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Mbanié : entre droit international et diplomatie africaine, le Gabon et la Guinée équatoriale ouvrent une nouvelle séquence

Par Stive Roméo Makanga

Le contentieux territorial qui oppose le Gabon et la Guinée équatoriale depuis près d’un demi-siècle est entré dans une nouvelle phase. Le 28 juillet, à Addis-Abeba, les deux États ont signé un accord d’engagement conjoint destiné à organiser la mise en œuvre de l’arrêt rendu le 19 mai 2025 par la Cour internationale de Justice (CIJ). Sous la facilitation de l’Union africaine, cette initiative vise à transformer une décision judiciaire en un processus politique et diplomatique fondé sur le dialogue, dans l’espoir de refermer l’un des plus anciens différends frontaliers d’Afrique centrale. 

Au-delà de la portée symbolique de la cérémonie, organisée en marge de la 49e session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine, la signature de cet accord traduit une évolution significative dans la gestion du dossier. Après plusieurs décennies de tensions, puis une procédure engagée d’un commun accord devant la Cour internationale de Justice, Libreville et Malabo choisissent désormais de confier la mise en œuvre de la décision judiciaire à un mécanisme de concertation accompagné par l’organisation continentale.

Un arrêt aux conséquences multiples

L’arrêt rendu par la Cour internationale de Justice n’a pas tranché l’ensemble des questions frontalières de manière uniforme. Les juges ont reconnu la Convention franco-espagnole du 27 juin 1900 comme le seul titre juridique valable pour la frontière terrestre, tout en écartant la convention dite de Bata de 1974. Ils ont également attribué à la Guinée équatoriale la souveraineté sur les îles de Mbanié, Cocotiers et Conga, au titre du transfert des droits hérités de l’Espagne. En revanche, la juridiction internationale n’a retenu aucun titre déterminant concernant la frontière maritime, renvoyant les deux États à une négociation fondée sur le droit de la mer.

Cette distinction est au cœur de la stratégie diplomatique désormais engagée. Si le sort juridique des îles apparaît fixé par la décision de la Cour, la délimitation des espaces maritimes demeure entièrement ouverte. Or, c’est précisément dans cette zone que se concentrent les principaux enjeux économiques, notamment les perspectives d’exploitation des ressources en hydrocarbures dans la baie de Corisco.

Un accord politique, non un nouveau traité frontalier

L’un des principaux objectifs des documents présentés par les autorités est d’écarter les interprétations selon lesquelles l’accord signé à Addis-Abeba constituerait une nouvelle cession territoriale ou un traité modifiant les frontières existantes.

Le texte est présenté comme un accord politique, dépourvu d’effet constitutif de nouveaux droits. Il institue un cadre de concertation chargé d’organiser la traduction concrète de l’arrêt de la CIJ, à travers un mécanisme conjoint facilité par la Commission de l’Union africaine, appelé à remettre ses conclusions dans un délai de six mois.

Cette précision revêt une importance particulière dans un contexte où les réactions suscitées par le dossier ont parfois opposé une lecture juridique à une lecture émotionnelle du différend. Les éléments de référence insistent ainsi sur la nécessité de ne présenter l’accord ni comme une victoire diplomatique ni comme une capitulation. Selon cette approche, il s’agit avant tout d’un instrument destiné à permettre l’application ordonnée d’une décision de justice internationale.

L’Union africaine revendique une solution continentale

Pour la Commission de l’Union africaine, cette initiative constitue un exemple de règlement pacifique des différends conforme aux principes de l’organisation. En accueillant la signature de l’accord, son président, Mahmoud Ali Youssouf, a salué l’engagement des deux États en faveur du dialogue, du bon voisinage et du respect du droit international, estimant que cette démarche illustre l’esprit de l’unité africaine.

La médiation continentale trouve son origine dans la rencontre de haut niveau du 14 février 2026, au cours de laquelle les présidents Brice Clotaire Oligui Nguema et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo avaient accepté que l’Union africaine accompagne la mise en œuvre de l’arrêt de la CIJ. L’ambassadeur Albert Shingiro a ensuite été désigné comme envoyé spécial afin de faciliter les consultations entre Libreville et Malabo.

Faire du droit un instrument de stabilité

À Addis-Abeba, les responsables des deux pays ont donné à cette signature une portée qui dépasse largement le seul dossier de Mbanié.

Au nom du Gabon, le président de la Cour constitutionnelle, Dieudonné Aba’a Owono, a présenté l’accord comme un acte de confiance mutuelle destiné à préserver la paix en Afrique centrale. Dans un contexte marqué par de nombreux défis sécuritaires, il a estimé que le dialogue et la coopération demeurent les moyens les plus efficaces de prévenir les tensions entre États voisins.

Son homologue équato-guinéen, Simeon Oyono Esono Angue, a insisté sur la responsabilité historique qui incombe désormais aux deux gouvernements. Selon lui, le Gabon et la Guinée équatoriale ont l’occasion de démontrer que des États voisins peuvent appliquer une décision d’une juridiction internationale dans un climat de sérénité, de bonne foi et de respect des institutions africaines et internationales.

Le président du Conseil exécutif de l’Union africaine, le ministre burundais Édouard Bizimana, est allé plus loin en qualifiant l’accord de témoignage de la maturité politique de deux nations ayant choisi « le dialogue plutôt que la confrontation » et « le respect de l’État de droit plutôt que le recours à la force ».

Un précédent pour le continent

Au-delà du règlement du différend entre Libreville et Malabo, les deux documents convergent sur un même constat : le véritable enjeu réside dans la méthode. Pour leurs rédacteurs, un contentieux territorial hérité de la période coloniale quitte désormais le seul terrain des rapports de force bilatéraux pour entrer dans un processus africain structuré, assorti d’une médiation, d’un calendrier et d’un mécanisme de suivi. Cette évolution pourrait constituer un précédent pour d’autres litiges territoriaux sur le continent.

La réussite de cette démarche dépendra toutefois de la capacité du mécanisme conjoint à transformer, dans les mois à venir, un accord politique en avancées concrètes sur le terrain. Plus qu’une conclusion, la signature d’Addis-Abeba apparaît ainsi comme le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique, où le droit international, la médiation africaine et la volonté politique devront désormais converger pour inscrire durablement ce différend dans une logique de coopération plutôt que de confrontation.

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