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KIMBA Connect : les startups saluent la vision, mais réclament une gouvernance plus rigoureuse

Par Joseph Mundruma 

Présentée comme un levier destiné à rapprocher les startups gabonaises du secteur privé, l’initiative KIMBA Connect suscite un intérêt réel au sein de l’écosystème numérique. Mais, quelques semaines après son lancement, plusieurs jeunes entreprises appellent à une amélioration de son pilotage opérationnel. Si elles réaffirment leur adhésion à la vision portée par le ministère de l’Économie numérique, elles estiment que les premières phases de mise en œuvre ont révélé des dysfonctionnements susceptibles d’affaiblir la crédibilité du dispositif.

Selon une cinquantaine de startups et d’acteurs de l’écosystème numérique, les observations formulées ces dernières semaines ne remettent nullement en cause les objectifs poursuivis par KIMBA Connect. Elles portent essentiellement sur les modalités d’exécution du programme et sur la nécessité d’instaurer un dialogue plus étroit entre les organisateurs et les entreprises concernées.

Lors du lancement officiel, le 14 juillet dernier à Libreville, le ministre de l’Économie numérique, Mark-Alexandre Doumba, avait présenté KIMBA Connect comme une plateforme de mise en relation commerciale destinée à favoriser l’accès des startups gabonaises aux marchés privés. Le principe est simple : les entreprises expriment leurs besoins en transformation numérique, tandis que les startups soumettent des propositions adaptées. Une approche que les acteurs du secteur disent soutenir pleinement, convaincus qu’elle peut contribuer à structurer durablement le marché local des services numériques.

Les critiques formulées concernent principalement la conduite opérationnelle du projet. Plusieurs startups évoquent un calendrier particulièrement resserré, marqué notamment par une réunion d’information organisée seulement deux jours avant la clôture des candidatures. Les convocations pour les passages devant le jury auraient, selon elles, été transmises la veille au soir, laissant peu de temps aux candidats pour préparer leurs présentations.

À cela s’ajoutent, selon les participants, des cahiers des charges parfois insuffisamment documentés. Certains dossiers ne précisaient ni les volumes attendus, ni le contexte métier, ni même l’identité des entreprises porteuses des projets. Autant d’informations pourtant essentielles pour élaborer des propositions techniques et commerciales pertinentes.

Les journées de présentation organisées à la fin du mois de juillet ont également alimenté les interrogations. Plusieurs participants rapportent que les conditions d’audition variaient sensiblement selon les salles. Les temps de présentation auraient oscillé entre cinq et vingt minutes sans qu’aucune règle uniforme n’ait été annoncée en amont.

Sur le fond, certains candidats affirment également que plusieurs membres des jurys n’avaient pas pris connaissance des dossiers techniques transmis avant les auditions. Une situation qui aurait parfois transformé l’exercice en séance d’improvisation davantage comparable à un hackathon qu’à une véritable procédure de mise en relation commerciale.

Les startups soulignent toutefois que certains défis, notamment ceux proposés par la SETRAG ou Moov Africa, ont démontré qu’une organisation plus structurée était possible, avec des échanges davantage centrés sur les besoins exprimés par les entreprises.

La décision d’organiser une seconde séance de présélection, après les auditions des 30 et 31 juillet, a accentué les préoccupations de l’écosystème.

Selon les startups ayant participé au premier passage, cette nouvelle session devait permettre à des candidats absents lors des premières auditions, y compris ceux n’ayant fourni aucune justification, de présenter finalement leurs projets quelques jours avant la finale. Les entreprises concernées devaient confirmer leur participation dans un délai de quelques heures seulement.

Cette annonce a suscité une réaction collective des startups déjà auditionnées. Elles estiment qu’une telle mesure introduirait une rupture d’égalité entre les candidats. Les participants du second passage bénéficieraient d’un temps de préparation supplémentaire, alors que les premiers avaient élaboré leurs propositions dans des délais beaucoup plus contraints.

Pour les entreprises mobilisées depuis le lancement du programme, cette seconde chance ne peut être envisagée sans une réflexion préalable sur ses conséquences en matière d’équité et de transparence.

Au-delà de ces critiques, les startups insistent sur leur volonté de contribuer au succès de KIMBA Connect. Elles rappellent que nombre d’entre elles sont aujourd’hui des entreprises légalement constituées, créatrices d’emplois et déjà engagées dans la réalisation de projets technologiques complexes.

Dans cette perspective, elles proposent plusieurs pistes d’amélioration : des cahiers des charges plus détaillés, des délais de communication compatibles avec les contraintes des entreprises, des formats d’audition harmonisés et des jurys mieux préparés, intégrant davantage de représentants de l’écosystème numérique.

À l’approche de la finale de cette première édition, les acteurs du numérique disent vouloir poursuivre le dialogue avec le ministère de l’Économie numérique. Pour eux, la vision défendue par le ministre Mark-Alexandre Doumba demeure pertinente. Les attentes portent désormais sur la qualité de son exécution, condition indispensable pour faire de KIMBA Connect un véritable outil de développement du numérique gabonais et un mécanisme crédible de mise en relation entre startups et grandes entreprises.

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