Produits locaux : le gouvernement à l’écoute des producteurs pour promouvoir le « Made in Gabon »
Par Christian Nzemboh
Le Ministère du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des jeunes a engagé une nouvelle étape dans sa politique de valorisation de la production nationale. Sur instruction de la Ministre Zenaba Gninga Chaning, une réunion de consultation réunissant producteurs et transformateurs locaux s’est tenue le 9 juin 2026 à la Direction générale du Commerce, à Libreville.
Présidée par le Directeur Général du Commerce par intérim, Célestin Nzengue, cette rencontre avait pour ambition de dresser un état des lieux des difficultés rencontrées par les opérateurs économiques gabonais dans la production, la commercialisation et la distribution des produits locaux. Elle s’inscrit dans le cadre des orientations du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, en faveur de la structuration du marché intérieur et du renforcement du tissu productif national.
Une vue de Célestin Nzengue, devisant avec les concernés
L’objectif était notamment d’évaluer le niveau d’intégration des produits locaux dans les grandes surfaces commerciales, d’améliorer leur positionnement sur le marché, de favoriser la mise en réseau des acteurs économiques et d’accompagner la montée en qualité des produits estampillés « Made in Gabon ».
Une vue partielle des opérateurs locaux présents à cette réunion de consultation des producteurs et transformateurs locaux
Réunis en nombre, les producteurs et transformateurs locaux ont unanimement salué cette initiative, qualifiée d’inédite par plusieurs participants. Ils y voient l’opportunité d’établir un dialogue direct avec l’administration afin de faire remonter les obstacles qui freinent encore l’essor de la production nationale.
Au cœur des préoccupations exprimées figure d’abord la difficulté persistante d’accéder aux rayons des grandes surfaces commerciales. Selon plusieurs intervenants, certains distributeurs demeurent réticents à référencer les produits locaux, tandis que ceux qui sont acceptés se retrouvent souvent relégués dans des espaces peu visibles, limitant considérablement leurs chances de conquérir les consommateurs.
Une vue partielle des cadres de la Direction générale du commerce le 9 juin 2026
À cela s’ajoute la question sensible des marges commerciales. Les producteurs dénoncent l’application de marges pouvant atteindre 30 % par certains distributeurs, auxquelles s’ajoute une TVA de 18 %, ce qui contribue à renchérir les prix de vente et réduit la compétitivité des produits nationaux face aux importations.
Financement, fiscalité et logistique : les défis structurels
Les échanges ont également mis en lumière les difficultés de financement auxquelles sont confrontées les petites unités de production. Beaucoup d’entre elles peinent à accéder aux ressources nécessaires pour moderniser leurs équipements, accroître leur capacité de production ou améliorer leur stratégie commerciale.
Les opérateurs ont également attiré l’attention sur les coûts élevés des emballages, aggravés par l’absence d’une véritable industrie locale de fabrication de contenants. Cette situation contraint de nombreux producteurs à recourir à des emballages de récupération ou à importer des conditionnements à des coûts parfois prohibitifs.
Une autre vue des participants
Par ailleurs, les fluctuations des prix des matières premières, l’état du réseau routier et les contraintes logistiques ont été identifiés comme autant de facteurs pesant sur les coûts de production et sur la régularité des approvisionnements.
Plusieurs participants ont également regretté que les produits locaux ne bénéficient pas encore d’un cadre fiscal adapté. Certains ont notamment souligné que la notion même de produit local reste insuffisamment prise en compte dans la réglementation fiscale actuelle.
Le défi de la formalisation
La rencontre a aussi permis de mettre en lumière les difficultés liées à la formalisation des activités. Plusieurs producteurs ont exprimé leur besoin d’accompagnement pour l’obtention des certifications et autorisations nécessaires, notamment auprès de l’Office Gabonais de la Propriété Industrielle (OGAPI), de l’Agence gabonaise de normalisation (AGANOR) ou encore de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA).
Les acteurs du secteur cosmétique ont, quant à eux, dénoncé certaines contraintes réglementaires qu’ils jugent pénalisantes. Ils estiment notamment que les exigences imposées aux produits cosmétiques fabriqués localement sont parfois plus strictes que celles appliquées aux produits importés, notamment en matière de commercialisation en ligne.
Du côté des acteurs du secteur artistique, la question de l’application effective de la loi relative à la valorisation de l’art gabonais a également été soulevée. Plusieurs opérateurs regrettent l’absence de débouchés institutionnels pour les créations locales et souhaitent un meilleur accès aux marchés publics.
Les distributeurs pointent aussi les insuffisances des producteurs
À l’écoute des préoccupations des opérateurs, le directeur général du Commerce par intérim a tenu à rappeler les critiques formulées par les responsables des grandes surfaces commerciales à l’égard de certains producteurs locaux.
Parmi les griefs évoqués figurent l’absence de stratégies marketing suffisamment structurées, le manque de suivi des produits dans les rayons, les ruptures fréquentes d’approvisionnement, le non-respect de certains délais de livraison ou encore l’interruption brutale de certaines relations commerciales sans information préalable.
Les distributeurs soulignent également la nécessité d’améliorer la conformité des emballages aux standards du marché et de renforcer la compétitivité de certains produits dont les prix demeurent élevés au regard des attentes des consommateurs.
Vers des recommandations concrètes
Au terme des échanges, Célestin Nzengue a assuré les participants que l’ensemble des préoccupations exprimées serait transmis à la ministre du Commerce sous forme de recommandations.
Parmi les pistes envisagées figurent la mise en place d’un régime de TVA spécifique pour les produits locaux, la négociation de tarifs préférentiels pour le transport des matières premières, le développement de stratégies destinées à accroître les exportations des produits gabonais ainsi que l’ouverture de concertations avec l’Agence du médicament afin d’assouplir certaines modalités de commercialisation des produits cosmétiques fabriqués localement.
Pour l’administration du Commerce, l’enjeu dépasse la simple question de la distribution. Il s’agit de renforcer durablement la présence des produits gabonais sur le marché national, d’accroître les capacités de production locale et de favoriser l’émergence de véritables chaînes de valeur créatrices d’emplois et de richesses.
En clôture de la rencontre, les participants ont également été informés de l’organisation prochaine des Foires commerciales de l’Indépendance et de la Libération à Libreville et à Makokou. Deux rendez-vous qui devraient offrir aux producteurs locaux une vitrine supplémentaire pour promouvoir leur savoir-faire et renforcer la visibilité du « Made in Gabon ».



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