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Mali : Thierry Vercoulon pointe les limites du partenariat militaire russe

Par Stive Roméo Makanga

La situation sécuritaire au Mali connaît une nouvelle dégradation majeure. Alors que les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM/JNIM) multiplient les offensives contre les forces de la junte, le chercheur et consultant indépendant à l’Institut français des relations internationales (IFRI), Thierry Vercoulon, estime que la Russie montre désormais les limites de son engagement militaire au Mali.

Dans une interview accordée à Euronews, l’expert analyse les revers subis par l’armée malienne et les mercenaires russes d’Africa Corps, structure liée au ministère russe de la Défense. Pour lui, plusieurs facteurs expliquent l’échec progressif de ce partenariat sécuritaire présenté par Bamako comme une alternative aux alliances occidentales.

En l’espace d’une semaine, les forces rebelles ont repris plusieurs positions stratégiques dans le nord du Mali, notamment la ville de Kidal et la base militaire de Tesalit, proche de la frontière algérienne. Selon les déclarations relayées par l’AFP, les forces maliennes et les combattants russes se seraient retirés sans véritable affrontement.

Pour Thierry Vercoulon, la perte de Kidal constitue un symbole fort. Cette ville représentait jusque-là « la seule grande victoire » obtenue conjointement par l’armée malienne et Africa Corps depuis le retour de la junte au pouvoir.

L’analyste souligne également la montée en puissance de la coordination entre les indépendantistes touaregs du FLA et les djihadistes du GSIM, affilié à Al-Qaïda au Sahel. Une alliance de circonstance qui, selon lui, renforce considérablement la pression exercée sur Bamako.

Parmi les principales faiblesses relevées par le chercheur figurent les capacités limitées de Moscou à renforcer sa présence militaire au Mali. Selon lui, la guerre en Ukraine mobilise déjà une grande partie des ressources russes.

« Il est difficile de mener une guerre sur plusieurs fronts », affirme Thierry Vercoulon, qui estime que la Russie n’a pas augmenté ses effectifs au Mali depuis près de deux ans malgré la détérioration de la situation sécuritaire.

Le nombre de mercenaires russes présents sur le territoire malien est aujourd’hui estimé entre 2 000 et 2 500 hommes. Un contingent jugé insuffisant face à l’ampleur du conflit et à l’étendue du territoire malien.

Autre faiblesse majeure évoquée par l’expert : la méconnaissance du Sahel par les forces russes. Thierry Vircoulon estime que Moscou ne maîtrise ni l’environnement local, ni la géographie complexe de cette vaste région désertique.

Selon lui, la nature même du conflit rend toute victoire militaire particulièrement improbable. Le Mali est confronté à une guerre de guérilla menée par des groupes mobiles, capables de frapper simultanément plusieurs localités avant de se disperser.

Le chercheur compare d’ailleurs cette situation à l’expérience soviétique puis russe en Afghanistan, soulignant que « cette guerre ne peut pas être gagnée uniquement par des moyens militaires ».

Alors que plusieurs médias russes affirment que les forces d’Africa Corps contrôlent encore Kidal, Thierry Vercoulon dénonce une « propagande » visant à transformer une défaite militaire en victoire.

Il affirme que les forces russes ont en réalité quitté la ville après avoir négocié leur retrait face à un rapport de force devenu défavorable.

Au-delà des revers militaires, Thierry Vercoulon estime que la junte dirigée par Assimi Goïta fait désormais face à une menace existentielle.

Selon lui, les groupes armés contrôlent environ 70 % du territoire malien et poursuivent une stratégie d’encerclement de Bamako en contrôlant progressivement les voies d’approvisionnement de la capitale.

L’analyste évoque même « l’option syrienne », en référence à un éventuel effondrement rapide du régime qui obligerait la Russie à retirer précipitamment ses troupes du Mali.

« C’est très probable que la junte va tomber cette année », prévient-il.

Dans sa conclusion, Thierry Vercoulon se montre particulièrement sévère envers la coopération entre Bamako et Africa Corps. Selon lui, le Mali risque de perdre cette guerre, en partie à cause de l’inefficacité de ce partenariat militaire pourtant extrêmement coûteux.

L’expert rappelle également que plusieurs organisations de défense des droits humains, parmi lesquelles Amnesty International et Human Rights Watch, ont documenté de nombreuses exactions contre des civils attribuées aux forces russes et à leurs alliés maliens.

Pour Thierry Vercoulon, l’avenir du Mali, mais aussi celui du Burkina Faso et du Niger, dépendra désormais de l’évolution rapide de cette guerre devenue régionale.

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