nation pour une Mission d’Intérêt National de 36 mois.

L’objectif, en cohérence avec la Déclaration d’Abuja et les Propositions Communes Africaines :

Sécuriser notre position orbitale à la PP-26 de Doha et défendre les intérêts africains.

Mobiliser 20 M$/an + 15 M$ de financements UIT/BM pour le FNSU, la fibre et les zones blanches.

Souverainiser : Lancer le chantier du stockage des données au Gabon, la gouvernance du .ga, et opérationnaliser la SING et le Centre Gabonais d’Innovation.

Transmettre : Former 5 cadres gabonais pour que le Gabon porte lui-même sa voix en 2030 à Yaoundé lors de la prochaine CPL.

Il ne s’agit pas d’un poste. Il s’agit d’un pont. Entre le Gabon Digital d’hier, le GIP-PTSU d’aujourd’hui, et le Gabon de la SING qui doit gagner à Doha et rayonner en CEEAC.

CONCLUSION : L’ONDE NE MENT JAMAIS

Le numérique c’est la souveraineté.

Abuja nous a donné la feuille de route africaine. Doha nous donnera les moyens mondiaux.

Le Gabon a tout pour gagner. Il nous manque : 90 jours de pilotage pour ne pas rater les 15 prochaines années.

L’onde enregistre l’absence. Et elle récompense l’engagement.

Il est temps que le Gabon s’engage.

Libreville, le 15 Août 2026

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