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Éducation : de 282 à 250 milliards de FCFA, ce que révèle le budget rectificatif

Par Cadette Ondo Eyi

Combien l’État gabonais consacre-t-il réellement à l’école ? La question mérite d’être posée à la lecture des chiffres de la loi de finances 2026. Alors que le budget initial de la mission « Éducation nationale » avait été fixé à 282,013 milliards de FCFA, la loi de finances rectificative promulguée le 17 juillet 2026 ramène cette enveloppe à 250,652 milliards de FCFA, soit une diminution de 31,36 milliards de FCFA.

Cette révision intervient dans le cadre du collectif budgétaire adopté en cours d’année. Présentée au Parlement en juin, la loi de finances rectificative devait notamment tenir compte du nouveau cadrage des recettes et des dépenses publiques. Le budget de l’État a ainsi été révisé à la baisse, passant de 4 618,95 milliards de FCFA de dépenses dans la loi initiale à 3 843,85 milliards de FCFA dans le texte rectificatif.

Dans ce contexte, l’Éducation nationale n’a pas échappé à l’effort de réduction. L’enveloppe de la mission passe précisément de 282,013 milliards à 250,652 milliards de FCFA, soit une contraction d’environ 11,1 %.

Mais derrière ce chiffre global se trouve une évolution beaucoup plus contrastée.

Le poste consacré aux dépenses de personnel augmente ainsi de manière significative. Il passe de 164,748 milliards de FCFA dans la loi initiale à 183,186 milliards dans le budget rectificatif, soit une progression de 18,44 milliards.

Les dépenses de biens et services connaissent également une hausse. Elles passent de 12,338 milliards à 14,274 milliards de FCFA, soit près de 1,94 milliard de plus. Les dépenses de transfert, en revanche, reculent de 13,348 milliards à 12,216 milliards de FCFA.

C’est surtout du côté de l’investissement que la réduction apparaît nettement. Les crédits d’investissement de la mission « Éducation nationale » passent de 91,579 milliards à 40,976 milliards de FCFA, soit une baisse de plus de 50,6 milliards de FCFA.

Autrement dit, la diminution globale du budget ne signifie pas que tous les postes ont été réduits de la même manière. Les crédits destinés aux rémunérations progressent tandis que l’enveloppe consacrée à l’investissement est fortement revue à la baisse.

Cette évolution est particulièrement visible dans le détail des programmes.

Pour l’enseignement pré-primaire et primaire, les crédits passent de 57,496 milliards à 70,063 milliards de FCFA, soit une hausse de 12,57 milliards. À l’inverse, l’enseignement secondaire passe de 130,657 milliards à 138,892 milliards, tandis que l’enseignement technique et professionnel chute de 39,462 milliards à 18,728 milliards de FCFA.

Le programme consacré au pilotage et au soutien de la politique de l’éducation nationale connaît, lui aussi, une forte contraction : son enveloppe passe de 54,398 milliards à 22,968 milliards de FCFA.

Ces chiffres permettent donc de dépasser la seule annonce d’un « budget de 250 milliards ». Ils montrent une réorientation des crédits au sein même du secteur éducatif.

Une autre donnée mérite également l’attention : les documents budgétaires prévoient, pour 2026, 15,402 milliards de FCFA de tirages sur financement de l’Agence française de développement au titre du Programme d’investissement dans le secteur de l’éducation (PISE).

Le financement de l’école ne repose donc pas uniquement sur les crédits directement inscrits dans la mission « Éducation nationale ». Il faut également prendre en compte les financements extérieurs affectés à certains projets et programmes.

Cette architecture budgétaire pose une question essentielle : quelle part des ressources consacrées à l’éducation arrive effectivement dans les salles de classe, les établissements et les dispositifs pédagogiques ?

La question est d’autant plus importante que le ministère fait encore état de besoins considérables. En mai 2026, lors du bilan des cent premiers jours d’action du département, la ministre de l’Éducation nationale indiquait qu’il manquait encore près de 5 000 enseignants dans les établissements publics. Le gouvernement avait alors annoncé plusieurs opérations de recrutement et de régularisation.

Le rapprochement entre ces deux séries de données (les crédits budgétaires et les besoins du système éducatif) constitue l’un des principaux enjeux de la politique éducative gabonaise.

Le budget rectificatif ne permet donc pas, à lui seul, de mesurer l’efficacité de la dépense publique. Pour aller plus loin, il faudrait désormais comparer les crédits votés aux crédits effectivement exécutés, puis mettre ces dépenses en regard des résultats : nombre d’enseignants recrutés, établissements construits ou réhabilités, salles de classe disponibles, manuels distribués et évolution des performances aux examens.

En définitive, le chiffre de 250,65 milliards de FCFA donne une première réponse à la question de savoir combien l’État consacre à l’Éducation nationale en 2026. Mais il ne constitue que le début de l’enquête. Pour mesurer réellement l’effort consenti en faveur de l’école gabonaise, il faudra surtout savoir combien est effectivement dépensé, pour quoi et avec quels résultats.

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