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Poulet de chair : le Gabon doit défendre sa souveraineté alimentaire sans complexe

Par Charles Assembe, Banquier.

Il y a des décisions publiques qui suscitent naturellement le débat. Celle prise par le Président de la République, Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, d’interdire l’importation du poulet de chair à compter du 1er janvier 2027 fait partie de celles-là.

Certains y voient une mesure protectionniste. D’autres redoutent une hausse des prix ou des difficultés d’approvisionnement. D’autres encore s’inquiètent des réactions de partenaires commerciaux étrangers.

Pour ma part, je considère que cette décision mérite d’être regardée sous un autre angle, celui de la souveraineté alimentaire et du développement d’une filière de niche.

Depuis des décennies, le Gabon importe une grande partie de ce qu’il consomme. Cette situation a fini par être perçue comme normale alors même que notre pays dispose d’importantes ressources foncières, d’un potentiel agricole considérable et d’un marché capable de soutenir l’émergence de véritables filières locales.

La question que nous devons nous poser est simple. Voulons-nous continuer à dépendre durablement de l’extérieur pour nourrir notre population ou souhaitons-nous créer les conditions d’une production nationale capable de satisfaire progressivement la demande intérieure ? La décision adoptée par le Gouvernement en 2025 apporte une réponse claire à cette question.

Derrière le poulet de chair, il n’y a pas simplement un produit de consommation courante. Il y a toute une chaîne de valeur. Des élevages, des couvoirs, des fabricants d’aliments pour bétail, des vétérinaires, des transporteurs, des transformateurs, des commerçants et des milliers d’emplois potentiels. Chaque kilogramme produit localement est aussi une opportunité économique créée sur notre territoire.

C’est ce qui explique les efforts engagés par les autorités depuis plusieurs mois pour structurer la filière avicole et accroître les capacités nationales de production. Les annonces relatives à l’importation de plusieurs millions de poussins d’un jour ou à la mise en place de dispositifs d’accompagnement des producteurs montrent que cette mesure n’est pas une décision isolée mais s’inscrit dans une politique publique plus large.

L’OMC ne doit pas nous intimider

La réaction des États-Unis à l’Organisation mondiale du commerce était prévisible. Elle doit être prise au sérieux, mais elle ne doit certainement pas conduire le Gabon à abandonner ses ambitions.

Trop souvent, dans nos pays, nous avons tendance à considérer qu’une contestation formulée dans le cadre du commerce international signifie automatiquement que nous avons tort. C’est une erreur.

Le droit du commerce international ne protège pas uniquement les grandes puissances économiques. Il offre également aux États des instruments leur permettant de défendre des objectifs légitimes lorsqu’ils sont correctement préparés, sérieusement documentés et juridiquement argumentés.

La véritable question n’est donc pas de savoir si le Gabon doit renoncer à sa politique avicole, mais plutôt de savoir comment cette politique doit être structurée et défendue pour s’inscrire dans les marges de manœuvre prévues par le droit du commerce international.

Le Gouvernement semble avoir compris cet enjeu en privilégiant simultanément la préparation juridique et le dialogue diplomatique. C’est probablement la bonne approche. La fermeté n’exclut pas la discussion. On peut défendre ses intérêts tout en restant ouvert au dialogue avec ses partenaires.

Le véritable défi commence maintenant

Soutenir cette orientation politique ne signifie pas ignorer les difficultés qu’elle comporte.

La réussite de cette réforme ne se mesurera pas à l’interdiction de l’importation en elle-même, mais à la capacité du marché à offrir, dès 2027, des produits disponibles, accessibles financièrement et conformes aux exigences sanitaires.

Le consommateur gabonais ne doit pas être la victime collatérale d’une politique pourtant fondée sur un objectif légitime.

La montée en puissance de la production nationale, l’approvisionnement en aliments pour bétail, l’accompagnement des producteurs, le contrôle des prix et le renforcement des infrastructures seront donc aussi importants que le débat juridique devant l’OMC.

Au fond, le sujet dépasse largement la question du poulet. Il s’agit surtout de savoir quel modèle économique nous voulons pour notre pays.

Un modèle où nous continuons à exporter nos matières premières et à importer massivement les produits transformés dont nous avons besoin ? Ou un modèle dans lequel nous utilisons progressivement notre marché intérieur pour développer nos propres capacités de production, créer davantage de valeur ajoutée et générer plus d’emplois locaux ?

Le Président de la République a clairement choisi la seconde voie. Reste désormais au Gouvernement à transformer cette ambition en réussite concrète.

Le 1er janvier 2027 ne devra pas être seulement la date d’entrée en vigueur d’une interdiction d’importation. Il devra marquer le début d’une nouvelle étape dans la construction de notre souveraineté économique et alimentaire.

Et le poulet n’est finalement qu’un symbole. Car, ce qui est véritablement en jeu, c’est la capacité de notre pays à produire davantage de ce qu’il consomme, à créer plus de richesses sur son territoire et à reprendre progressivement le contrôle de son destin économique.

Et cette ambition-là mérite d’être défendue sans complexe.

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