Barkhane : les zones d’ombre de la déclaration d’Abdoulaye Diop
Par Stive Roméo Makanga
Depuis plusieurs jours, une déclaration du ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, refait surface sur les réseaux sociaux. Dans cette intervention datant de 2023, le chef de la diplomatie malienne affirme que l’opération Barkhane coûtait deux millions d’euros par jour et qu’au terme de près d’une décennie de présence militaire française, la France n’avait offert aucun avion au Mali.
Présentée de cette manière, la formule est redoutablement efficace. Elle nourrit l’indignation, conforte les convictions de ceux qui dénoncent la présence française au Sahel et laisse entendre que le Mali aurait supporté pendant neuf ans une charge financière colossale sans aucune contrepartie tangible. Pourtant, cette interprétation est trompeuse.
Le premier élément que le ministre malien s’est bien gardé de rappeler est pourtant fondamental : l’opération Barkhane n’était pas financée par le Mali. Elle l’était intégralement par l’État français. Les documents officiels français, notamment un rapport d’information de l’Assemblée nationale consacré à cette opération, indiquent clairement que les coûts de Barkhane étaient supportés exclusivement par le budget français. Les quelque deux millions d’euros dépensés quotidiennement ne sortaient donc pas des caisses maliennes mais de celles du contribuable français.
C’est précisément sur ce point que réside la faiblesse, voire la mauvaise foi, du raisonnement d’Abdoulaye Diop. Car s’il est exact que Barkhane représentait un coût avoisinant les deux millions d’euros par jour, il omet soigneusement de préciser à qui incombait cette dépense. Le résultat est prévisible : une partie de l’opinion publique retient aujourd’hui que le Mali aurait payé pendant neuf ans une intervention étrangère inefficace, alors que les faits démontrent le contraire.
Certes, Abdoulaye Diop n’a jamais déclaré explicitement que le Mali finançait Barkhane. Mais il n’a jamais pris la peine de préciser non plus que cette opération était assumée financièrement par la France. Cette omission n’est pas anodine. En communication politique, ce qui n’est pas dit est parfois aussi important que ce qui est affirmé. En laissant planer le doute, le ministre malien savait parfaitement que son auditoire pourrait établir un lien erroné entre le coût annoncé et les finances maliennes.
La seconde partie de son argumentation repose sur l’absence de dons d’avions ou d’hélicoptères français au Mali à l’issue de Barkhane. Là encore, le constat est factuellement exact. Les autorités françaises ont confirmé qu’aucun aéronef n’avait été cédé aux forces armées maliennes dans le cadre de cette opération.
Toutefois, la remarque soulève une question essentielle : l’objectif de Barkhane était-il de constituer une flotte aérienne malienne ou de mener une opération militaire contre les groupes djihadistes actifs au Sahel ? Les moyens engagés par Paris répondaient avant tout à une logique opérationnelle destinée à soutenir la lutte antiterroriste dans une région confrontée à une menace sécuritaire majeure. Réduire neuf années d’engagement militaire à la seule question du nombre d’avions laissés sur place relève davantage du slogan politique que de l’analyse stratégique.
Cela ne signifie pas que Barkhane doit être exonérée de toute critique. De nombreux observateurs, y compris en France, ont souligné les limites de l’opération et son incapacité à apporter une réponse durable aux causes profondes de l’instabilité sahélienne. Après près de dix ans de présence militaire, l’insécurité demeure une réalité dans plusieurs zones du Sahel et le débat sur l’efficacité globale de l’intervention reste ouvert.
Mais une critique sérieuse doit s’appuyer sur des faits complets et non sur des raccourcis susceptibles d’induire l’opinion en erreur. En évoquant les deux millions d’euros quotidiens de Barkhane sans rappeler qu’ils étaient financés par la France, Abdoulaye Diop a choisi de mettre en avant une vérité partielle. Une vérité partielle qui, sortie de son contexte, devient un puissant outil de propagande.
En définitive, le problème n’est pas tant ce que le ministre malien a dit que ce qu’il a volontairement laissé entendre. Et dans le débat public, cette nuance fait toute la différence.



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