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La Fédération des Travailleurs requiert l’annulation pure et simple des élections professionnelles

Par Jimmy Mandoukou 

La sentence est tombée, nette et tranchante comme un couperet, lundi 04 mai à l’Espace PME d’Awendje. Face à la presse, la Fédération des Travailleurs du Gabon a livré un réquisitoire implacable contre la Commission nationale des élections professionnelles (CNEP), qu’elle tient pour responsable d’un véritable naufrage démocratique. Porte-voix d’une colère froide et méthodique, Joslin Ngoma, Secrétaire général et porte-parole de la fédération syndicale, a disséqué point par point ce qu’il nomme sans ambages un « effondrement global du processus électoral, révélateur d’une défaillance structurelle grave ». L’heure n’est plus au constat, mais à la mise en demeure.

D’emblée, le leader syndical fixe la tonalité d’une intervention où chaque mot a été pesé. « Il ne s’agit plus d’irrégularités isolées, ni de simples dysfonctionnements administratifs », prévient-il, avant d’asséner le cœur de l’accusation : « La Commission nationale des élections professionnelles, investie d’une mission essentielle à la démocratie sociale, n’a pas seulement failli, elle a vidé le processus électoral de sa substance. » Le grief est radical. Il touche à l’architecture même de la décision publique. Citant l’article 2 de l’alinéa 08, Joslin Ngoma rappelle l’ordonnancement institutionnel théorique : un ministre du Travail incarnant l’autorité politique, des conseils techniques produisant des avis structurés, et une Commission assurant la mise en œuvre cohérente du tout. Or, selon lui, cette chaîne décisionnelle a été purement et simplement rompue. « En se limitant à des interventions partielles, parfois inexistantes, la Commission a rompu cette chaîne, » a-t-il martelé, évoquant une « absence de structuration des données électorales » et une « carence dans l’appui technique à la décision ministérielle ». En clair, la ministre n’aurait pu décider sur des bases fiables, faute de remontées crédibles.

Le tableau dépeint est celui d’un processus « livré à lui-même, sans direction, sans garantie », marqué par une fragmentation schizophrénique. D’un côté, « quelques entreprises ont achevé leur processus électoral » dans le secteur privé, mais ces cas « demeurent marginaux » et ne sauraient masquer la débâcle d’ensemble, attribuée à « l’initiative isolée des employeurs » plus qu’à une quelconque réussite systémique. De l’autre, un secteur public frappé d’une « absence totale de maîtrise du processus », d’une « impréparation face à un scrutin inédit » et d’un « recours tardif à des mesures transitoires pour combler un vide prévisible ». Une incohérence normative est également pointée du doigt, créant une rupture d’égalité : « Pour le même processus électoral, une proportionnelle pure est appliquée aux privés et aux parapublics. Un système conditionné par un 10% des suffrages est appliqué au public. » Joslin Ngoma y voit une « insécurité juridique manifeste », arguant qu’« un scrutin ne peut être légitime lorsqu’il repose sur des règles variables selon les secteurs ».

L’opacité qui entoure l’absence de résultats accentue la charge syndicale. Dans un processus électoral digne de ce nom, les tendances auraient dû être publiées pour permettre l’exercice des recours contentieux. Or, « aucune publication officielle n’est intervenue à ce jour », et l’on assiste à des « publications irrégulières émanant de certains candidats », créant une « impossibilité de préparer les contentieux » et une « perte de contrôle de l’autorité électorale ». La sentence du Secrétaire général est sans appel : « L’absence de transparence constitue une rupture grave du processus démocratique. »

Mais plus que les manquements techniques, c’est une fracture avec l’esprit républicain que la Fédération déplore avec une gravité solennelle. Mobilisant l’idéal de rupture et de rénovation institutionnelle porté par la Vᵉ République, Joslin Ngoma a élevé le débat : « Dans le souci du respect de la vision du président de la République, ces élections en l’état ne reflètent pas l’esprit de la Vᵉ République. Une République fondée sur la rigueur des institutions, la crédibilité des processus, la confiance dans la représentation ne saurait tolérer un scrutin inachevé, désorganisé, opaque. » Le décalage entre « l’ambition institutionnelle et la réalité opérationnelle » serait ainsi consommé.

La conclusion de ce réquisitoire a pris la forme d’une requête en bonne et due forme, exigée devant témoins. Il est ainsi « requis de constater l’échec global du processus électoral, de reconnaître la responsabilité de la Commission nationale des élections professionnelles, de prononcer l’annulation totale du scrutin, d’exiger la publication immédiate des tendances, de refonder intégralement nos dispositifs d’organisation ». Le tout scellé par une formule aux accents quasi philosophiques, appelée à résonner dans les sphères de la gouvernance : « Sans chaîne décisionnelle fiable, il n’y a pas de gouvernance. Sans gouvernance, il n’y a pas de légitimité ni république. » La balle est désormais dans le camp du ministère du Travail, seul dépositaire de l’autorité politique qu’incrimine, en creux, cet acte d’accusation.

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