Fonds Bleu du Bassin du Congo : Brice Clotaire Oligui Nguema plaide pour un partenariat climatique fondé sur la souveraineté et l’investissement
Par Mélissa Bissapi
À l’occasion des 61es Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), organisées du 25 au 29 mai 2026 à Brazzaville, la République du Congo accueille, ce mardi 26 mai, la première table ronde des bailleurs de fonds du Plan d’investissement du Fonds Bleu pour le Bassin du Congo. Un rendez-vous stratégique qui ambitionne de mobiliser 5,32 milliards de dollars américains, soit plus de 3 000 milliards de FCFA, afin de financer un portefeuille initial de 63 projets structurants répartis dans 17 pays membres du mécanisme régional.
Le président gabonais, aux côtés d’autres chefs d’État
Placée sous le très haut patronage du Président congolais Denis Sassou N’Guesso, également président de la Commission Climat du Bassin du Congo, cette rencontre intervient dans un contexte international marqué par le ralentissement des financements publics au développement, la fragmentation des circuits financiers multilatéraux et l’intensification de la compétition mondiale pour l’accès aux capitaux.
A l’ouverture du sommet
Dès lors, cette séquence diplomatique et économique apparaît comme un moment charnière pour le continent africain. Après des années de déclarations politiques et d’engagements de principe sur les enjeux environnementaux, l’Afrique entend désormais entrer dans une phase opérationnelle fondée sur des financements concrets, des investissements ciblés et des réalisations mesurables.
C’est précisément dans cette logique que s’inscrit la participation du Président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, venu porter la voix du Gabon dans ce qui constitue désormais l’un des principaux espaces africains de négociation climatique et financière. À travers son allocution, le chef de l’État gabonais défend une vision articulée autour d’un triptyque : souveraineté économique, transition écologique et développement humain.
Au cœur du discours présidentiel figure un changement assumé de paradigme. « Nous ne sollicitons pas une aide. Nous proposons un partenariat reposant sur des principes de confiance, de l’effet de levier par son attractivité et de durabilité », a déclaré le président gabonais, marquant ainsi une rupture avec la posture historique de dépendance souvent reprochée aux États africains dans les négociations climatiques internationales.
Cette orientation traduit une volonté plus large : repositionner l’Afrique non plus comme un simple espace de vulnérabilité environnementale, mais comme un acteur central de la stabilité climatique mondiale. Dans cette perspective, le Bassin du Congo apparaît comme un actif stratégique global. Deuxième massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie, il constitue l’un des principaux régulateurs climatiques mondiaux, tout en représentant une réserve exceptionnelle de biodiversité, de ressources hydriques et de potentiel énergétique.
Pour Libreville, la préservation de cet écosystème ne saurait dès lors être perçue comme une charge exclusivement supportée par les États riverains. Au contraire, elle engage l’ensemble de la communauté internationale. « Pendant trop longtemps, l’Afrique s’est vu demander de préserver davantage tout en se développant moins. Cette équation n’est plus soutenable », a insisté le chef de l’État gabonais.
Cependant, au-delà du discours écologique, le Fonds Bleu est présenté comme un véritable instrument de transformation économique. L’objectif affiché consiste désormais à convertir le capital naturel africain en moteur de croissance durable, créateur d’emplois et de valeur ajoutée pour les populations locales. Il ne s’agit donc plus uniquement de conservation, mais de valorisation productive des ressources environnementales.
Dans ce cadre, le Gabon a inscrit quatre projets prioritaires dans le portefeuille initial du Fonds Bleu : la gestion des conflits homme-faune, la restauration des mangroves, la valorisation des produits forestiers ainsi que l’allocation durable des terres et des ressources en eau. Ces projets s’inscrivent dans le cadre plus large du Plan National de Croissance et de Développement 2026-2030, qui ambitionne de faire évoluer progressivement le pays d’un modèle essentiellement extractif vers une économie plus diversifiée, résiliente et inclusive.
Par ailleurs, le chef de l’État gabonais a tenu à rappeler que cette transition écologique ne devait pas être pensée comme une contrainte imposée de l’extérieur, mais comme un levier de souveraineté économique. Dans cette stratégie, le secteur privé est appelé à jouer un rôle moteur dans la création de richesses et d’emplois.
Au-delà des enjeux économiques, cette présence à Brazzaville confirme également le positionnement diplomatique croissant du Gabon sur les grands dossiers panafricains. À travers cette participation, Libreville renforce son ancrage régional au sein de la CEMAC, de la CEEAC et de la Commission Climat du Bassin du Congo, tout en préparant les prochaines échéances internationales liées aux COP climatiques et aux discussions sur la réforme de l’architecture financière mondiale.
Enfin, le discours présidentiel a été structuré autour d’une gradation politique forte : promesses, engagements, réalisations. Une manière de souligner que le temps des déclarations symboliques doit désormais céder la place à celui des résultats tangibles. « Le temps des promesses doit laisser place au temps des engagements. Et le temps des engagements doit conduire au temps des réalisations », a affirmé le Président gabonais devant les partenaires financiers et institutionnels réunis à Brazzaville.
Avant de conclure par une formule qui résume l’esprit de cette séquence diplomatique : « L’histoire retiendra moins ce que nous aurons déclaré que ce que nous aurons financé. »
À travers cette table ronde, l’Afrique climatique tente ainsi d’ouvrir une nouvelle phase de son rapport au monde : une phase où la préservation des écosystèmes stratégiques du continent ne relèverait plus seulement du discours moral, mais d’un véritable pacte financier international fondé sur la responsabilité partagée, la rentabilité durable et la souveraineté des États africains.



Laisser un commentaire