Gasoil : le gouvernement annonce un retour à la normale ce dimanche 4 octobre dans le Grand Libreville
Par Stive Roméo Makanga
Après plusieurs jours de tension dans les stations-service, l’exécutif promet un retour à la normale de la distribution dès le dimanche 4 octobre. Cette annonce du ministère du Pétrole et du Gaz intervient alors que le gasoil manque dans plusieurs stations du Grand Libreville depuis le 30 septembre 2026, et que les distributeurs ont limité les ventes à 10 000 F par véhicule.
Dans son communiqué du 2 octobre, le ministère attribue la situation à « une diminution des stocks disponibles au niveau des marketeurs ». Il précise que des mesures de gestion et de rationnement temporaire ont été mises en place « afin de préserver les stocks disponibles jusqu’à l’arrivée d’un navire d’importation prévue dans la soirée du samedi 3 octobre ». Les quantités stockées à la Société gabonaise d’entreposage des produits pétroliers (SGEPP) ont par ailleurs été mises à la disposition des distributeurs, en coordination avec la Sogara. « Un retour à la normale de la distribution est ainsi prévu à compter du dimanche 4 octobre », indique le ministère.
Cette pénurie rappelle une réalité structurelle : produire du brut n’est pas produire du carburant. La Sogara, seule raffinerie du pays, est en service à Port-Gentil depuis 1967. Sa capacité avoisine 1,2 million de tonnes par an, alors que le Gabon a produit 11,1 millions de tonnes de brut en 2025. Le complément de carburant est donc importé, au prix du marché mondial. Dès lors, quand les stocks baissent avant l’arrivée d’un navire, les stations se vident. Le Gabon n’est d’ailleurs pas un cas isolé : l’Angola, deuxième producteur de pétrole d’Afrique, importe 75 % de son carburant.
Le contexte international aggrave cette fragilité. Le détroit d’Ormuz est bloqué depuis le 28 février 2026 et le baril de Brent dépasse 100 dollars. Selon le Centre for Research on Energy and Clean Air, le gasoil a renchéri de 59 % sur le marché mondial entre mars et août.
Malgré cette flambée, les prix à la pompe n’ont pas bougé. Le litre d’essence reste à 595 F et celui de gasoil à 575 F, des tarifs inchangés depuis le 1er janvier 2024, date à laquelle ils avaient baissé de 10 F. À cette occasion, et sur instruction du chef de l’État, la bouteille de gaz de 12 kg était passée de 5 950 à 4 950 F. Selon les chiffres du gouvernement, l’essence gabonaise est la moins chère de la CEMAC : 645 F le litre en Guinée équatoriale, 700 F au Tchad, 775 F au Congo, 840 F au Cameroun (relevé EcoMatin, août 2026) et 1 150 F en Centrafrique depuis le 1er octobre 2026. Ailleurs, les coûts publiés sont nettement supérieurs aux prix gabonais pour le gasoil : 975 F le litre importé au Cameroun en octobre 2026, selon la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures, et 1 044 F de coût réel au Sénégal en août 2026, d’après le ministère de l’Énergie.
C’est l’État qui supporte cet écart. En novembre 2025, le ministre du Pétrole et du Gaz, Sosthène Nguema Nguema, rappelait qu’« il était question qu’au 1er janvier 2026, la subvention soit retirée », mais que les conséquences économiques et sociales « auraient été lourdes pour toutes les couches de la population ». Le président, a-t-il ajouté, « a décidé de maintenir la subvention, malgré son coût élevé pour les finances publiques ». L’enveloppe prévue pour 2026 est ainsi passée de 12 milliards de F CFA dans la loi de finances initiale à 55,3 milliards dans la loi de finances rectificative. En 2024, la subvention a coûté autant que le budget de la santé, selon la Banque mondiale.
Cette même institution pointe cependant une limite. Dans sa Revue des finances publiques du Gabon 2026, publiée le 29 septembre, elle estime que « les subventions aux carburants ne sont pas bien ciblées ». Selon ses calculs, 96 % du montant profite à la moitié la plus aisée de la population, qui consomme davantage de carburant. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale recommandent, ici comme ailleurs, de réformer ces subventions, de façon progressive et en protégeant les ménages vulnérables. Le gouvernement souligne toutefois que la décision reste gabonaise, comme l’illustre le maintien de la subvention.
Pour mieux cibler son soutien, l’exécutif met en place de nouveaux outils. Le Registre social unique a été lancé le 29 juillet 2026 par le ministère des Affaires sociales, avec la Banque mondiale, et un deuxième recensement des Gabonais économiquement faibles a été engagé en septembre.
Sur le fond, enfin, des chantiers sont ouverts pour sortir de la dépendance aux importations. Un accord a été signé le 14 octobre 2025 avec China Road and Bridge Corporation pour une nouvelle raffinerie à Port-Gentil. Deux contrats d’études ont été confiés le 14 avril 2026 à Technip Energies pour moderniser la Sogara, dont quatre bacs de stockage supplémentaires. Un audit de l’entreprise a, en outre, été lancé en août.
Reste la question que se posent les automobilistes : le prix à la pompe va-t-il augmenter ? À ce jour, aucune décision n’est annoncée, ni hausse, ni montant, ni date.



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