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Manuels scolaires : 39 470 ouvrages pour les élèves de 5e de l’Estuaire, quel niveau de couverture ?

Par Mélissa Bissapi

Le chiffre est précis : 39470 manuels de français et de mathématiques doivent être mis à la disposition des élèves de 5e de la province de l’Estuaire pour l’année scolaire 2026-2027. Le lancement officiel de leur distribution a eu lieu le 24 septembre à Libreville, sous l’égide du ministère de l’Éducation nationale et de l’Instruction civique.

Derrière cette dotation, une question mérite toutefois d’être posée : combien d’élèves de 5e doivent effectivement bénéficier de ces ouvrages ?

C’est en effet le rapport entre le nombre de manuels disponibles et le nombre d’élèves concernés qui permettrait de mesurer précisément le niveau de couverture de l’opération. Or, dans sa communication du 24 septembre, le ministère indique le nombre total de manuels distribués, mais ne précise pas le nombre global d’élèves de 5e scolarisés dans l’ensemble des établissements concernés de l’Estuaire. Il n’est donc pas possible, à partir du seul chiffre de 39 470, de déterminer si chaque élève disposera d’un manuel de français et d’un manuel de mathématiques.

Cette précision est importante. 39 470 ouvrages ne signifie pas nécessairement 39 470 élèves bénéficiaires, puisque la dotation porte sur deux disciplines, le français et les mathématiques. Le chiffre communiqué correspond au volume total de manuels, sans ventilation publique, dans cette annonce, entre les deux matières.

Le dispositif présente néanmoins une particularité importante : les livres ne sont pas remis définitivement aux élèves. Selon le ministère et l’Agence gabonaise de presse, les ouvrages sont mis à disposition sous forme de prêt et doivent être restitués à la fin de l’année scolaire. L’objectif affiché est de permettre leur réutilisation par d’autres générations d’élèves.

Cette logique de réutilisation peut, à terme, permettre d’améliorer la disponibilité des supports pédagogiques si les ouvrages sont effectivement conservés en bon état et correctement suivis. Elle implique toutefois un dispositif de gestion dans les établissements : identification des bénéficiaires, conservation des livres, récupération en fin d’année et redistribution lors des années suivantes.

Le ministère présente également cette opération comme une étape dans la gabonisation des supports pédagogiques. Les ouvrages de la collection Concorde ont été conçus et contextualisés par des compétences gabonaises et intègrent des références à l’environnement, à l’histoire et au quotidien des élèves. Le marché de Mont-Bouët est notamment cité comme exemple de lieu familier intégré aux contenus.

Cette contextualisation constitue l’un des éléments mis en avant par les responsables du secteur. L’Agence gabonaise de presse rapporte notamment que les textes et exercices de la collection sont conçus en tenant compte du contexte gabonais.

L’Estuaire n’est par ailleurs pas la première province à bénéficier de cette opération. Le gouvernement indique que la distribution de la collection Concorde avait auparavant été engagée dans l’Ogooué-Ivindo et l’Ogooué-Maritime, avant son déploiement dans l’Estuaire.

Mais au-delà du nombre d’ouvrages annoncés, le véritable indicateur sera celui de leur disponibilité effective dans les salles de classe.

Combien d’élèves de 5e sont inscrits dans les établissements publics de l’Estuaire ? Combien de manuels ont été affectés à chaque établissement ? Quelle quantité est destinée au français et quelle quantité aux mathématiques ? Tous les établissements recevront-ils leur dotation au même moment ? Combien d’ouvrages devront être renouvelés chaque année ? Autant de données qui permettraient de mesurer concrètement l’impact de l’opération.

Ces questions sont d’autant plus importantes que l’accès aux supports pédagogiques constitue un élément concret des conditions d’apprentissage. Une dotation annoncée au niveau provincial ne garantit pas, à elle seule, que chaque élève dispose effectivement du livre dont il a besoin.

Pour l’heure, 39470 manuels constituent donc un volume officiel de dotation, mais pas encore un indicateur complet de couverture scolaire. Pour établir ce dernier, il faudra connaître le nombre d’élèves concernés et la répartition précise des ouvrages entre les établissements et les disciplines.

La prochaine étape pourrait ainsi être celle du terrain : vérifier, établissement par établissement, si les manuels sont effectivement arrivés, combien ont été reçus et combien d’élèves peuvent réellement les utiliser.

C’est à ce niveau que se mesurera la portée concrète de cette opération : non pas seulement au nombre de livres annoncés, mais au nombre d’élèves effectivement servis.

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