Logement : l’État lance à Bikélé-Nzong un vaste programme pour transformer les primes en patrimoine
Par Stive Roméo Makanga
Le gouvernement gabonais franchit une nouvelle étape dans sa politique sociale avec le lancement du Programme national de logements de Bikélé-Nzong. Présenté comme l’un des piliers majeurs de la stratégie de développement portée par les autorités, ce dispositif ambitionne de faciliter l’accès à la propriété pour des milliers de Gabonais en s’appuyant sur un mécanisme inédit : la réaffectation des primes de logement vers le financement de l’habitat.
D’emblée, les autorités mettent en avant un objectif clair : permettre aux citoyens de devenir propriétaires sans supporter les contraintes financières habituellement associées à l’acquisition d’un logement. Le programme prévoit, dans sa phase immédiate, la construction de 3 100 logements, tandis qu’un partenariat avec le groupe marocain Addoha doit permettre la réalisation de 5 000 logements supplémentaires sur une période de sept ans.
Parallèlement, le projet ne se limite pas à la capitale. Des opérations sont déjà engagées à l’intérieur du pays avec plus d’une centaine de logements programmés dans plusieurs localités. Ainsi, 50 logements sont prévus à Lambaréné, 50 à Makokou et 50 à Franceville, dans une volonté affichée de répondre aux besoins des populations vivant en province, notamment les fonctionnaires affectés hors de Libreville.
Selon les explications fournies par les pouvoirs publics, l’innovation majeure du dispositif réside dans la réorientation des primes de logement vers le financement de l’habitat.
Aujourd’hui, l’État consacre près de 10 milliards de francs CFA par mois au paiement des primes de logement des agents publics, soit environ 120 milliards de francs CFA par an. Une enveloppe considérable qui, jusqu’à présent, servait principalement à financer des loyers sans permettre aux bénéficiaires de constituer un patrimoine durable.
Avec le nouveau mécanisme, la prime de logement sera progressivement convertie en remboursement immobilier après la remise effective des clés. Le bénéficiaire continuera ainsi de percevoir l’avantage économique lié à son logement, mais sous la forme d’un investissement patrimonial plutôt que d’une simple aide au paiement du loyer.
Les autorités soulignent qu’un fonctionnaire percevant une prime mensuelle de 75 000 francs CFA est souvent contraint de louer un logement coûtant jusqu’à 200 000 francs CFA, l’obligeant à compléter la différence sur ses revenus personnels. Le nouveau système vise donc à mettre fin à cette situation en transformant une dépense récurrente en acquisition immobilière.
Pour intégrer le programme, les candidats devront déposer une demande auprès du ministère du Logement et de l’Habitat.
Le dossier devra comporter le numéro NIP, le type de logement souhaité (deux, trois ou quatre chambres), ainsi que plusieurs informations administratives et professionnelles, notamment le matricule solde, le NIF et le lieu de travail.
Les souscripteurs devront également verser une caution fixée à 3 millions de francs CFA sur un compte séquestre ouvert auprès de la BGFI Bank. Une fois le reçu joint au dossier, la date de dépôt servira de référence pour l’ordre d’attribution des logements.
Afin de faciliter l’accès au programme, plusieurs établissements financiers, notamment Orabank et Ecobank, se sont déclarés disposés à accompagner les candidats souhaitant financer cette caution par le biais d’un crédit bancaire.
Les promoteurs du projet insistent sur une différence fondamentale avec certaines expériences antérieures : aucun prélèvement ne sera effectué durant la phase de construction.
Que les travaux durent six mois ou une année, le bénéficiaire ne commencera à rembourser son logement qu’après la remise effective des clés. Ce n’est qu’à ce moment que la prime de logement sera réaffectée au remboursement du bien immobilier.
Autre principe mis en avant : une seule maison sera attribuée par individu et par famille, afin de garantir une répartition équitable des logements disponibles.
Face aux interrogations susceptibles d’être soulevées par le montant de la caution, fixé à 3 millions de francs CFA, les autorités rappellent que les dispositifs précédents prévoyaient des montants parfois supérieurs.
Elles soulignent notamment qu’à l’époque des programmes de la Société nationale immobilière (SNI), les cautions pouvaient atteindre entre 4 et 5 millions de francs CFA. À cela s’ajoute le coût souvent élevé des terrains constructibles, fréquemment évalués entre 5 et 10 millions de francs CFA, sans compter les risques de litiges ou d’arnaques foncières.
Dans cette perspective, le gouvernement considère que la caution demandée demeure raisonnable, d’autant plus qu’elle peut être financée grâce à l’accompagnement des banques partenaires.
Un programme ouvert à tous les Gabonais
Contrairement à certaines idées reçues, le Programme national de logements de Bikélé-Nzong n’est pas exclusivement destiné aux fonctionnaires. Les autorités précisent qu’il est également ouvert aux particuliers ainsi qu’aux salariés du secteur privé.
À travers cette initiative, l’État entend faire du logement un levier de cohésion sociale et de développement économique, tout en répondant à une demande croissante en matière d’habitat. Pour les pouvoirs publics, l’ambition est claire : permettre à un plus grand nombre de Gabonais d’accéder à la propriété en transformant progressivement les dépenses de logement en patrimoine durable.



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