Fortescue mise sur la formation pour accélérer le projet Belinga
Par Stive Roméo Makanga
Le Gabon entend faire de Belinga bien davantage qu’un vaste gisement de minerai de fer. À l’occasion d’une visite officielle en Australie, les autorités gabonaises et le groupe minier australien Fortescue affichent leur volonté d’inscrire ce projet dans une stratégie plus large de transformation économique, fondée sur le développement des compétences nationales, les infrastructures et l’industrialisation.
Du 27 au 29 juillet, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, conduit à Perth une délégation gouvernementale comprenant notamment le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, ainsi que le ministre de l’Industrie, Lubin Ntoutoume. Organisée à l’invitation du groupe Fortescue et de son président exécutif, Andrew Forrest, cette mission intervient dans un contexte où Libreville cherche à renforcer les partenariats capables d’accompagner sa nouvelle politique minière.
Au cours de l’événement
Pour précision, la visite se déroule en marge du Forum de Boao pour l’Asie organisé à Perth, rendez-vous réunissant des responsables australiens et chinois issus des secteurs minier, énergétique et des industries vertes. Pour les autorités gabonaises, cette séquence diplomatique constitue également une opération de promotion économique destinée à attirer de nouveaux investisseurs autour du développement du gisement de Belinga.
Belinga, nouvelle pierre angulaire de la stratégie minière
Depuis son arrivée au Gabon en 2022, Fortescue mène un vaste programme d’exploration destiné à préciser le potentiel géologique de Belinga, considéré comme l’un des plus importants gisements de fer à haute teneur du continent africain. Le projet s’inscrit dans l’ambition gouvernementale de réduire progressivement la dépendance du pays aux revenus pétroliers en développant un nouveau pilier industriel autour du minerai de fer.
Une vue des officiels
Les chiffres communiqués par l’entreprise illustrent l’ampleur des investissements déjà engagés. Plus de 250 milliards de FCFA auraient été mobilisés depuis 2022, tandis que plus de 225 000 mètres de forages ont été réalisés ou programmés. Les travaux ont également permis la réhabilitation ou la construction de plus de 450 kilomètres de routes destinées aux opérations d’exploration. Le projet mobilise aujourd’hui plus de 700 employés et sous-traitants gabonais, pour un effectif total dépassant les 800 personnes.

À terme, Belinga pourrait s’accompagner de la réalisation d’infrastructures structurantes : une ligne ferroviaire dédiée au transport lourd, un port en eaux profondes destiné aux exportations et des installations énergétiques capables de soutenir les futures activités industrielles. Pour les autorités gabonaises, ces équipements dépassent le seul cadre de l’exploitation minière et pourraient contribuer à désenclaver plusieurs territoires de l’intérieur du pays.
Former les compétences avant d’exploiter la mine
Le principal temps fort de la visite australienne reste néanmoins la remise des diplômes de la première promotion du programme « We Train for Gabon », présenté comme le principal dispositif de formation des futurs cadres et techniciens de l’industrie minière gabonaise.
Lancé en mars 2025, ce programme concerne cinquante jeunes Gabonais sélectionnés pour suivre un parcours de formation réparti entre le Gabon, l’Afrique du Sud et l’Australie. Après une formation intensive en anglais, les participants bénéficient d’enseignements techniques, de modules consacrés au leadership, à la santé et à la sécurité avant d’effectuer douze mois de stage sur les sites miniers de Fortescue en Australie.
Selon l’entreprise, trente participants suivent déjà leur formation en Australie tandis que vingt autres poursuivent actuellement un apprentissage linguistique en Afrique du Sud avant de rejoindre à leur tour les installations australiennes à partir d’octobre 2026. Trois filières leur sont proposées, allant des études supérieures en exploitation minière à Kalgoorlie jusqu’aux formations professionnelles directement intégrées aux activités opérationnelles du groupe.
Pour Francine Grace Kibangou Matoussila, membre de cette première promotion, cette expérience dépasse la seule acquisition de compétences techniques. Citée par Fortescue, elle estime que cette formation offre aux jeunes Gabonais une occasion unique d’acquérir les standards internationaux de sécurité, de travail en équipe et d’excellence industrielle avant leur retour sur le projet Belinga.
Un partenariat appelé à durer
Au-delà de la formation, Fortescue affirme vouloir inscrire son implantation dans une logique de développement territorial. L’entreprise met en avant des engagements en faveur de l’emploi local, du soutien aux infrastructures communautaires, de l’amélioration de l’accès aux services de santé, de l’éducation ainsi que de l’intégration des entreprises gabonaises dans la chaîne d’approvisionnement du projet.
Quatrième producteur mondial de minerai de fer, Fortescue exploite aujourd’hui cinq mines en Australie, exporte plus de 200 millions de tonnes de minerai par an et emploie plus de 20 000 personnes. L’entreprise affirme vouloir mettre cette expérience industrielle au service du développement de Belinga, tout en poursuivant ses investissements dans la décarbonation de ses activités minières.
Pour Libreville, l’enjeu dépasse désormais la seule mise en exploitation du gisement. Le défi consiste à transformer ce partenariat en un levier durable de création d’emplois qualifiés, de montée en compétences des ressources humaines nationales et de diversification économique. Dans un contexte de compétition mondiale autour des minerais stratégiques, Belinga apparaît ainsi comme l’un des principaux tests de la nouvelle politique industrielle engagée par les autorités gabonaises.



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