Analyse de l’intervention de l’honorable députée Huguette TSONO sur la lutte contre la drogue, les violences et la santé mentale en milieu scolaire au Gabon
À l’occasion de la séance des questions orales adressées au Gouvernement, l’honorable députée Huguette TSONO a porté à la connaissance de la représentation nationale une préoccupation majeure touchant la jeunesse gabonaise : la recrudescence des violences en milieu scolaire, la consommation croissante de substances psychoactives et la détérioration de la santé mentale des élèves.
Son intervention, à la fois lucide et préoccupante, a mis en lumière les profondes fragilités qui affectent aujourd’hui une partie de la population scolaire et a souligné la nécessité d’une réponse publique coordonnée, à la hauteur des enjeux sanitaires, sociaux et éducatifs auxquels le pays est confronté.
Un drame révélateur d’une crise silencieuse
L’élue a notamment rappelé l’émotion suscitée à travers le pays par le drame survenu le 9 mars 2026 au Lycée Léon Mba, où un élève de classe de Première a mis fin à ses jours.
Pour l’honorable députée, cet acte tragique ne saurait être considéré comme un simple fait divers. Il constitue au contraire le symptôme visible d’un malaise plus profond qui touche une partie de la jeunesse gabonaise.
« Ce geste tragique n’est pas un fait isolé, mais le symptôme d’une crise silencieuse et profonde qui frappe nos jeunes. La santé mentale des jeunes est une autre urgence », a-t-elle déclaré.
Par cette prise de parole, Huguette TSONO a replacé la question de la santé mentale au cœur du débat public, invitant les pouvoirs publics à considérer cette problématique comme un véritable enjeu de santé publique.
Une interpellation fondée sur l’urgence sanitaire et sociale
Les données internationales viennent renforcer la pertinence de cette alerte. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un adolescent sur cinq est confronté chaque année à un trouble mental et près de la moitié des troubles psychiatriques apparaissent avant l’âge de 14 ans.
L’intervention de l’élue met en évidence l’existence d’un lien étroit entre santé mentale, addictions et violences.
D’une part, les troubles psychologiques peuvent favoriser l’apparition de comportements à risque, notamment la consommation de tabac, d’alcool ou de stupéfiants. Au Gabon, plusieurs études indiquent qu’une proportion non négligeable de jeunes âgés de 15 à 24 ans a déjà expérimenté le cannabis, tandis que la consommation d’alcool demeure préoccupante chez les élèves du secondaire.
D’autre part, la détresse psychologique constitue un facteur aggravant des violences scolaires. Les jeunes victimes de harcèlement présentent davantage de risques de développer des troubles anxieux, des insomnies, un sentiment d’isolement profond et, dans certains cas, des idées suicidaires.
Face à cette réalité, l’honorable députée a dénoncé l’insuffisance des dispositifs de prévention et d’accompagnement psychologique dans les établissements scolaires du pays.
« Au Gabon, les structures de prévention et d’accompagnement psychologique restent largement insuffisantes et les établissements scolaires ne disposent ni de conseillers psychologiques en nombre suffisant, ni de dispositifs efficaces de détection précoce », a-t-elle souligné.
Des réponses immédiates relevant de la santé publique
Au-delà du constat, l’intervention de l’élue appelle à la mise en œuvre de mesures concrètes inspirées des politiques modernes de santé scolaire.
La première priorité consiste à renforcer le dépistage précoce des situations de détresse psychologique. Les enseignants, infirmiers scolaires et conseillers spécialisés doivent être en mesure d’identifier rapidement les signaux d’alerte tels que les conduites addictives, les comportements violents ou les idées suicidaires.
La seconde repose sur le développement de programmes de prévention et de sensibilisation. Ceux-ci pourraient inclure des campagnes d’information sur la santé mentale, des ateliers consacrés aux dangers des substances psychoactives ainsi que des actions destinées à renforcer les capacités de résilience des adolescents.
Enfin, l’amélioration de la prise en charge constitue un impératif. Les élèves en difficulté doivent pouvoir bénéficier d’un accompagnement adapté grâce à des cellules d’écoute, des structures spécialisées et des partenariats renforcés avec les services de santé mentale et les centres de prise en charge des addictions.
Faire de l’école un acteur de la santé mentale
L’un des aspects les plus innovants de l’intervention de l’honorable députée réside dans sa volonté de considérer l’école comme un maillon essentiel du système national de santé.
Cette approche suppose notamment le renforcement des effectifs de psychologues scolaires, la formation des personnels éducatifs aux premiers secours psychologiques, à la prévention du suicide et à la gestion des situations de crise.
Elle implique également la création ou le développement d’espaces dédiés à l’écoute et à l’accompagnement psychologique au sein des établissements, à l’image des infirmeries scolaires déjà consacrées à la santé physique.
Cette orientation rejoint les recommandations de l’OMS, qui encourage l’intégration de la santé mentale dans les politiques éducatives comme outil majeur de prévention primaire.
Une approche multisectorielle pour protéger la jeunesse
L’analyse portée par l’honorable députée s’inscrit dans une vision globale associant les secteurs de l’Éducation, de la Santé et des Affaires sociales.
Cette approche repose sur un principe simple : sans santé mentale, il ne peut y avoir de réussite scolaire durable ; sans environnement sécurisé, il ne peut y avoir d’épanouissement personnel ; sans accompagnement familial et social, les dispositifs de prévention demeurent insuffisants.
À travers son intervention, Huguette TSONO appelle ainsi à la mise en place d’une véritable politique publique intégrée en faveur de la jeunesse gabonaise.
Une alerte nationale et un appel à l’action
Au-delà de sa dimension parlementaire, cette intervention revêt une double portée.
Elle constitue d’abord une alerte sanitaire nationale, en rappelant que la souffrance psychologique des jeunes doit désormais être considérée comme une priorité au même titre que d’autres problématiques majeures de santé publique.
Elle ouvre ensuite une perspective politique en invitant le Gouvernement à intégrer pleinement la santé mentale scolaire dans les futures politiques publiques, notamment à travers l’allocation de ressources budgétaires spécifiques, le recrutement de personnels qualifiés et la mise en place d’indicateurs de suivi et d’évaluation.
En définitive, l’intervention de l’honorable députée Huguette TSONO résonne comme un véritable cri d’alarme en faveur de la jeunesse gabonaise. Face à la montée des violences scolaires, des addictions et des drames individuels, elle rappelle que la santé mentale ne peut plus être reléguée au second plan.
Protéger les élèves, c’est préserver le capital humain de la nation. Car il ne saurait y avoir de développement durable sans une jeunesse épanouie, protégée et accompagnée.
« La santé mentale de nos jeunes est en jeu. Il est temps d’agir ensemble pour protéger l’avenir du Gabon. »
Guivince BOUMBENDA
Administrateur de santé, diplômé de l’ENA



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