Arabie saoudite : Riyad promet une riposte ferme après une attaque meurtrière contre son aéroport
Par Mélissa Bissapi
L’Arabie saoudite a annoncé son intention de répondre avec fermeté à l’attaque attribuée aux rebelles houthis du Yémen contre l’aéroport international King Khalid de Riyad. Selon les informations rapportées par l’Agence France-Presse (AFP), le missile aurait frappé les installations aéroportuaires le samedi 10 octobre 2026, vers 15 heures, heure locale. Le bilan communiqué par les autorités saoudiennes fait état de 12 morts et de 309 blessés, tandis que les opérations aéroportuaires ont été temporairement suspendues.
L’attaque a provoqué une vive inquiétude dans la capitale saoudienne. Des témoins ont rapporté une évacuation de l’aéroport, tandis que des passagers présents à proximité du terminal touché décrivaient des scènes de panique. « J’ai vu des blessés. Tout le monde courait », a raconté à l’AFP un voyageur qui attendait son vol au moment des faits.
D’après l’autorité saoudienne de l’aviation civile, les victimes sont de plusieurs nationalités. Parmi les personnes décédées figureraient quatre Saoudiens, deux Bangladais, ainsi qu’un ressortissant américain, égyptien, argentin, syrien, palestinien et soudanais. Plusieurs blessés se trouveraient dans un état critique. Des dégâts matériels ont également été signalés sur le site.
La prise en charge des victimes a nécessité une mobilisation importante des services de secours et des établissements hospitaliers de Riyad. Une source médicale citée par l’AFP a fait état de dizaines de blessés, dont plusieurs admis en soins intensifs. Des transferts vers différents hôpitaux de la capitale ont été organisés, certains patients ayant été évacués par hélicoptère. Des médecins ont également été appelés en renfort pour faire face à l’afflux de victimes.
La coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite internationalement reconnu, a accusé les combattants houthis, proches de l’Iran, d’être responsables de cette attaque contre une infrastructure civile. Son porte-parole, Turki al-Malki, a dénoncé un « crime de guerre » et affirmé que le commandement de la coalition « répondra avec fermeté à cette attaque terroriste ».
Au moment des premières informations relayées par l’AFP, les Houthis n’avaient pas revendiqué la frappe. Les circonstances précises de l’attaque et les éléments permettant d’établir formellement les responsabilités restaient donc à clarifier.
Dans les heures qui ont suivi, la coalition a également signalé la chute d’un projectile à proximité de l’aéroport international King Fahd de Dammam, dans l’est de l’Arabie saoudite. Cette infrastructure, tout comme l’aéroport de Djeddah, constitue une solution de remplacement pour les voyageurs qui ne peuvent plus transiter par Riyad.
Si le bilan annoncé se confirme, cette attaque figurerait parmi les épisodes les plus meurtriers survenus dans le royaume depuis août 2015, lorsqu’un attentat suicide attribué à l’organisation État islamique avait tué 15 personnes dans une mosquée utilisée par les forces spéciales à Abha, dans le sud du pays.
L’attaque a suscité des réactions au-delà des frontières saoudiennes. L’émissaire des Nations unies pour le Yémen, Hans Grundberg, a averti que de telles actions constituaient une menace sérieuse pour la sécurité régionale. Selon lui, elles alimentent les cycles de violence et compliquent les efforts diplomatiques visant à parvenir à une solution pacifique au conflit yéménite.
Le président américain Donald Trump a, pour sa part, condamné l’événement, estimant que ce qui s’était produit en Arabie saoudite était « inacceptable ». Il a également annoncé son intention de s’entretenir avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume.
Les représentations diplomatiques ont rapidement renforcé leurs consignes de prudence. L’ambassade des États-Unis à Riyad a confirmé avoir connaissance des attaques visant l’aéroport et recommandé à ses ressortissants d’éviter le site ainsi que ses environs. Selon un diplomate occidental cité par l’AFP, plusieurs autres ambassades ont également restreint les déplacements de leur personnel vers et depuis l’aéroport pour la semaine suivante.
Les conséquences se font déjà sentir sur le trafic aérien. Kuwait Airways a notamment annoncé l’annulation de deux vols entre Koweït et Riyad, invoquant la fermeture de l’aéroport liée à la situation sécuritaire. La suspension temporaire des opérations et les restrictions de déplacement risquent ainsi de perturber les voyages d’affaires et les déplacements des délégations internationales.
Cette dégradation de la situation intervient à un moment particulièrement sensible pour l’Arabie saoudite, qui s’apprête à accueillir plusieurs rendez-vous économiques internationaux. Le Congrès mondial du pétrole doit ouvrir le dimanche 11 octobre, avec la participation attendue de ministres et de dirigeants de grandes entreprises du secteur énergétique.
Confrontés aux inquiétudes des participants, les organisateurs ont tenté de les rassurer en affirmant que leur confort et leur sécurité constituaient une priorité. Face aux perturbations des liaisons aériennes, ils indiquent qu’il demeure possible d’atterrir dans un autre aéroport du royaume avant de rejoindre Riyad par la route.
Malgré ces assurances, certains responsables ont déjà modifié leur programme. Le ministre italien de l’Énergie a ainsi annoncé, dès vendredi, qu’il renonçait à se rendre en Arabie saoudite et participerait finalement à la conférence par visioconférence.
L’incertitude concerne également la Future Investment Initiative (FII), un événement international consacré aux investissements, lancé il y a dix ans à l’initiative de Mohammed ben Salmane. Cette conférence occupe une place importante dans la stratégie économique du royaume, qui cherche à attirer les capitaux étrangers, à valoriser les revenus pétroliers et à diversifier ses sources de croissance.
Prévue du 26 au 29 octobre, la prochaine édition doit, selon les organisateurs, se tenir aux dates annoncées. Ces derniers assurent que les mesures nécessaires seront prises pour sécuriser l’aéroport et les lieux de conférence.
Reste que la multiplication des incidents sécuritaires et les perturbations du transport aérien pourraient compliquer la venue de certaines délégations. Pour Riyad, l’enjeu est désormais double : assurer la protection des populations et des infrastructures civiles, tout en préservant la tenue des grands rendez-vous internationaux qui participent au rayonnement économique du royaume.



Laisser un commentaire