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Libreville capitale de l’espace africain : le Gabon referme une édition historique et annonce son premier satellite

Par Jimmy Mandoukou

C’est dans une atmosphère d’allégresse et d’ambition décomplexée que le rideau est tombé, ce jeudi 23 avril, sur la cinquième édition du New Space Africa Conference. Le stade de l’amitié sino-gabonaise d’Angondjé a accueilli une cérémonie de clôture en apothéose, rehaussée par la présence de la secrétaire générale du ministère de l’Économie numérique et par un discours fleuve, habité, de Dr  Tidiane  Ouattara,  président  du  Conseil  de  l’Agence  spatiale  africaine.

Une vue de l’assistance

Devant un parterre de directeurs généraux d’agences, d’investisseurs et de jeunes pousses du continent, M. Ouattara a tenu à placer la jeunesse au cœur du moment. « Aujourd’hui, plus qu’une célébration, c’est la reconnaissance d’un travail de longue haleine, d’un travail fait par un jeune Africain du nom de Temidayo  Oniosun », a-t-il lancé, rendant un hommage vibrant au fondateur de Space in Africa, porté à bout de bras par l’Union africaine. Dans un mélange maîtrisé de français et d’anglais, le patron de l’espace continental a ensuite salué l’engagement sans faille du Gabon. « Veuillez transmettre à la plus haute autorité, Son Excellence le Président de la République du Gabon, qui, dès notre première communication, a donné son OK, sans condition. Cela dénote un leadership incommensurable en ce qui concerne l’espace. »

Vue d’un intervenant

La conférence de Libreville n’aura pas été qu’un colloque de plus. Elle a posé les fondations d’un marché africain du spatial assumé. Tidiane Ouattara, avec une franchise rare, a prévenu : « L’espace n’est pas une affaire humanitaire. » Avant d’annoncer la grande messe des affaires : l’Africa Space Expo se tiendra à Abidjan du 24 au 26 septembre 2026. « C’est un marché. Nous voulons le secteur privé du monde entier, les investisseurs, les décideurs, les utilisateurs. Ce sera notre Dubaï Airshow, notre Singapore Airshow. C’est de milliards de dollars dont on parle. » Un appel à peine voilé à sortir des publications académiques pour entrer dans l’ère des services concrets répondant aux besoins des citoyens.

L’émotion est montée d’un cran lorsque le directeur de l’Agence spatiale africaine s’est tourné vers la représentante du gouvernement gabonais. « Madame la Secrétaire générale, je vous ai vue relever les défis, souffrir, être heureuse, anxieuse. Quand on arrive étranger et qu’on n’a pas d’interlocuteur, on est perdu. Vous m’avez fait l’amabilité de venir me voir dès mon arrivée à l’hôtel. Merci. » Cette complicité a symbolisé l’esprit d’une édition où le Gabon, avec trois ministres présents à l’ouverture, a mouillé le maillot.

Prenant à son tour la parole, la secrétaire générale du ministère de l’Économie numérique a livré un discours de clôture où la gratitude le disputait à la vision. « Pendant ces quatre jours, Libreville n’a pas été que la ville qui vous a accueillis : Libreville a été véritablement la capitale africaine où le spatial a vécu de manière intense », a-t-elle résumé. Elle en a extrait trois messages forts : le spatial comme levier de souveraineté, la nécessité qu’il descende sur Terre, et le principe que « c’est l’Afrique tout entière qui gagne et doit gagner, non plus en simple spectateur mais en véritable acteur ».

C’est le dernier tiers de son allocution qui fera date. Au nom du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, et du ministre de la Digitalisation Marc-Alexandre Doumba, elle a gravé dans le marbre trois engagements majeurs. Le premier : mettre en œuvre la politique spatiale du Gabon et réglementer les activités spatiales. Le deuxième, faire de Libreville un hub sous-régional du spatial. Et le troisième, lourd de symbole : « Le Gabon souhaite lancer des études pour le premier satellite gabonais, avec vous, pour vous et pour la collectivité entière. »

Après avoir annoncé une prochaine édition du New Space Africa Conference promise à une mue profonde, segmentée par grands domaines (télécommunication par satellite, navigation, observation de la Terre, astronomie et sciences spatiales), Tidiane Ouattara a terminé sur un plaidoyer personnel poignant en faveur du retour de la diaspora. « Beaucoup d’entre nous sommes revenus. À mes frères qui sont encore là-bas : revenez, vous ratez de très belles choses en Afrique. La satisfaction de donner à son continent n’a aucun prix. La motivation dans les yeux de nos jeunes, c’est l’Afrique de demain. »

Une déclaration qui a tiré des applaudissements nourris d’un public déjà tourné vers Abidjan, vers la suite d’une épopée spatiale que le Gabon vient de contribuer à accélérer.

 

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