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Dialogue public-privé : la CGPMEI dénonce une « dictature économique » de la FEG et appelle à une réforme de la gouvernance patronale

Par la Rédaction

Le débat sur la gouvernance de l’économie gabonaise prend une nouvelle tournure. Au lendemain des assises du dialogue public-privé organisées le 4 juin dernier à la Cité de la Démocratie sous l’égide du Haut Conseil des Investissements (HCI), la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises et Industries (CGPMEI) hausse le ton. Son président, Emmanuel Marcos Zué Meye Eyene, accuse la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG) d’exercer une influence excessive sur les orientations économiques du pays et appelle le ministre chargé de la Réforme à engager une profonde refonte de la gouvernance du dialogue économique national.

À l’origine de cette sortie médiatique figurent les conclusions des assises du dialogue public-privé, initiées à la demande de la FEG. Selon la CGPMEI, cette sollicitation avait reçu un accueil favorable de la part du Vice-président du Gouvernement, qui aurait alors mandaté plusieurs commissions techniques afin de préparer, durant plusieurs semaines, cette rencontre présentée comme un rendez-vous majeur entre les pouvoirs publics et le secteur privé.

Toutefois, si la CGPMEI reconnaît à la FEG son statut de principale organisation patronale du pays, elle estime que celle-ci ne saurait prétendre représenter à elle seule l’ensemble du tissu entrepreneurial gabonais. Pour Emmanuel Marcos Zué Meye Eyene, de nombreuses organisations patronales, composées en grande partie d’entrepreneurs nationaux, demeurent insuffisamment associées aux grandes concertations économiques.

Le président de la CGPMEI dénonce ainsi ce qu’il considère comme une concentration du dialogue public autour d’un seul interlocuteur. Selon lui, cette situation marginaliserait les autres organisations patronales et priverait une partie importante des entrepreneurs gabonais de la possibilité de faire entendre leurs préoccupations auprès des pouvoirs publics.

Dans cette perspective, il critique également le rôle joué par certains acteurs institutionnels dans l’organisation du dialogue économique. À ses yeux, l’Agence Nationale de Promotion des Investissements (ANPI) contribuerait à renforcer cette dynamique au détriment de la Chambre de commerce, qu’il juge progressivement reléguée au second plan. Une évolution qu’il considère incompatible avec les principes de pluralisme et de représentativité qui caractérisent les standards internationaux en matière de gouvernance économique.

« Nous avons du mal à comprendre que l’environnement politique et social soit en pleine mutation, tandis que l’environnement économique renforce, lui, la monopolisation du débat. Aujourd’hui, un seul interlocuteur oriente les discussions économiques au mépris des intérêts liés à la préférence nationale voulue par les plus hautes autorités de la République », affirme Emmanuel Marcos Zué Meye Eyene.

Le président de la CGPMEI estime que les recommandations remises au gouvernement à l’issue du dialogue public-privé ne reflètent pas la diversité des attentes du monde entrepreneurial gabonais. Il s’interroge notamment sur la représentativité d’un rapport présenté comme étant issu d’une consultation ayant réuni près de 1 100 participants.

« Présenter au gouvernement un rapport censé traduire les attentes de près de 1 100 participants constitue, selon nous, une aberration. Cela traduit la volonté de faire passer les préoccupations d’un seul groupe comme étant prioritaires », soutient-il.

Emmanuel Marcos Zué Meye Eyene établit également un parallèle entre la gouvernance économique actuelle et celle observée sous le précédent régime. Selon lui, la relation privilégiée entretenue entre les pouvoirs publics et la FEG ne constituerait pas une rupture avec les pratiques passées.

« Le pouvoir déchu d’Ali Bongo s’appuyait largement sur la FEG. Nous constatons aujourd’hui que les autorités de la Cinquième République semblent emprunter la même voie. Pourtant, aucun pays ne peut espérer se développer durablement en marginalisant ses propres ressortissants au sein de son écosystème économique », déclare-t-il.

Le président de la CGPMEI souligne par ailleurs que, si la FEG demeure une organisation influente et structurée, elle est, selon lui, majoritairement composée d’investisseurs étrangers, dont les priorités ne coïncideraient pas toujours avec celles des entrepreneurs nationaux.

Autre sujet de préoccupation évoqué par la CGPMEI : la gouvernance de la Chambre de commerce. Emmanuel Marcos Zué Meye Eyene estime que le cumul de certaines responsabilités entre la FEG et l’institution consulaire contribuerait à affaiblir cette dernière.

« Lorsqu’un président de la FEG occupe également les fonctions de vice-président à vie de la Chambre de commerce, il devient difficile de s’étonner de l’état de morbidité dans lequel se trouve aujourd’hui cette institution », affirme-t-il.

Au-delà des questions de représentativité, la CGPMEI considère que le principal défi demeure celui de l’accès des entrepreneurs nationaux aux opportunités économiques. Son président estime que les compétences locales continuent d’être insuffisamment valorisées, malgré les appels répétés des autorités à promouvoir l’entrepreneuriat gabonais.

« Il est difficile de demander sans cesse aux Gabonais de créer des entreprises sans s’attaquer au véritable goulot d’étranglement de notre économie, à savoir la discrimination des compétences locales, entretenue selon nous par une partie des investisseurs étrangers majoritairement membres de la FEG », soutient-il.

Au final, Emmanuel Marcos Zué Meye Eyene appelle le ministre chargé de la Réforme à ouvrir un nouveau cycle de concertations associant l’ensemble des organisations patronales. Selon lui, seule une gouvernance économique plus inclusive, transparente et pluraliste permettra de répondre aux attentes des entrepreneurs gabonais et de garantir une meilleure prise en compte de la préférence nationale dans les politiques publiques.

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