Le Gabon s’engage dans la Caravane africaine vers le Forum social mondial de Cotonou
Par Stive Roméo Makanga
Une dizaine d’organisations non gouvernementales gabonaises ont pris part, lundi 27 juillet à Douala, au Cameroun, au lancement officiel de la première édition de la Caravane Afrique « En route vers le Forum social mondial (FSM) Cotonou 2026 ». À quelques jours de l’ouverture du grand rendez-vous altermondialiste prévu du 4 au 8 août au Bénin, cette initiative entend fédérer les acteurs de la société civile d’Afrique centrale autour des grands enjeux environnementaux, fonciers et climatiques qui traversent la région.
Organisée par la Convergence Globale des Luttes pour la Terre, l’Eau, les Semences et les Forêts en Afrique centrale (CGLTE-AC), la caravane reliera le Cameroun, le Nigeria et le Bénin. Au-delà du simple déplacement des délégations, les organisateurs présentent cette traversée comme un espace de dialogue, d’apprentissage et de plaidoyer destiné à porter la voix des communautés confrontées à la dégradation de leur environnement et à la pression croissante sur les ressources naturelles.
Le lancement officiel s’est déroulé dans le village de Ngodi-Bakoko, dans l’arrondissement de Douala III, où les caravaniers ont été accueillis par les autorités administratives, les responsables municipaux, la chefferie traditionnelle et les populations locales.
Prenant la parole, le porte-parole de la CGLTE-Afrique centrale, Raphaël Meigno Bokaghe, a insisté sur la dimension citoyenne et panafricaine de cette initiative. Selon lui, la caravane ne saurait être réduite à un simple déplacement entre plusieurs pays. Elle constitue avant tout une mobilisation collective destinée à nourrir les débats qui se tiendront à Cotonou autour des questions relatives à la protection de la terre, de l’eau, des semences et des forêts.
Les préoccupations exprimées par les communautés locales sont venues illustrer les enjeux que souhaite porter cette caravane. Le chef du village de Ngodi-Bakoko, Sa Majesté Zacharie Komoto Ebah, a notamment attiré l’attention sur la destruction de la mangrove de Matanda ainsi que sur l’accaparement des terres par certaines sociétés industrielles, deux phénomènes qui affectent directement les conditions de vie des populations riveraines.
Le maire de Douala III, Valentin Epopa Bossambo, a pour sa part établi un parallèle entre les revendications des caravaniers et les défis quotidiens auxquels sa commune est confrontée. Saluant une démarche « inclusive et participative », il a estimé que le plaidoyer porté par la caravane rejoint les préoccupations des collectivités locales confrontées à la préservation des ressources naturelles tout en poursuivant leurs objectifs de développement.
Représentant le préfet du Wouri, le sous-préfet de Douala III, Arsène Ekouma Ekouma, a encouragé les participants à intégrer dans leur réflexion la question de l’équilibre entre développement économique et protection de l’environnement. Pour lui, les transformations induites par le développement s’accompagnent inévitablement d’impacts sur les milieux naturels, une réalité qui devra nourrir les échanges du Forum social mondial.
La participation gabonaise est assurée par une dizaine d’organisations de la société civile réunies autour d’une délégation conduite par Christiane Nsa Mbegah, de l’ONG Réseau Femme Lève Toi (REFLET). Pour les responsables gabonais de la CGLTE-AC, cette présence répond à plusieurs objectifs : renforcer le rayonnement international du Gabon, réaffirmer son engagement en faveur de la résilience écologique et climatique et consolider les liens de coopération entre les sociétés civiles d’Afrique subsaharienne à travers un itinéraire terrestre hautement symbolique.
Cette participation intervient dans un contexte où les questions environnementales prennent une importance croissante sur le continent. Malgré son vaste couvert forestier et son rôle reconnu dans la préservation du bassin du Congo, le Gabon n’échappe pas aux tensions liées à l’accès aux terres, à l’eau et aux semences, des ressources devenues stratégiques sous l’effet des changements climatiques, de l’urbanisation et de la pression foncière.
À quelques jours de l’ouverture du Forum social mondial de Cotonou, la caravane apparaît donc comme une étape préparatoire destinée à faire émerger des propositions communes et à renforcer la coopération entre les mouvements citoyens de la sous-région. Pour les organisations participantes, l’enjeu est de porter à l’échelle internationale les préoccupations des communautés locales tout en contribuant à la recherche de solutions conciliant justice sociale, développement économique et préservation des écosystèmes.

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