Journée africaine de lutte contre la corruption : le Gabon veut faire de l’intégrité un projet de société
Par Stive Roméo Makanga
À la faveur de la Journée africaine de lutte contre la corruption, célébrée le 11 juillet, la Commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (CNLCEI) entend organiser à Libreville une table ronde institutionnelle et multi-acteurs. Au-delà de la sensibilisation, cette rencontre ambitionne d’élaborer une véritable feuille de route nationale plaçant l’éducation, la culture, la religion, la technologie et la transparence financière au cœur de la promotion de l’intégrité.
Au Gabon, la lutte contre la corruption ne se limite plus à la seule répression des infractions. Les autorités entendent désormais agir sur les causes profondes du phénomène en mobilisant l’ensemble des composantes de la société. C’est dans cette perspective que la Commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (CNLCEI), dirigée par Nestor Mbou, organisera, le 11 juillet prochain à Libreville, une table ronde institutionnelle et multi-acteurs consacrée à la promotion de l’intégrité.
Placée sous le thème national « Éducation, Culture, Religion, Technologie et Transparence financière : les piliers d’une dynamique inclusive pour intensifier l’intégrité au Gabon », cette rencontre fait écho au thème retenu cette année par l’Union africaine : « Intensifier la promotion de l’intégrité et des actions anticorruption à travers l’Afrique ».
Le choix de ce thème traduit une évolution des politiques publiques de lutte contre la corruption sur le continent.
Dans sa note d’orientation, l’Union africaine souligne que, malgré les progrès réalisés depuis l’adoption de la Convention africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption, ce fléau continue d’affaiblir les institutions, de détourner les ressources publiques et de freiner le développement durable. L’organisation continentale estime désormais indispensable de dépasser les seules réponses institutionnelles pour promouvoir une véritable culture de l’intégrité au sein de toutes les composantes de la société.
Il faut avouer que cette approche repose sur une conviction : la prévention de la corruption ne peut relever exclusivement des institutions chargées du contrôle. Elle suppose également l’implication de l’école, des familles, des responsables religieux, des autorités traditionnelles, des médias, de la société civile, du secteur privé et des citoyens.
Selon les termes de référence élaborés par la CNLCEI, le Gabon a progressivement renforcé son arsenal juridique et institutionnel en matière de prévention et de répression de la corruption, notamment à travers les textes encadrant la Commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite ainsi que son adhésion à la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption, dite Convention de Maputo.
Pour autant, l’institution dirigée par Nestor Mbou estime que les réformes législatives doivent désormais être accompagnées d’une mobilisation plus large afin d’ancrer durablement les valeurs de transparence, de redevabilité et d’éthique dans la société gabonaise.
La table ronde réunira des représentants des administrations publiques, des universités, des leaders religieux et traditionnels, des organisations de la société civile, des médias ainsi que plusieurs administrations financières et de contrôle.
L’objectif est de croiser les expertises afin d’identifier les leviers susceptibles de renforcer durablement les stratégies nationales de prévention de la corruption.
Les travaux s’articuleront autour de quatre grands axes.
Le premier portera sur l’éducation et l’université, avec l’ambition d’intégrer davantage les notions d’éthique et d’intégrité dans les programmes scolaires et de promouvoir la recherche scientifique sur les questions de gouvernance.
Le deuxième concernera les dimensions socioculturelles et spirituelles, en associant les responsables religieux et les chefs traditionnels à la diffusion d’un discours valorisant l’intégrité et condamnant les pratiques corruptives.
Le troisième axe sera consacré aux technologies et aux administrations financières. Les participants devront notamment évaluer les progrès réalisés en matière de digitalisation des procédures au sein de plusieurs administrations de collecte des recettes publiques et identifier les améliorations susceptibles de renforcer la transparence des flux financiers et de réduire l’intervention humaine dans les transactions.
Enfin, le quatrième axe sera dédié au rôle de la société civile, avec un accent particulier sur le renforcement des mécanismes d’alerte éthique et la sécurisation de l’action des organisations engagées dans la promotion de la bonne gouvernance.
Au terme des échanges, plusieurs livrables sont attendus. La CNLCEI ambitionne notamment de formaliser un cadre de collaboration avec le ministère de l’Éducation nationale pour introduire des contenus pédagogiques consacrés à la culture de l’intégrité dès le cycle primaire.
Les travaux devraient également déboucher sur une déclaration commune des leaders religieux et traditionnels, un rapport technique consacré à la dématérialisation des administrations financières, une cartographie des risques de corruption dans certains secteurs sensibles ainsi que l’élaboration d’une Feuille de route nationale de l’intégrité 2026-2027, destinée à être soumise aux plus hautes autorités de l’État.
Au-delà de la célébration de la Journée africaine de lutte contre la corruption, cette initiative traduit une évolution de la conception même des politiques anticorruption.
L’Union africaine considère désormais que l’intégrité ne saurait être réduite à l’absence de corruption. Elle la définit comme l’expression de comportements fondés sur l’honnêteté, la responsabilité, l’éthique et le respect de l’État de droit. Pour atteindre cet objectif, elle invite les États membres à mobiliser l’ensemble des acteurs de la société afin de faire de l’intégrité un véritable projet collectif.
En s’inscrivant dans cette dynamique continentale, le Gabon entend renforcer sa stratégie nationale de prévention, tout en faisant de l’éducation, de la culture, de la religion, de la technologie et de la transparence financière les principaux leviers d’une gouvernance plus exemplaire. Une ambition qui, si elle se traduit par des mesures concrètes, pourrait contribuer à consolider durablement la confiance des citoyens envers les institutions publiques.



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