Coup de théâtre : l’ancien Premier ministre Alain Claude Bilie-By-Nze interpellé pour une affaire vieille de 18 ans
Par Joseph Mundruma
L’arrestation de Alain-Claude Bilie-By-Nze, survenue le 15 avril à Libreville, ne relève pas du simple fait divers judiciaire. Elle s’inscrit dans une mécanique désormais bien rodée, où l’aléa du droit épouse trop souvent les nécessités du moment politique. L’intéressé lui-même en avait esquissé l’hypothèse : il serait arrêté. La prédiction a trouvé sa traduction dans les faits, sans convocation préalable, sans plainte connue, à la faveur d’une interpellation au seuil de son domicile.
Le motif invoqué, une créance de 5 millions de francs CFA remontant à 2008, dans le cadre de la 9ᵉ édition de la Fête des cultures, illustre à lui seul le décalage entre la gravité de la procédure engagée et la nature du litige. Dix-huit années se sont écoulées sans que cette affaire ne franchisse les étapes ordinaires de la justice civile. Elle resurgit aujourd’hui, dans un contexte de tension politique accrue, alors que l’ancien chef du gouvernement s’est affirmé comme une voix critique du pouvoir.
À l’époque des faits, Alain-Claude Bilie-By-Nze cumulait des fonctions ministérielles et la présidence du comité d’organisation d’un événement relevant de la tutelle publique. Le différend porterait sur une prestation non réglée, dont la responsabilité, selon ses proches, incomberait au Trésor public. Autrement dit, un contentieux administratif ou financier, banal dans son principe, mais dont le traitement, ici, rompt avec les usages les plus élémentaires de l’État de droit.
Car c’est bien la méthode qui interroge. L’intervention du B2, service de renseignement militaire, dans une affaire de nature civile, marque une inflexion préoccupante. L’absence de procédure contradictoire, de convocation ou de mise en demeure préalable, traduit une forme de judiciarisation d’exception, où la règle cède devant l’opportunité.
Le calendrier, enfin, n’est pas neutre. Cette arrestation intervient quelques semaines après les prises de position publiques de l’ancien Premier ministre sur la scène internationale, où il dénonçait des pressions persistantes. Dans ce contexte, la coïncidence apparaît fragile. Elle nourrit, au contraire, l’hypothèse d’une instrumentalisation du droit à des fins de régulation politique.
Ainsi se dessine une ligne de fracture familière dans les démocraties fragiles : celle où la justice, au lieu de garantir l’équilibre des pouvoirs, devient l’un de ses instruments. Cette affaire, au-delà de son objet apparent, pose une question plus large : celle de la capacité des institutions à résister à la tentation de l’arbitraire.



Laisser un commentaire