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Gabon/Setrag : les partenaires sociaux affichent des positions divergentes sur le climat social

Par Cadette Ondo Eyi 

Deux jours après les dénonciations formulées par la Fetrag-Setrag sur la dégradation présumée du climat social au sein de la Société d’Exploitation du Transgabonais (Setrag), d’autres organisations syndicales ont tenu à apporter leur éclairage. À l’occasion d’une rencontre organisée le jeudi 5 novembre 2026, leurs représentants ont défendu une approche différente des relations professionnelles, mettant en avant la permanence du dialogue avec la Direction et les avancées obtenues par la négociation.

Jean Robert Avatoli DRH setrag

La question du climat social à la Setrag continue d’alimenter les échanges au sein de l’entreprise ferroviaire. Après la sortie médiatique du mardi 3 novembre 2026, au cours de laquelle la Fetrag-Setrag, par la voix de son président, Gilles Térence Mondjo Mondjo, avait dénoncé plusieurs difficultés liées aux conditions de travail et à l’exercice des libertés syndicales, d’autres organisations représentatives des travailleurs ont décidé de faire entendre leur position.

Dieudonné Nanda directeur régional owendo

Lors de leur intervention, ces syndicats n’ont pas contesté l’existence de préoccupations sociales dans une entreprise engagée dans un important processus de modernisation. Ils ont néanmoins récusé l’idée selon laquelle le dialogue entre les partenaires sociaux et la Direction serait rompu. À leurs yeux, les échanges avec l’administration de l’entreprise demeurent réguliers et constituent un mécanisme essentiel de traitement des revendications individuelles et collectives.

Arnaud Nzoume Mba, président de l’UTCT.

Cette concertation s’organiserait notamment autour de rencontres avec la Direction générale, la Direction des ressources humaines ainsi que les responsables concernés, en fonction de la nature des dossiers soumis. Pour ces organisations, si les discussions ne permettent pas toujours d’obtenir des réponses immédiates à toutes les préoccupations, elles contribuent néanmoins à faire évoluer certaines situations. « Nous ne disons pas que tout est parfait, mais nous pouvons affirmer que le dialogue existe et qu’il produit des résultats », a souligné Nzoume MBA Arnaud, président de l’UTCT.

Wilfried Ngocket, président du SNIT

Dans le même esprit, les représentants syndicaux ont mis en avant plusieurs acquis qu’ils attribuent aux discussions engagées avec l’employeur. Ils évoquent notamment la régularisation de certaines situations administratives, le déblocage de dossiers individuels et collectifs ainsi que l’amélioration progressive des conditions de travail.

Pour ces responsables, la négociation ne saurait être assimilée à une quelconque renonciation aux revendications des travailleurs. Elle constitue plutôt une démarche fondée sur la connaissance des dispositions réglementaires, la persévérance et la recherche de compromis susceptibles de produire des solutions concrètes. Une posture que défend également Ngocket Wilfried, président du SNIT. « Lorsqu’il y a dialogue, il y a des solutions. C’est l’expérience que nous vivons actuellement », a-t-il affirmé.

Au-delà des revendications professionnelles, ces organisations ont également tenu à rappeler la responsabilité qui incombe aux partenaires sociaux dans la préservation de l’outil de production. Elles estiment que la défense des intérêts des cheminots doit s’inscrire dans une démarche qui tienne également compte de la pérennité de l’entreprise et de son rôle dans l’économie nationale.

Le chemin de fer constitue, en effet, un maillon stratégique du dispositif économique gabonais, notamment pour l’acheminement du manganèse et du bois. Il assure également le transport de près de 300 000 voyageurs chaque année, contribuant ainsi au désenclavement de plusieurs localités. Selon les éléments avancés par les représentants syndicaux, l’activité du Transgabonais représente près de 20 % du produit intérieur brut national.

Dans cette perspective, la préservation de la performance de l’entreprise est présentée comme une condition importante de sauvegarde des emplois. « Défendre les travailleurs, c’est aussi contribuer à la préservation de l’entreprise employeuse », a expliqué Ntandou-Bikouta Davi Glenn, président du Sycat

Cette volonté de privilégier les échanges s’inscrit également dans le discours porté par la Direction des ressources humaines. Présente lors de la rencontre, celle-ci a réitéré l’engagement de l’entreprise en faveur d’un dialogue social ouvert, responsable et constructif, reposant sur le respect des libertés syndicales et la régularité des concertations avec les représentants du personnel.

La Direction a notamment rappelé l’existence de mécanismes destinés à recueillir et à examiner les préoccupations des salariés, tout en soulignant l’importance de la stabilité sociale dans la conduite des activités et la réalisation des objectifs de développement de la société. « Les divergences peuvent exister, mais notre responsabilité collective est de privilégier le dialogue et la recherche de solutions dans l’intérêt des travailleurs et de l’entreprise », a-t-elle fait valoir.

Jean Robert Avatoli, directeur des ressources humaines, a par ailleurs évoqué le regard porté sur les pratiques sociales de la Setrag par ses partenaires institutionnels et financiers. L’entreprise fait régulièrement l’objet d’évaluations et d’audits conduits par des experts indépendants mandatés par ses bailleurs de fonds, parmi lesquels figure la Banque mondiale.

À ce titre, la dernière mission d’évaluation réalisée en octobre aurait permis, à travers des échanges avec les différentes parties prenantes, notamment les organisations syndicales, de relever les progrès accomplis et la qualité des mécanismes de concertation en place. « Cela nous encourage à poursuivre dans cette voie, avec humilité mais aussi avec confiance », a indiqué Jean Robert Avatoli.

Le responsable a également insisté sur la nécessité d’apprécier le climat social à partir d’éléments concrets plutôt que de s’en tenir aux seules déclarations. « Le climat social d’une entreprise ne se mesure pas aux déclarations, mais aux faits, aux résultats du dialogue et au regard objectif porté par des évaluateurs réguliers de ses pratiques », a-t-il ajouté.

Si cette prise de parole apporte un éclairage différent sur les relations professionnelles au sein de la Setrag, elle ne saurait pour autant occulter les préoccupations soulevées précédemment par la Fetrag-Setrag. Les questions relatives à la protection des représentants syndicaux, à la situation des personnels mis à disposition par les sociétés sous-traitantes, à la reconnaissance des compétences nationales dans les fonctions d’encadrement et à la sécurité ferroviaire demeurent au cœur du débat.

Cette succession de prises de position révèle ainsi des appréciations divergentes du fonctionnement du dialogue social au sein de l’entreprise. Là où certaines organisations dénoncent des difficultés persistantes dans l’exercice de leurs prérogatives syndicales, d’autres mettent en avant les résultats obtenus grâce aux mécanismes de concertation existants.

Ces échanges interviennent dans un contexte particulièrement stratégique pour la société ferroviaire, engagée dans un vaste programme de modernisation et de sécurisation de son réseau. Avec près de 450 kilomètres de voie renouvelés en traverses et environ 200 kilomètres de rails remplacés, la Setrag poursuit la transformation de son infrastructure, dans la perspective notamment de l’augmentation des volumes de transport attendus avec le développement du projet minier de Baniaka.

Dès lors, l’enjeu ne réside pas uniquement dans l’existence formelle d’espaces de concertation, mais également dans leur capacité à accueillir l’ensemble des sensibilités syndicales et à apporter des réponses tangibles aux préoccupations exprimées. Car, au-delà des divergences de lecture, la consolidation d’un climat social durable demeure une condition essentielle à la modernisation du Transgabonais et à la préservation des intérêts des travailleurs comme de l’entreprise.

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