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RGPL 2026 : Geoffroy Foumboula alerte sur le dépeuplement des campagnes face au bond démographique du Gabon

Par Stive Roméo Makanga 

Avec 3 518 621 habitants annoncés à l’issue du Recensement général de la population et des logements de 2026, le Gabon enregistre une progression démographique spectaculaire par rapport à 2013. Pour l’acteur civique Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, ces premiers chiffres doivent surtout conduire à s’interroger sur le dépeuplement des campagnes, la maîtrise de l’immigration et la politique foncière. Des conclusions qu’il appelle toutefois à confronter aux données détaillées du recensement.

Le chiffre, à lui seul, interpelle. Le Gabon compterait désormais 3 518 621 habitants, Gabonais et étrangers confondus. Les résultats du Recensement général de la population et des logements (RGPL) de 2026, annoncés jeudi 27 août par le président de la Cour constitutionnelle, dessinent ainsi un pays démographiquement très différent de celui photographié lors du précédent recensement, en 2013.

Cette année-là, la population avait été évaluée à 1 811 079 habitants, dont 287 379 étrangers. Treize ans plus tard, elle aurait donc augmenté de près de 1,7 million de personnes, soit une progression d’environ 94 %. Un bond suffisamment important pour susciter interrogations et demandes d’explications.

Parmi les premières réactions, celle de Geoffroy Foumboula Libeka Makosso. L’acteur civique, engagé dans les questions de démocratie participative, invite à regarder au-delà du chiffre global et à attendre la publication des données détaillées, notamment sur la répartition entre Gabonais et étrangers, les provinces, les classes d’âge, la natalité et les populations urbaines et rurales.

De 448 564 à plus de 3,5 millions d’habitants

L’histoire démographique du pays permet de mesurer l’ampleur de la transformation. Selon les données compilées par Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, le recensement de 1960 avait dénombré 448 564 habitants, celui de 1970, 516 884, puis celui de 1980, 755 000.

En 1993, le Gabon franchissait le seuil du million avec 1 014 976 habitants, dont 153 490 étrangers. Dix ans plus tard, le recensement de 2003 faisait état de 1 520 911 habitants, avant que celui de 2013 ne porte ce nombre à 1 811 079.

La progression annoncée entre 2013 et 2026 tranche donc nettement avec celle observée durant la décennie précédente. Selon les calculs présentés par l’acteur civique, la croissance aurait été de 19,07 % entre 2003 et 2013, contre 94,28 % au cours des treize dernières années.

Cette accélération constitue précisément l’un des principaux sujets que devra éclairer la publication des résultats complets du RGPL 2026. Le chiffre global ne permet pas, à lui seul, de déterminer la part respective de l’accroissement naturel de la population et des migrations.

Geoffroy Foumboula s’interroge notamment sur le poids de l’immigration dans cette évolution. Une interrogation qu’il faudra confronter aux données définitives sur la nationalité et les mouvements migratoires avant d’en tirer des conclusions.

Pour l’acteur civique, une autre urgence se trouve cependant ailleurs : dans le déséquilibre territorial entre villes et campagnes.

Le recensement de 2013 faisait apparaître une concentration particulièrement forte de la population dans les espaces urbains. Geoffroy Foumboula y voit le symptôme d’un exode rural ancien qui contribue progressivement à vider les villages et à concentrer les activités et les services dans quelques grands pôles.

Les conséquences sont multiples. La raréfaction de la population rurale réduit la main-d’œuvre disponible pour l’agriculture, fragilise certaines économies villageoises et accentue la dépendance alimentaire vis-à-vis des importations. Dans certaines régions frontalières faiblement peuplées, elle pose également, si l’on s’en tient à son analyse, une question d’occupation du territoire.

Le phénomène n’affecterait pas toutes les provinces de la même manière. L’Ogooué-Ivindo, l’Ogooué-Lolo et la Nyanga figureraient historiquement parmi celles enregistrant les progressions démographiques les plus faibles. Les données provinciales du recensement de 2026 seront donc particulièrement attendues pour déterminer si cette tendance s’est poursuivie.

Le foncier coutumier comme réponse ?

C’est sur cette question du dépeuplement rural que Geoffroy Foumboula Libeka Makosso développe l’une de ses principales propositions : renforcer la reconnaissance du foncier coutumier.

Pour lui, donner davantage de garanties aux communautés sur la maîtrise et la transmission de leurs terres pourrait favoriser l’investissement agricole, maintenir une partie de la population dans les campagnes et contribuer au développement d’activités économiques autonomes.

Il établit notamment un parallèle avec certains pays africains où la population rurale demeure plus importante et où différentes formes de droits fonciers coutumiers sont reconnues.

La relation de cause à effet mérite néanmoins d’être nuancée : le maintien d’une population rurale importante dépend également de l’accès aux routes, à l’électricité, à l’eau, aux établissements scolaires, aux structures sanitaires, aux financements et aux débouchés agricoles. La question foncière constitue donc un élément du problème, sans nécessairement l’épuiser.

Derrière les chiffres, un choix d’aménagement du territoire

C’est peut-être là que se situe le principal enseignement politique de ce septième recensement depuis l’indépendance. Une population de plus de 3,5 millions d’habitants modifie nécessairement les besoins en logements, écoles, hôpitaux, emplois, transports et infrastructures publiques. Mais savoir où vivent ces habitants est presque aussi important que de connaître leur nombre.

Si la très forte urbanisation observée en 2013 se confirme, la question de l’aménagement du territoire deviendra plus pressante encore. Comment rendre les campagnes suffisamment attractives pour retenir leurs habitants ? Comment développer une agriculture capable de procurer des revenus ? Comment maintenir des services publics dans les territoires peu peuplés ? Et comment éviter que Libreville et quelques autres centres urbains n’absorbent l’essentiel de la croissance démographique ?

Pour Geoffroy Foumboula, les priorités devraient notamment porter sur la natalité et la lutte contre l’exode rural. Il met également en garde contre une éventuelle croissance démographique principalement alimentée par une immigration qu’il juge insuffisamment maîtrisée.

La publication du chiffre de 3 518 621 habitants ouvre donc davantage de questions qu’elle n’en referme. La répartition entre Gabonais et étrangers, la pyramide des âges, les taux de natalité, les migrations internes, la population de chaque province et le rapport entre villes et campagnes permettront de comprendre ce qui s’est réellement produit depuis 2013.

Car derrière l’apparente froideur d’un recensement se dessine une question autrement plus politique : quel Gabon est en train d’émerger de cette transformation démographique, et comment occuper et développer un territoire dont la population continue de se concentrer dans les villes ?

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