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Gouvernance du Gabon par le CTRI: la fine synthèse d’Erick-Blaise NDONG-ABOGHE (Interview)

Par Kongossanews

Au lendemain de la tournée présidentielle en Ogooué-Ivindo, l’honorable Erick-Blaise NDONG-ABOGHE, fait une analyse froide de la situation de la gouvernance actuelle du Gabon.

Erick-Blaise NDONG-ABOGHE, en sa double qualité de citoyen gabonais et d’ancien député siégeant de la XIII Législature représentant le Siège Unique du Deuxième Arrondissement de la commune de  Makokou et du Canton Ntang-Louli, analyse la situation de la gouvernance actuelle du Gabon depuis l’acte du 30 aout 2023, en passant par la tournée du Président de la Transition, Président de la République, Chef de l’état, le Général de Brigade Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA en terre ogivine du 21 mars au 24 mars 2024, jusqu’au moment où le pays s’apprête à organiser le Dialogue National Inclusif du 02 avril au 30 avril 2024.

  1. CONTEXTE

M. Erick-Blaise NDONG-ABOGHE, depuis le trente Aout dernier, le Gabon est entré dans une nouvelle ère de son histoire, quelle appréciation faites-vous du nouveau contexte politique gabonais ?

Nous voudrions d’abord faire observer que les élections présidentielles constituent un moment charnière de tout état où le peuple veut faire valoir ses aspirations légitimes en choisissant, non seulement le projet de société qui y répond, mais également la personne qu’il pense apte ou digne de le diriger pendant une durée requise. Comme tel, c’est généralement un moment décisif et très sensible. Ce qui fut le cas le 26 aout 2023 au Gabon !!!

Restant sur la situation du Gabon qui est la nôtre, précisons que la réalité de l’acte du 30 aout 2023 est un coup d’état. Mais, avec la liesse populaire qui l’a accompagné, ce acte peut s’apprécier comme un acte libérateur ; d’où le terme consacré actuellement qui est celui de coup de libération.

Tout le monde s’accorde à reconnaitre en effet que cet acte est salutaire au regard des motifs annoncés par les forces de défense et de sécurité regroupées au sein du Comité pour la Restauration des Institutions (CTRI) et des malversations mises à nue au lendemain de ce coup de libération ainsi que de la déliquescence de nos institutions qui n’existaient plus que de formes, de mauvaises formes.

Nous saluons donc, à l’instar des autres forces vives de la nation, y compris la communauté internationale, cette exceptionnelle prise de pouvoir.

Au regard de la gouvernance actuelle, honorable, quel avis pouvez-vous émettre ?

Notre avis nécessite que nous revenions sur les six (6) objectifs du CTRI, contenus dans son communiqué N°26, qui se déclinent ainsi :

  1. La restauration de la stabilité et de la confiance ;
  2. La réforme institutionnelle et législative ;
  3. La lutte contre la corruption ;
  4. Le développement durable et économique ;
  5. L’éducation et la sensibilisation ;
  6. Le dialogue national et la consultation politique.

Nous constatons que la gouvernance actuelle s’inscrit dans la réalisation de ces objectifs à travers les actions jusque-là posées, à savoir :

D’une part, la mise en place d’une réglementation de l’Etat par la Charte et la référence à la Constitution de 1991 et le rétablissement des institutions de la transition (Présidence, le CTRI, le Gouvernement, le parlement, la cour constitutionnelle etc.) ; 

D’autre part, les engagements pris par le président de la Transition au lendemain de sa prestation de serment du 04 septembre 2023. 

En effet, en sept (7) mois ces engagements sont en train d’être tenus :

  • L’allègement de la dette de l’Etat engagé depuis décembre 2023, quoiqu’actuellement mitigée par l’emprunt que l’Etat gabonais se propose de contracter ;
  • La finalisation de l’acquisition d’Assala qui confère une souveraineté nationale au Gabon dans le domaine pétrolier ;
  • La régularisation des pensions retraites qui était restée sans suite depuis près de dix (10) ans ;
  • La reconduction de la bourse scolaire qui avait été suspendue durant le second septennat d’Ali BONGO ONDIMBA ;
  • La réhabilitation et constructions des voiries urbaines comme la voie de contournement de l’aéroport ;
  • La création d’une compagnie aérienne nationale Fly Gabon, en moins de sept (7) mois, sachant qu’Air Gabon avait cessé ses activités depuis 2006, soit dix-huit (18) ans ;
  • Le souci de régulariser des dossiers dans la fonction publique avec la prise de l’arrêté N°00009/PM/MFPRC du 24 novembre 2023 portant dégel des recrutements, titularisations, avancements, stages et reclassements au sein de la fonction publique même s’il convient de préciser que c’est là une décision forte à laquelle reste suspendus les gabonais car le processus de dépôts des dossiers ayant été déjà fait, les résultats attendus demeurent une préoccupation fondamentale ;
  • L’élaboration du Plan National pour le Développement de la Transition (PNDT) est le cadre qui définit les mécanismes de relance de l’économie nationale même si l’on peut regretter sa finalisation après près de sept (07) mois de gouvernance du CTRI ; limitant ainsi, jusqu’à ces jours, les missions du ministère de l’économie, presque à l’amélioration des procédures de recouvrement de recettes ;
  • Le respect de la date de la tenue du Dialogue National Inclusif contenu dans le chronogramme relatif à la restauration des institutions qui se tiendra du 02 avril au 30 avril 2023, pour ne citer que ces engagements. 

A côté de ce qui précède, l’achèvement des travaux des axes routiers Libreville-Ntoum et Bifoun – Ndjolé est vivement souhaité par les usagers puisque ces axes, à gros risques d’accidents, constituent les seules voies d’accès routières vers l’intérieur du pays.

Toutefois, il reste que, les réalisations non exhaustives énumérées, , devraient rassurer les gabonais pour l’avenir en ce qui concerne la sincérité du Président de la Transition dans ses engagements et sa volonté de permettre aux gabonais d’accéder à la félicité.

Dès lors, Nous invitons les gabonais à plus de sérénité, à la constance, à l’éveil, au travail bien fait pour mieux asseoir cette transition.

      II- LE SEJOUR DU PRESIDENT DE LA TRANSITION, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, CHEF DE L’ETAT EN OGOOUE-IVINDO

Le Président de la République vient de boucler un séjour de quatre (4) jours, du 21 mars au 24 mars 2024 en terre Ogivine, que retenez-vous de cette visite ? 

Un honneur inqualifiable fait aux Ogivins qui ont été plus qu’enthousiastes de recevoir le nouvel homme fort du Gabon. Il faut rappeler que ce coup de libération avait été reçu avec faste par les populations de l’Ogooué-Ivindo, à l’instar des autres gabonais, qui ont vu en l’homme du Général de Brigade Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA un sauveur ; cela ayant été scandé pendant les bains de foules et partout où il s’est rendu.

Le grand moment fut la déclinaison des éléments de son discours dans lequel les populations Ogivines se sont totalement retrouvées ; notamment à travers les engagements pris concernant la réalisation des grands chantiers attendus de tous. 

Nous citons, entre autres :

  • L’effectivité du projet de Bélinga avec la révision de la convention d’exploitation, la formation de 50 Ogivins aux métiers liés à l’exploitation du fer, la construction d’une voie ferroviaire, la construction d’un barrage hydroélectrique pour soutenir ce projet ainsi que l’électrification de la province qui en découlerait ;
  • Le redémarrage des travaux du tronçon Ovan-Makokou et celui de koumameyong-Booué ;
  • La réhabilitation et extension de l’hôtel de Bélinga à Makokou ;
  • La relance de la construction du centre des métiers du bois de Booué ;
  • La réhabilitation, en voies bitumées, des voiries urbaines de Makokou, Mékambo, Ovan et Booué ;
  • La construction d’autres structures hôtelières avec une à Makokou ;
  • La réhabilitation et constructions des établissements scolaires adaptées à l’ère du temps ;
  • Le renforcement des capacités de production énergétique etc.

Au regard de tous ces engagements, nous voudrions appeler l’attention des Ogivins sur la sincérité de ces engagements en les amenant à comprendre que ces derniers sont des actes et non des paroles gratuites. 

La réalisation des engagements pris au sortir de la prestation de serment du Président de la Transition, dont nous avons fait allusion, devrait rassurer les ogivins sur l’effectivité de ceux pris en Ogooué-Ivindo.

De ce fait, les Ogivins, plus que par le passé, doivent davantage être unis pour accompagner ces projets. 

Nous appelons à l’éveil des consciences, au développement de l’effort au travail, à l’ingéniosité, à la prise de consciences de tous pour être à la hauteur de ces vastes chantiers durant lesquels tout ogivin devra être apte à se construire, à mieux faire face aux flux migratoires qui en découleraient, à tirer avantage pour un mieux-être.

         III- LE DIALOGUE NATIONAL INCLUSIF

Au lendemain du coup de libération, le CTRI retenus des objectifs qui guideront ses actions dont le Dialogue National Inclusif qui débutera le 02 avril pour s’achever le 30 avril 2024, qu’avez-vous à dire à ce sujet ?

D’abord faire constater que c’est un autre rassemblement des forces vives du Gabon ; non un rassemblement de plus. Pourquoi ?

Parce que la Conférence nationale de 1990, les Accords de Paris de 1994, les Accords d’Arambo de 2006, le Dialogue politique d’Angondjé de 2017 et la récente concertation politique de 2023 à la veille des élections générales du 26 aout 2023 ne sont pas à comparer au Dialogue National Inclusif du moment.

Les premières concertations nationales ont été sous la responsabilité du pouvoir décrié ; celle attendue se fera sous la conduite d’un nouveau régime au pouvoir. 

A notre sens, nous devrions avoir plus confiance en la définition et en la mise en place des fondements solides pour une réelle édification de notre pays. Les motivations n’étant pas les mêmes.

Nous invitons donc les gabonais à prendre conscience de cette différence de contextes.

Pour preuve, nous devons constater, au profit du CTRI, le respect du chronogramme qu’il avait rendu public relatif aux étapes de la restauration des institutions.

Dans ce chronogramme, il est clairement indiqué que le Dialogue National Inclusif se tiendrait du 01 avril au 30 avril ; ce qui est quasiment conforme au décret n°115/PT-PR/MRI du 08 mars 2024 portant convocation et organisation du Dialogue National Inclusif du 02 avril au 30 avril.

Parlant justement du Dialogue National, la liste des participants à ces assises a été rendue officielle et publiée au Journal Officiel, mais déjà des voix s’élèvent pour émettre un certain nombre de récriminations, que pensez-vous de ces récriminations ? 

La publication du décret n°128Bis/PT-PR/MRI du 26 mars 2024 portant désignation des participants (580) au Dialogue National Inclusif suscite des récriminations. 

La première sur laquelle nous voudrions nous prononcer, qui persiste depuis l’annonce d’un dialogue après le 30 aout 2023, c’est celle relative au souhait que ce forum ait été celui de ‘’Vérité et Réconciliation’’. 

Tout en respectant le souhait des uns et des autres, nous pensons que cette formule d’emprunt aux autres pays ne sied pas fondamentalement avec notre situation où nous n’avons pas connu un déchirement de notre tissu social par des actes génocidaires invitant à une catharsis. 

Notre cohésion sociale est demeurée, malgré les frictions qu’il convient nécessairement de résoudre.

De ce fait, nous reconnaissons qu’il y a des familles qui souffrent pour des raisons multiples et pour certaines inhumaines dont il faut en tenir compte.

La seconde est la récrimination liée à la faible ou non représentativité de certaines localités ou communautés religieuses, scientifiques, féminines, syndicales etc.

Nous comprenons fort bien qu’elles sont animées par une volonté de prendre part à ce moment historique de notre histoire marqué par un fort sentiment patriotique et que l’équité devrait en être la norme.

Nous nous retrouvons également dans ces récriminations car, après examen des personnes retenues, toutes catégories confondues, la province de l’Ogooué-Ivindo et surtout le Canton Ntang-Louli, sont très faiblement représentés.

Nous portons donc aussi, à l’attention des plus hautes autorités de la République, ces récriminations justifiées.

Toutefois, il nous revient de faire confiance à ceux qui ont été retenus et de les amener à comprendre qu’ils portent, plus que d’autres, la responsabilité historique de ce que le Gabon notre cher pays sera demain.

Nous devons les soutenir et leur dire que c’est là une lourde responsabilité qui les exige à donner le meilleur d’eux-mêmes, à ne pas se contenter d’être des faire-valoir car l’avenir du Gabon en dépend.

De même, il est urgent que le gouvernement se prononça sur la suite qui a été réservée aux différentes contributions des uns et des autres, dont nous faisons partie par notre contribution de dix (10) pages tel qu’exigée ; ces uns et autres, qui, par ailleurs, n’ont pas été retenus.

Se prononcer à ce sujet apaiserait certaines frustrations car tout travail mérite d’être reconnu.

Quelles peuvent être les attentes à l’issue de cette rencontre ?

Ce que nous devrions tous attendre de ce dialogue national inclusif, selon nous, est :

D’une part, QUE CE DIALOGUE RENFORCE LE RESPECT DU CHRONOGRAMME N°26 DU CTRI QUI PREVOIT LA TENUE DES ELECTIONS EN AOUT 2025 ;

D’autre part, QU’IL JETTE LES BASES D’UNE REELLE TRANSPARANCE ELCTORALE EN ASSURANT UNE VERITABLE ALTERNANCE DU POUVOIR ET LA MISE EN PLACE D’UNE ORGANISATION POLITIQUE, ECONOMIQUE ET SOCIAL AU SERVICE DU PEUPLE CONFORMEMENT A L’ARTICLE 3 DU DECRET N°115 !!!

Toutefois, nous tenons à vous informer de ce que nous reviendrons au cours de la durée de ce Dialogue pour vulgariser les axes forts de notre projet de contribution à l’attention des participants du palier indiqué.

CONCLUSION

Que devons-nous retenir de cette interview ?

Nous retenons que :

  • L’alternative attendue est bien là ; cette transition. Et comme telle, nous devons tous nous mettre à l’ouvrage pour bâtir ensemble notre pays ;
  • Que les réalisations des engagements pris par le Président de la Transition, Président de la République, Chef de l’Etat nous rassurent jusque-là pour les soutenir et nous préparer aux enjeux qu’elles suscitent ;
  • Que le Dialogue National Inclusif, se réalisant dans un contexte différent des autres grands moments de concertations connus, jette les fondements solides pour une réelle transparence électorale et une véritable alternance politique afin que le Gabon immortel reste digne d’envie au sortir des élections d’aout 2025 conformément au chronogramme n°26 du CTRI ;
  • Aux Ogivins, nous réitérons l’appel à l’unité plus qu’hier, à l’abnégation au travail, à la prise de conscience de ce qu’il y a un espoir de voir les engagements Ogivins du Président de la Transition être tenus et que, de ce fait, nous devons demeurez sereins et nous préparer à faire face aux enjeux y relatifs.

HONNEUR A NOTRE CHERE PATRIE

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