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Interview/Du Parlement aux cockpits : Serge Olivier Nzikoue veut changer la gouvernance de l’aviation africaine

Premier enquêteur technique d’aviation assermenté du Gabon et conseiller-expert en aéronautique, Serge Olivier Nzikoue a été recruté et formé par la Présidence de la République, institution dans laquelle il exerce en tant que cadre. Il fait partie des spécialistes gabonais engagés sur les questions de sécurité, de sûreté et de conformité de l’aviation civile. Reconduit au Comité d’organisation du Sommet de l’Aviation Africaine, dont la prochaine édition doit se tenir à Nairobi, au Kenya, il plaide notamment pour une implication accrue des parlementaires africains dans les grands rendez-vous internationaux consacrés au secteur aéronautique. Dans cet entretien accordé à la Rédaction de Kongossa News, l’expert revient sur sa récente séance de travail à l’aéroport de Paris-Le Bourget, évoque son projet de plateforme internationale réunissant les conseillers des présidences chargés des questions aéronautiques et analyse les progrès accomplis par le Gabon en matière de sûreté de l’aviation civile.

Kongossa News : Vous avez récemment tenu une séance de travail à l’aéroport de Paris-Le Bourget, alors que vous venez d’être reconduit au Comité d’organisation du Sommet de l’Aviation Africaine prévu à Nairobi. Quels étaient les principaux enjeux de cette rencontre et pourquoi souhaitez-vous désormais voir les parlementaires africains davantage associés aux grands sommets consacrés à l’aviation civile ?

Serge Olivier Nzikoue : Cette séance de travail était effectivement importante parce qu’elle nous a permis d’aborder plusieurs sujets liés à la prochaine édition du Sommet de l’Aviation Africaine à Nairobi, mais également de réfléchir à la manière dont l’Afrique peut mieux anticiper les évolutions extrêmement rapides de l’aviation mondiale.

J’ai été reconduit au Comité d’organisation de ce sommet et j’ai tenu à remettre sur la table une proposition qui me paraît essentielle : nous devons créer davantage de passerelles entre les acteurs techniques de l’aviation civile et ceux qui élaborent et votent les lois dans nos pays.

Serge Olivier Nzikoue (Background), ici lors d’une cérémonie au Palais présidentiel

L’aviation évolue très rapidement. De nouvelles technologies apparaissent, les normes internationales évoluent, les exigences en matière de sécurité, de sûreté, de certification ou encore de protection de l’environnement sont régulièrement renforcées. Or, lorsque ces évolutions doivent ensuite être transposées dans nos législations nationales, nous constatons parfois un décalage entre la réalité technique du secteur et la connaissance qu’en ont ceux qui doivent légiférer.

C’est la raison pour laquelle je propose que des représentants de l’Assemblée nationale et du Sénat puissent désormais participer à certains grands sommets internationaux consacrés à l’aviation civile. Cela existe déjà dans des pays comme les États-Unis, où les responsables politiques et parlementaires disposent d’une forte culture des enjeux aéronautiques.

Nous devons progressivement développer cette approche en Afrique. Pour l’édition de Nairobi, je souhaite donc que le Gabon puisse ouvrir la voie en associant des parlementaires à sa délégation.

Un député ou un sénateur qui a été directement exposé aux débats internationaux sur la sécurité aérienne, les nouvelles technologies, la réglementation ou les investissements nécessaires comprendra beaucoup mieux les dossiers lorsqu’ils arriveront au Parlement. Il pourra poser les bonnes questions, apprécier les enjeux budgétaires, améliorer les textes et, surtout, mieux orienter l’action publique.

L’aviation civile est devenue un instrument de souveraineté, de développement économique et d’intégration. Elle ne peut donc plus demeurer exclusivement l’affaire des techniciens.

Kongossa News : Vous travaillez parallèlement à la création d’une plateforme qui réunirait les conseillers et représentants des présidences de plusieurs pays chargés des questions d’aviation civile. Quelle serait précisément la vocation de ce dispositif et, dans le cas particulier du Gabon, comment s’articule votre rôle avec celui de l’Agence nationale de l’aviation civile ?

Serge Olivier Nzikoue : L’idée part d’un constat assez simple. Dans de nombreux pays, il existe au niveau de la Présidence de la République des collaborateurs, conseillers ou experts qui suivent les questions liées à l’aviation. Pourtant, ces responsables disposent de peu de cadres permanents leur permettant d’échanger directement entre eux.

Nous travaillons donc à la mise en place d’une plateforme permettant de réunir ces différents interlocuteurs. L’objectif n’est absolument pas de nous substituer aux autorités nationales de l’aviation civile, encore moins à l’OACI. Il s’agit plutôt de créer un espace de concertation, de partage d’expérience et d’anticipation au plus haut niveau de l’État.

Il faut rappeler que le Gabon a adhéré à la Convention relative à l’aviation civile internationale le 18 janvier 1962. L’OACI constitue le cadre mondial dans lequel les États travaillent à l’harmonisation et à l’application des normes et pratiques recommandées de l’aviation civile internationale. L’intérêt d’un tel système est précisément d’éviter que chaque pays développe son aviation en vase clos.

Dans le cas du Gabon, il faut également bien distinguer l’aviation civile des moyens aériens relevant du domaine militaire. Lorsqu’un aéronef relève du dispositif militaire présidentiel, les compétences ne sont pas identiques à celles applicables à un aéronef civil. L’État-major particulier du président de la République intervient sur le volet qui relève de ses attributions, tandis que le Secrétariat général de la Présidence intervient notamment lorsque les problématiques concernent le champ civil. Ce sont des responsabilités distinctes qui doivent néanmoins pouvoir s’articuler lorsque les circonstances l’exigent.

C’est notamment là que mon expertise intervient. Dès lors qu’un aéronef civil ou une opération relevant de la réglementation civile est concerné, il faut s’assurer que toutes les exigences réglementaires sont respectées.

En quelque sorte, dans le périmètre précis des missions qui me sont confiées, je veille à ce que les exigences de conformité normalement attendues dans l’aviation civile soient prises en compte. L’ANAC demeure évidemment l’autorité compétente de l’État gabonais en matière de régulation, de supervision et de contrôle de l’aviation civile. Elle élabore la réglementation, assure la certification, exerce la surveillance des opérateurs et veille au respect des normes applicables.

Notre démarche est donc complémentaire : il s’agit de faire en sorte qu’au niveau stratégique de la Présidence de la République, les décisions touchant à l’aviation civile soient elles aussi éclairées par une expertise technique conforme aux standards internationaux.

Kongossa News : Depuis le début de la Ve République, le Gabon semble avoir franchi un nouveau palier en matière de sûreté de l’aviation civile. L’audit de l’OACI réalisé en 2025 a notamment fait ressortir un indice global de durabilité de 78,77 %, contre 60,44 % précédemment. Comment analysez-vous cette progression et quelle part attribuez-vous à l’impulsion donnée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema ?

Serge Olivier Nzikoue : Ces résultats sont extrêmement importants, parce qu’en aviation les performances d’un État ne se décrètent pas : elles sont évaluées à partir de critères techniques précis et selon des standards internationaux.

L’audit USAP-CMA conduit par l’OACI du 21 au 31 juillet 2025 a permis au Gabon d’atteindre un indice global de durabilité de 78,77 %, contre 60,44 % lors de l’évaluation précédente. Cela représente une progression de 18,33 points. Ce résultat a d’ailleurs conduit l’OACI à décerner au Gabon un certificat de reconnaissance pour les progrès accomplis en matière de sûreté de l’aviation civile.

Il faut mesurer ce que cela signifie. Derrière un tel résultat, il y a la réglementation, la formation et la certification des personnels, les contrôles, les procédures, la surveillance des aéroports, la coordination entre les différentes administrations et, surtout, une volonté politique permettant aux structures techniques de disposer de l’autorité et des moyens nécessaires pour travailler.

Depuis le début de la Ve République, je considère qu’une impulsion particulière a été donnée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Il a compris que l’aviation n’était pas simplement une question de transport. C’est une question de souveraineté, de crédibilité internationale, d’attractivité économique et, avant toute chose, de protection des personnes.

Je peux d’ailleurs vous raconter une petite anecdote qui, à mes yeux, illustre son rapport à ces questions.

En 2025, j’avais une nouvelle fois été retenu comme seul Africain au sein d’un comité d’organisation d’un rendez-vous international de l’aviation à Kigali, au Rwanda. Au même moment, je me trouvais à Mouila où je supervisais des activités sur le tarmac à l’occasion d’un déplacement du chef de l’État.

Je devais rejoindre Kigali, mais je me suis retrouvé confronté à une difficulté très concrète : les contraintes administratives et l’insuffisance des moyens disponibles risquaient de m’empêcher d’arriver à temps au sommet.

J’ai eu l’occasion d’exposer la situation au président de la République. Je lui ai expliqué l’importance de cette rencontre, ce qu’elle représentait pour le Gabon, mais aussi la difficulté à laquelle j’étais confronté pour effectuer le déplacement.

Le président Oligui Nguema m’a écouté. Il a immédiatement compris que, derrière mon déplacement personnel, il y avait surtout la représentation du Gabon et la nécessité pour notre pays d’être présent là où se discutent les grandes orientations de l’aviation internationale.

Il a alors chargé l’un de ses collaborateurs de m’apporter un appui permettant de couvrir les besoins liés à ce déplacement.

Cette histoire peut paraître anodine, mais pour moi elle ne l’est pas. Parce que lorsqu’un chef de l’État comprend qu’un expert gabonais qui siège dans une instance internationale ne s’y rend pas seulement en son nom, mais qu’il porte aussi l’image et l’expertise de son pays, cela change beaucoup de choses.

Et c’est aussi de cette manière que nous devons construire la place du Gabon dans l’aviation africaine et internationale : en développant nos compétences, en étant présents dans les espaces où se prennent les décisions et en faisant en sorte que l’expertise gabonaise puisse être entendue au-delà de nos frontières.

Propos recueillis par la Rédaction de Kongossa News

Pour sécuriser la partie technique, j’ai volontairement reformulé le passage où M. Nzikoue dit « jouer le rôle de l’ANAC ». Juridiquement et institutionnellement, l’ANAC reste l’autorité gabonaise compétente pour la régulation, la supervision, le contrôle, la certification et la surveillance de l’aviation civile. La formulation retenue évite donc de laisser entendre qu’un conseiller de la Présidence exercerait formellement les prérogatives de l’Agence.

Par ailleurs, la date du 18 janvier 1962 est bien confirmée par l’OACI : elle correspond au dépôt par le Gabon de son instrument d’adhésion à la Convention de Chicago, entrée en vigueur pour le pays le 17 février 1962.

Enfin, les résultats de 2025 sont particulièrement solides pour votre troisième question : l’audit a porté sur 494 questions de protocole, et le passage de 60,44 % à 78,77 % a été officiellement présenté comme une progression majeure du dispositif gabonais de sûreté. En revanche, l’attribution de ces progrès à l’action personnelle du président Oligui Nguema est formulée comme l’appréciation de Serge Olivier Nzikoue, ce qui est journalistiquement plus rigoureux qu’une affirmation de la rédaction.

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