Retour de Wilfried Okoumba : Geoffroy Foumboula voit dans cette séquence un test du respect des libertés publiques sous la Ve République
Par Stive Roméo Makanga
Le retour au Gabon de l’activiste Wilfried Okoumba Kamitatou, sans interpellation à son arrivée sur le territoire national, nourrit les débats sur l’évolution des libertés publiques depuis l’avènement de la Ve République. Dans un libre propos publié le 27 juillet 2026, l’acteur civique et vice-président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Geoffrey Foumboula Libeka Makosso, a établit un parallèle avec un précédent qui avait marqué les esprits : l’arrestation de l’activiste Landry Washington à sa descente d’avion en juillet 2016, alors que le Gabon était dirigé par Ali Bongo Ondimba.
Pour Geoffrey Foumboula, la comparaison entre ces deux épisodes met en évidence une différence de traitement qu’il interprète comme une illustration du respect des droits fondamentaux sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema.
Pour lui, le fait que Wilfried Okoumba, pourtant connu pour ses prises de position particulièrement virulentes à l’encontre des autorités gabonaises, ait pu rentrer librement dans son pays sans être arrêté à l’aéroport constitue un signal fort. Aussi, il estime que cette situation traduit une application plus rigoureuse des principes constitutionnels relatifs aux libertés individuelles, notamment la liberté de circulation et le droit de tout citoyen de regagner son pays.
Cependant, Geoffrey Foumboula a pris soin d’introduire une distinction qu’il juge essentielle. À ses yeux, le respect de la Constitution ne doit pas être interprété comme une forme d’impunité pour les auteurs d’infractions.
Dans son analyse, il faut préciser qu’il rappelle que la protection des droits fondamentaux n’efface pas les responsabilités individuelles. Les propos injurieux, diffamatoires ou susceptibles de relever de la législation sur les infractions numériques demeurent, selon lui, susceptibles de poursuites.
Autrement dit, explique-t-il dans son argumentaire, le principe est celui de la liberté, tandis que les éventuelles infractions relèvent exclusivement de la justice. Il appartient alors aux personnes qui s’estimeraient lésées de déposer plainte ou, lorsque la loi le permet, au parquet de se saisir des faits susceptibles de constituer des infractions.
C’est cette lecture qui a conduit Geoffrey Foumboula à défendre une séparation entre le traitement administratif réservé à un citoyen à son arrivée sur le territoire national et les éventuelles procédures judiciaires qui pourraient être engagées à son encontre.
Une rupture avec les pratiques du passé ?
En rappelant l’interpellation de Landry Washington en 2016, Geoffrey Foumboula entend souligner ce qu’il considère comme une évolution institutionnelle.
Aussi, il observe que deux activistes, tous deux très critiques envers le pouvoir en place à leur époque respective, ont connu des traitements différents à leur retour au Gabon. Pour lui, cette différence constitue un indicateur de la transformation du rapport de l’État aux libertés publiques sous la Ve République.
Sans nier que d’éventuelles poursuites judiciaires puissent intervenir ultérieurement si des infractions sont caractérisées, il estime que le retour libre de Wilfried Okoumba illustre une volonté de distinguer le débat politique des procédures judiciaires.
Plus loin, Geoffrey Foumboula développe également une réflexion sur les circonstances ayant conduit à l’expulsion de Wilfried Okoumba du territoire français.
Selon son analyse, l’activiste n’aurait fait l’objet d’aucune mesure particulière durant la période où ses critiques visaient principalement les autorités gabonaises et les institutions nationales.
En revanche, relève-t-il dans son propos, la situation aurait changé lorsque son discours s’est étendu aux intérêts économiques français, notamment dans le contexte des débats autour du manganèse gabonais et du groupe Eramet.
Geoffroy Foumboula s’est donc interrogé sur ce qu’il présente comme une différence d’appréciation des autorités françaises selon la cible des critiques formulées. Insulter les autorités de son propre pays constituerait-il désormais une forme de « visa politique » permettant de séjourner en France, tant que les intérêts français ne sont pas directement mis en cause ? S’interroge-t-il.
Cette interrogation, qui relève de l’analyse personnelle de Geoffrey Foumboula, s’inscrit dans un débat plus large sur les limites de la liberté d’expression, la protection des intérêts stratégiques des États et les conditions d’accueil des opposants politiques sur les territoires étrangers.
À travers ce parallèle entre les cas de Landry Washington et de Wilfried Okoumba, le vice-président du CESE a pris le soins de développer une double lecture. D’une part, il voit dans l’absence d’interpellation de l’activiste à son retour au Gabon un signe du respect des garanties constitutionnelles sous la Ve République. D’autre part, il rappelle que ces libertés ne sauraient exonérer leurs bénéficiaires des conséquences judiciaires de propos qui, le cas échéant, seraient reconnus contraires à la loi par les juridictions compétentes.



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