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Affaire Hervé Patrick Opiangah : le non-lieu ne suffit donc plus ?

Par Stive Roméo Makanga 

Dans l’affaire Hervé Patrick Opiangah, le paradoxe est désormais difficile à soutenir. D’un côté, la justice gabonaise a clos le dossier par un non-lieu rendu le 24 février 2026, confirmé par la Chambre d’accusation le 2 mai, puis rendu définitif par une ordonnance de non-pourvoi le 12 juin. De l’autre, l’homme d’affaires resterait privé de ses passeports et frappé d’une interdiction de quitter le territoire, selon ses avocats. Autrement dit, la procédure serait terminée, mais ses effets restrictifs survivraient à la procédure elle-même. C’est précisément là que le bât blesse.

Vue des professionnels des médias lors du point de presse

Car une mesure restrictive n’a de sens que si elle repose sur une nécessité judiciaire actuelle : garantir la représentation d’une personne devant la justice, empêcher une fuite, protéger une enquête, préserver des preuves. Or, si le dossier est définitivement clos, si le non-lieu est irrévocable, si la partie adverse ne peut plus se pourvoir, alors quelle finalité légale peut encore justifier la rétention des passeports ? La question n’est pas seulement administrative. Elle devient politique, institutionnelle, presque philosophique : au Gabon, une décision de justice réhabilite-t-elle réellement un citoyen, ou faut-il encore attendre le bon vouloir d’une administration silencieuse ?

La situation est d’autant plus troublante que, d’après les conseils de sieur Opiangah, une partie des biens saisis aurait été restituée le 12 mars 2026, mais pas les trois passeports (deux diplomatiques et un ordinaire) ni certains effets informatiques. Plus étonnant encore, le parquet aurait indiqué que ces documents ne figuraient pas sur la liste des biens déposés au Trésor public, alors que la défense affirme qu’ils ont bien été emportés.

Là encore, le problème est grave : si les passeports ont été saisis, ils doivent être traçables ; s’ils ne le sont pas, il faut expliquer pourquoi. Dans un État de droit, un document d’identité n’est pas un objet quelconque. C’est le support matériel d’une liberté fondamentale : celle d’aller et venir.

Le maintien de l’interdiction de quitter le territoire paraît encore plus difficile à défendre. Les avocats d’Hervé Patrick Opiangah affirment avoir saisi le ministre de la Justice le 13 mai 2026 pour obtenir la levée de cette mesure, sans suite à ce jour. Ils ajoutent qu’Élisabeth Mengué-Opiangah, pourtant jamais poursuivie, aurait été refoulée à la frontière le 21 mai en raison de la même interdiction.

Si ces éléments sont exacts, nous ne sommes plus seulement face à une lenteur administrative, mais face à une anomalie sérieuse : une restriction de liberté qui continue de produire des effets alors que son fondement judiciaire semble avoir disparu.

Le plus inquiétant, dans cette affaire, n’est donc pas seulement le sort d’Hervé Patrick Opiangah. C’est le message envoyé à l’ensemble des citoyens gabonais : même blanchi, on peut demeurer empêché ; même juridiquement réhabilité, on peut rester administrativement entravé ; même après la fin d’une procédure, on peut continuer à subir ses conséquences. Ce décalage entre décision judiciaire et réalité administrative fragilise la confiance dans nos institutions. Sérieusement.

La justice ne se limite pas à rendre des décisions. Elle doit aussi en garantir l’exécution complète. Un non-lieu définitif qui ne débouche pas sur la restitution des droits ressemble à une réhabilitation inachevée. Or, dans un pays qui revendique la restauration de l’État de droit, il serait dangereux de laisser s’installer l’idée qu’une décision favorable du juge peut être neutralisée par l’inertie de l’administration.

Dans cette affaire, les autorités doivent donc clarifier rapidement trois points : où sont les passeports ? Sur quelle base juridique l’interdiction de sortie du territoire est-elle maintenue ? Pourquoi une personne qui n’aurait jamais été poursuivie aurait-elle été empêchée de voyager ? Tant que ces questions resteront sans réponse, l’affaire Opiangah continuera d’apparaître comme le symptôme d’un État où l’on peut être blanchi par la justice, mais pas encore libéré par l’administration. C’est dommage. Vive la Ve République !

 

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