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« La nouvelle redevance des Transports pourrait ne pas profiter au Gabon » dixit Serge Olivier Nzikoue

Par Kongossanews

Depuis le mois d’Avril 2021, le gouvernement gabonais a entériné par un arrêté, l’ajout d’une redevance sur les vols internationaux à destination ou en partance du Gabon d’une durée excédant 2 heures. Une décision prise pour aider à financer un projet d’aménagement de l’Aéroport international Léon Mba de Libreville (ADL).
Seulement, de nombreux facteurs semblent ne pas avoir été pris en compte pour permettre que via la Caisse des dépôts et de Consignation (CDC), le Trésor public gabonais en ait le bénéfice. Ce sont tous ces paramètres qu’explique Serge Olivier Olivier Nzikoue, premier enquêteur technique d’aviation gabonais, directeur par intérim du Bureau d’Enquêtes des Incidents et Accidents d’Aviation (BEIAA).

Kongossanews : Monsieur Serge Olivier Nzikoue, quel est votre regard sur la nouvelle redevance des Transports, tel que mise en œuvre par l’arrêté ?

Serge Olivier Nzikoue : Il y a des paramètres qu’il fallait sérieusement prendre en compte, de même qu’une analyse approfondie sur les conséquences de la covid-19 qui a complètement paralysé l’industrie du Transport aérien mondial.
Je vous donne un exemple. Au Gabon, les plus hautes autorités ont fixé à deux fréquences par semaine, les vols pour chaque compagnie aérienne.
Avant la survenance de la pandémie actuelle, Rwandair avait 96 vols par mois. Aujourd’hui, cette compagnie se retrouve avec 8 vols le mois.
Faites le différentiel et vous verrez jusqu’à quel point ces compagnies sont en difficulté. La perte est énorme.

Kongossanews : Concrètement, qu’est ce qui aurait arrangé l’industrie du transport aérien, vous qui êtes très investi dans ce secteur?

Serge Olivier Nzikoue : Je reste persuadé que les plus hautes autorités ont pris en compte tous les contours, avant de s’engager sur cette solution. Cependant, je crains que cette taxe n’enrichisse plutôt d’autres pays.


Kongossanews : A quoi faites-vous allusion ?


Serge Olivier Nzikoue : Prenez le cas des passagers en partance de Libreville. Je parle précisément de ceux qui n’achètent pas leurs billets dans les agences de voyage physiques. Ces derniers, et ils sont de plus en plus nombreux, achètent plutôt leurs billets en ligne, dans les agences de voyage accrédité IATA. C’est à ce niveau que le recouvrement pour la partie gabonaise va se compliquer.

Kongossanews : Qu’est-ce qu’une accréditation IATA ? Pouvez-vous nous faire la démonstration de la difficulté qu’aura le Gabon à recouvrer cette redevance pour les passagers qui préféreront acheter leurs billets via internet ?

Serge Olivier Nzikoue : Biensûr.
D’abord, il y a un manuel de taxation de l’IATA. C’est ce dernier qui définit le fonctionnement.
Lorsque des billets sont achetés via une agence accréditée IATA, c’est cette organisation, par sa banque interne dénommée BSP, qui se charge de régler aux compagnies aériennes et aux agences la part qui leur revient.
Cependant, l’arrêté n’a pas prévu une voie de contournement. Et c’est là tout le problème.
D’ailleurs, certains consommateurs, ceux qui préfèrent acheter les billets d’avion en ligne tout en étant à Libreville, chuchotent déjà.
Nous sommes à l’ère du numérique. De nos jours, depuis Libreville et grâce à votre carte Visa ou carte master, vous pouvez acheter votre billet d’avion dans une agence de voyage accrédité IATA à Miami.
C’est le groupe Visa qui se chargera de reverser ces sous à IATA. Puis, IATA à son tour reverse à l’agence de voyage à Miami et à la compagnie aérienne par laquelle le voyageur prendra le vol.

Kongossanews : Très subtil tout cela.

Serge Olivier Nzikoue : Effectivement. Nous sommes à l’heure du numérique et il est beaucoup plus facile de procéder ainsi.
Mais, permettez-moi d’ajouter ceci. Le Gabon ne dispose plus d’une compagnie nationale aérienne membre IATA.
La conséquence de tout ceci est que si la chaise gabonaise demeure vide au sein de cette organisation, ramener la nouvelle redevance dans les caisses du Trésor Public sera assez complexe, voir impossible.
Si nous avions une compagnie aérienne nationale membre de IATA, tout ceci devait être une opération plus facile. Nous devions avec beaucoup de simplicité, veiller de faire régler cette redevance et le suivi du transfert de cet argent dans les caisses de l’Etat gabonais.
Je crains, encore une fois, que cet arrêté ne participe qu’à l’enrichissement des autres et pas du Gabon.

Propos recueillis par Pauline Ntsame

Serge Olivier Nzikoue, premier enquêteur technique d’aviation gabonais, directeur intérimaire du Bureau d’Enquêtes des Incidents et des Accidents d’Aviation (BEIAA)

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