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Tribune: MOI, VIBRIAN ASSEKO OLLOMO, NÉ LE 3 MAI : PUIS-JE ENCORE ME TAIRE ?

Je suis né le 3 mai. Le même jour où le monde, depuis 1993, célèbre la Journée mondiale de la liberté de la presse. Longtemps, j’ai vu cela comme une coïncidence amusante, un clin d’œil du calendrier à ma vocation de journaliste. Et puis il y a eu ce 3 mai 2026.

Ce dimanche-là, pendant que je soufflerai une bougie de plus, Libreville accueillera la première édition du Forum International pour l’Innovation et le Développement. Palais des Congrès, Cité de la Démocratie. Mille participants, 35 pays, 300 entreprises. Le thème : « Stabilité politique, Climat des Affaires et Intelligence Artificielle : Catalyseurs de Croissance ». L’État promet des « solutions concrètes », pas des déclarations d’intention. Le Gabon veut se repositionner, parler influence, attirer, construire.

Alors je me pose la question : puis-je encore me taire ?

Je suis né le jour où l’UNESCO rappelle que sans presse libre, aucune démocratie ne respire. Né d’une famille de journaliste, je suis originaire du Woleu Ntem, à Bitam, et né à Mouila dans la province de la Ngounie . Deux terres, deux racines, et un héritage : celui d’une plume qui ne choisit pas le silence quand il faut parler. Cet héritage m’a appris que chaque route non réhabilitée est un exil forcé pour les nôtres. Et voilà que mon pays choisit ma date de naissance pour dire qu’il veut du concret, de la transparence, de la performance.

La coïncidence est morte. C’est une injonction.

Si la stabilité politique est un catalyseur, alors la presse en est le thermomètre. Si le climat des affaires doit s’améliorer, alors il faudra bien des journalistes pour raconter les contrats signés, mais aussi les promesses oubliées. Si l’intelligence artificielle devient un levier de croissance, alors il faudra des plumes pour expliquer, vulgariser, alerter, afin que Bitam, Mouila ou Moabi ne ratent pas ce virage comme tant de localités ont raté tant de routes.

Le 3 mai m’oblige. Il m’interdit la complaisance. Né le jour de la liberté de la presse, d’une famille où l’on vit d’encre et de vérité, je ne peux pas regarder le Forum de Libreville comme un invité. Je dois être le témoin gênant, celui qui note, recoupe, questionne. Car les solutions concrètes annoncées le 3 mai 2026 auront besoin de suivi le 4 mai, le 3 juin, le 3 mai 2027. Sinon, elles ne seront que des discours de plus, prononcés un jour de fête.

Le Gabon ouvre un nouveau chapitre, dit-on. Soit. Mais un chapitre ne s’écrit pas tout seul. Il lui faut des auteurs, des correcteurs, et parfois des ratures. C’est notre travail.

Je suis Vibrian Asseko Ollomo. Je suis né le 3 mai. Ma plume aussi. Et elle n’a pas l’intention de se taire.

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