Voyager vers Moscou : le risque aérien que les passagers africains doivent désormais évaluer
Par Stive Roméo Makanga
La guerre en Ukraine ne se joue pas seulement sur le front terrestre. Elle modifie également, par intermittence, les conditions de circulation dans le ciel russe. À Moscou, les avions commerciaux continuent pourtant d’assurer leurs rotations. Cette coexistence entre un trafic aérien maintenu et des opérations de défense contre les drones ukrainiens conduit désormais les compagnies et les voyageurs à s’interroger sur la réalité du risque.
Selon le site d’informations LSI AFRICA, plusieurs événements récents témoignent de cette tension. Le 22 juin 2026, les autorités russes ont fait état de l’interception de 84 drones en direction de Moscou en vingt-quatre heures. La riposte a eu des conséquences immédiates sur le trafic : Sheremetyevo, Domodedovo, Vnukovo et Joukovski ont, à différents moments, interrompu leurs opérations.
Le trafic a finalement repris. Mais cette succession de fermetures et de réouvertures révèlent une difficulté propre aux zones soumises à des attaques de drones : la normalisation du trafic ne signifie pas nécessairement la disparition de la menace.
C’est d’ailleurs l’une des préoccupations exprimées par l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne. L’EASA maintient jusqu’au 31 janvier 2027 une recommandation déconseillant aux opérateurs relevant de sa compétence d’utiliser une large partie de l’espace aérien russe situé à l’ouest du 60e méridien Est, région comprenant notamment Moscou.
L’agence européenne met en avant plusieurs facteurs de risque. Parmi eux figurent la possibilité qu’un aéronef civil soit mal identifié, l’emploi de systèmes de défense antiaérienne et les perturbations susceptibles d’affecter les moyens de navigation satellitaire. Des incidents ont également été relevés dans des zones qui demeuraient ouvertes aux avions civils alors que des opérations militaires étaient en cours.
La question dépasse désormais le seul cadre des recommandations européennes. Elle concerne directement les transporteurs africains qui assurent des liaisons avec la Russie.
Air Tanzania en a donné une parfaite illustration en septembre. La compagnie a interrompu pendant quelques jours sa liaison entre Dar es Salaam et Moscou, le temps de réexaminer les conditions de sécurité de son exploitation. La desserte a ensuite été rétablie. Ce choix n’est pas anodin : il montre qu’une compagnie africaine peut être conduite à arbitrer entre la continuité commerciale d’une ligne et l’évolution de son environnement sécuritaire.
La position russe demeure, pour sa part, beaucoup plus rassurante. Les autorités assurent que les liaisons civiles fonctionnent et que les dispositifs de protection sont renforcés. Il n’existe donc pas, à ce stade, d’interdiction générale empêchant les compagnies étrangères de desservir Moscou.
Mais le débat ne peut être réduit à cette opposition entre ouverture et fermeture. L’expérience des dernières années montre que le risque aérien dans une zone de conflit peut évoluer en quelques minutes.
Le souvenir du MH17 reste, à cet égard, particulièrement lourd. Le 17 juillet 2014, un appareil de Malaysia Airlines avait été détruit au-dessus de l’est de l’Ukraine, provoquant la mort des 298 personnes à bord. Le fait que des avions commerciaux aient continué à emprunter cette zone avant le drame avait alors illustré les limites d’une appréciation du risque fondée uniquement sur l’ouverture officielle d’un espace aérien.
Plus récemment, le crash du vol J2-8243 d’Azerbaijan Airlines a rappelé que la menace pouvait également provenir d’une opération de défense antiaérienne. L’appareil, parti de Bakou pour Grozny le 25 décembre 2024, avait été endommagé avant de s’écraser au Kazakhstan. Trente-huit personnes avaient perdu la vie.
Quelques mois plus tard, le président russe Vladimir Poutine reconnaissait que des missiles russes avaient été tirés alors que des drones ukrainiens se trouvaient dans la zone. Il expliquait que les projectiles n’avaient pas directement touché l’avion, mais que leurs explosions et leurs débris avaient contribué à l’endommager.
Ces précédents ne permettent évidemment pas de conclure que les avions à destination de Moscou sont aujourd’hui condamnés à subir le même sort. mais ils montrent cependant qu’un appareil civil peut se retrouver exposé aux conséquences d’une opération militaire sans avoir été lui-même désigné comme cible.
Pour les voyageurs africains, l’enjeu est donc moins de savoir si Moscou est accessible que de déterminer dans quelles conditions il est raisonnable d’y voyager. Le maintien des vols, la réouverture des aéroports et l’assurance donnée par les autorités russes constituent des éléments à prendre en considération. Les alertes des organismes de sécurité aérienne, les décisions ponctuelles des compagnies et l’évolution des attaques de drones en constituent d’autres.
Selon LSI AFRICA, cette situation impose ainsi une vigilance accrue aux passagers qui envisagent de se rendre dans la capitale russe. Pour eux, le choix d’un vol ne relève plus seulement d’une question de prix, d’horaires ou de disponibilité. Il suppose aussi de tenir compte d’un environnement aérien devenu indissociable du conflit qui se déroule aux portes de la Russie.
La normalité apparente du ciel moscovite est donc à relativiser. Tant que les drones continueront d’atteindre la région de la capitale et que les défenses antiaériennes seront régulièrement sollicitées, le risque ne pourra être considéré comme nul. Il appartient dès lors aux compagnies, mais aussi aux voyageurs, de mesurer ce risque avant chaque déplacement.



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