Chargement en cours

Sommet Russie-Afrique : à Moscou, la guerre des drones s’invite dans le ciel des délégations

Par Cadette Ondo Eyi

Moscou s’apprête à recevoir, les 28 et 29 octobre prochains, le troisième sommet Russie-Afrique. Sur le papier, le rendez-vous doit consacrer le rapprochement engagé entre Moscou et le continent africain et ouvrir une nouvelle séquence de coopération dans les domaines de l’économie, des investissements, de l’énergie, de la sécurité ou encore des technologies. Mais à mesure que l’échéance approche, une autre question s’impose : celle de la sécurité des délégations appelées à rejoindre la capitale russe par voie aérienne.

Selon le site d’informations LSI AFRICA, la multiplication des attaques de drones ukrainiens autour de Moscou fait désormais peser une incertitude sur les conditions de déplacement des participants. Le problème n’est pas tant l’existence d’une menace directement dirigée contre le sommet ou contre les délégations africaines que la capacité de ces attaques à perturber le fonctionnement ordinaire de la capitale.

C’est là que se situe le principal point de fragilité. Un drone détecté dans le ciel moscovite peut entraîner des mesures de protection, des restrictions temporaires de l’espace aérien et, par conséquent, des retards ou des interruptions de vols. Or, à quelques jours d’un rassemblement international auquel sont attendus des responsables politiques, des représentants économiques et des journalistes venus de plusieurs pays africains, la moindre perturbation du trafic peut rapidement prendre une dimension diplomatique.

La situation n’est pas nouvelle. Les attaques de drones ont déjà provoqué des interruptions ponctuelles du trafic aérien dans les aéroports de Moscou. La France, dans ses dernières recommandations aux voyageurs, souligne d’ailleurs que la région moscovite est régulièrement visée par des tirs de drones et de missiles et que le trafic aérien peut être interrompu, entraînant de facto la fermeture temporaire d’aéroports.

À cela s’ajoute la prudence des autorités européennes de sécurité aérienne. L’EASA maintient des restrictions et avertissements concernant une partie importante de l’espace aérien russe, en raison notamment des risques liés aux opérations militaires, aux systèmes de défense antiaérienne et aux perturbations de la navigation.

Pour les délégations africaines, cette situation change donc la nature du voyage. Il ne suffit plus de disposer d’une liaison aérienne régulière entre une capitale africaine et Moscou. Il faut également envisager les conséquences d’une éventuelle fermeture temporaire d’un aéroport, d’un déroutement ou d’un allongement du temps de trajet.

Le mois de septembre a précisément illustré cette vulnérabilité. Selon des informations rapportées par la presse régionale, les autorités russes ont fait état d’une importante activité de drones autour de Moscou, avec des milliers d’engins détectés ou interceptés sur plusieurs jours. Même si les systèmes de défense russes parviennent à neutraliser une grande partie des appareils, leur seule présence suffit à perturber la circulation aérienne.

Cette contrainte intervient alors que Moscou veut faire de ce troisième sommet une démonstration de la solidité de son partenariat avec l’Afrique. Le programme officiel prévoit notamment des discussions sur le commerce, les investissements, l’énergie, la sécurité alimentaire, les technologies, la numérisation et les infrastructures. Les organisateurs souhaitent également aboutir à des accords et préparer une nouvelle feuille de route pour la coopération Russie-Afrique sur la période 2027-2029.

La réussite du rendez-vous dépendra donc aussi de sa capacité à se dérouler sans incident majeur. Une succession de fermetures d’aéroports, de retards ou de restrictions de circulation pourrait compliquer l’arrivée des participants et perturber la logistique d’un événement qui entend précisément projeter l’image d’une Russie capable d’accueillir ses partenaires internationaux malgré le contexte de guerre.

Il n’empêche : pour les organisateurs russes comme pour les capitales africaines, la question aérienne sera difficile à dissocier du contexte militaire. À quelques semaines du sommet, Moscou doit donc réussir un exercice délicat : maintenir l’image d’une capitale ouverte et capable d’accueillir un important rendez-vous international, tout en composant avec une guerre des drones qui vient régulièrement perturber son espace aérien.

Le sommet Russie-Afrique se jouera ainsi sur deux tableaux. Dans les salles de réunion, Moscou cherchera à consolider son influence économique et diplomatique sur le continent. Dans le ciel, les autorités russes devront garantir autant que possible la continuité des déplacements des délégations.

C’est peut-être l’un des paradoxes de ce troisième sommet : alors que la Russie veut démontrer la solidité de son partenariat avec l’Afrique, la guerre qui l’oppose à l’Ukraine rappelle, jusque dans le ciel de sa capitale, les limites de cette normalité diplomatique.

Laisser un commentaire