AASEP à Genève : le Gabon s’impose au cœur des réformes africaines de l’emploi
Par Cadette Ondo Eyi épouse Makanga
Réunis le 5 juin 2026 au Mövenpick Hôtel Genève Aéroport, les responsables des Services Publics de l’Emploi (SPE) africains ont franchi une nouvelle étape dans la transformation de la gouvernance de l’emploi sur le continent. À l’occasion de la sixième session du Comité exécutif élargi de l’Association Africaine des Services d’Emploi Publics (AASEP), les participants ont adopté treize résolutions majeures destinées à moderniser les mécanismes de gestion, renforcer la coopération régionale et accélérer l’adaptation des politiques publiques de l’emploi aux mutations du marché du travail.
Ici, au sortir de la rencontre
Cette rencontre de haut niveau a réuni une trentaine de responsables africains et internationaux autour d’un constat partagé : l’Afrique doit adapter ses services publics de l’emploi à l’ère de l’intelligence artificielle, de la digitalisation et des nouvelles formes de travail.
Dès l’ouverture des travaux, la présidente de séance, Mme Oumou Sall Seck, a lancé un appel en faveur d’une accélération des réformes afin de permettre aux pays africains de répondre efficacement aux transformations technologiques en cours. Dans le même esprit, plusieurs personnalités institutionnelles, notamment Camille Mouté à Bidias, Amandine Moignard et Ibrahim Ag Nock, ont souligné les défis persistants auxquels sont confrontés les États africains, parmi lesquels le chômage des jeunes, l’inadéquation entre les formations et les besoins du marché du travail, ainsi que les contraintes budgétaires qui limitent parfois l’efficacité des politiques publiques.
Une phase des échanges
Au-delà du diagnostic, les participants ont surtout travaillé à l’élaboration d’une feuille de route ambitieuse pour l’année 2026. Celle-ci prévoit notamment la certification de la septième session régionale de formation, l’opérationnalisation du Secrétariat permanent de l’AASEP à Yaoundé, la création de l’Académie régionale des SPE à Abidjan ainsi que l’organisation d’une conférence consacrée aux conventions 88 et 181 de l’Organisation internationale du travail à N’Djamena.
Vue du Directeur Général du PNPE, Pascal Franck Nze Ndong Nze, en entretient détendu avec la ministre du Mali
Toutefois, l’un des temps forts de cette programmation concerne directement le Gabon. En effet, Libreville accueillera en novembre 2026 la réunion ministérielle des pays membres de l’AASEP, un rendez-vous stratégique qui placera la capitale gabonaise au centre des réflexions continentales sur les politiques de l’emploi et de la formation professionnelle.
Parallèlement, les membres du Comité exécutif ont validé le rapport d’activités 2025, le programme de travail 2026 ainsi que les états financiers de l’organisation. Les discussions ont également porté sur une réforme profonde du modèle de gouvernance de l’AASEP. À cet effet, de nouvelles modalités de cotisation des États membres entreront en vigueur à partir de 2027 afin de consolider la soutenabilité financière de l’institution et de renforcer sa capacité d’action.
Une vue des participants
La session de Genève a également été marquée par la signature d’un partenariat stratégique entre l’AASEP et Human Impact Hub. Représentée par Imane Belmati, cette organisation accompagnera les États membres dans le développement de projets innovants liés à l’emploi, à l’inclusion sociale et au renforcement des compétences professionnelles.
Dans la même dynamique, les participants ont adopté le programme SamPES 2.0 pour la période 2026-2028. Présenté par Thierry Huort, ce dispositif constitue désormais le cadre de référence destiné à améliorer les performances des Services Publics de l’Emploi africains. Son déploiement progressif dans plusieurs pays pilotes permettra d’identifier et de généraliser les meilleures pratiques à l’échelle continentale.
Au total, treize résolutions ont été adoptées. Celles-ci prévoient notamment le renforcement du recouvrement des cotisations, l’application rigoureuse du règlement financier, l’introduction de solutions de paiement électronique, l’organisation d’assemblées générales hybrides ou entièrement numériques, ainsi qu’une ouverture accrue aux partenariats avec le secteur privé. Ces mesures traduisent la volonté de l’AASEP d’inscrire durablement son action dans une logique de modernisation, de transparence et d’efficacité.
Si les travaux officiels ont été dominés par les enjeux institutionnels, le Gabon a néanmoins bénéficié d’une attention particulière en marge des débats. Plusieurs participants ont salué les progrès réalisés par le pays en matière de structuration des politiques publiques de l’emploi et de modernisation des services d’intermédiation.
Cette reconnaissance s’est notamment illustrée à travers les échanges portant sur les orientations défendues par Pascal Franck Nze Ndong Nze, Directeur général du Programme National de Promotion de l’Emploi (PNPE). Intervenant en marge des travaux, celui-ci a rappelé que la réunion ministérielle prévue à Libreville constituera l’un des principaux rendez-vous de l’AASEP pour l’année à venir.
Il a également insisté sur les défis auxquels les Services Publics de l’Emploi africains sont désormais confrontés face à l’émergence de l’intelligence artificielle. Selon lui, l’avenir passe par l’interconnexion des bases de données nationales, le développement d’outils numériques capables d’améliorer l’intermédiation sur le marché du travail et la réduction de la fracture numérique qui continue de pénaliser de nombreux demandeurs d’emploi.
Le Directeur général du PNPE a par ailleurs plaidé pour une meilleure reconnaissance des compétences acquises en dehors des circuits traditionnels de formation, estimant que les économies africaines doivent désormais valoriser les savoir-faire réels autant que les diplômes.
Ces orientations ont trouvé un écho favorable auprès de plusieurs délégations, confortant ainsi l’image du Gabon comme l’un des acteurs les plus engagés dans la transformation numérique des politiques publiques de l’emploi sur le continent.
Avec la participation de 34 délégués, parmi lesquels des ministres, des ambassadeurs et des directeurs généraux de Services Publics de l’Emploi, cette sixième session du Comité exécutif élargi confirme la montée en puissance de l’AASEP comme plateforme continentale de coordination et d’innovation.
À travers les réformes adoptées à Genève, l’organisation affirme sa volonté de bâtir un espace africain de l’emploi plus intégré, plus performant et mieux préparé aux mutations technologiques qui redessinent déjà le marché du travail mondial. Dans cette dynamique, le Gabon apparaît désormais comme l’un des acteurs appelés à jouer un rôle de premier plan dans la construction des politiques africaines de l’emploi de demain.



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